Saucette au fond des mers

Dans un ballet aquatique, une tortue géante se paie un festin de méduse. Puisque celle-ci est composée des cellules urticantes qui paralysent ses prédateurs, peu d’espèces ont un estomac assez bétonné pour pouvoir l’engloutir au souper.
Photo: Dans un ballet aquatique, une tortue géante se paie un festin de méduse. Puisque celle-ci est composée des cellules urticantes qui paralysent ses prédateurs, peu d’espèces ont un estomac assez bétonné pour pouvoir l’engloutir au souper.

Un ballet de lions de mer, une méduse colorée ressemblant à un lustre contemporain, des hippocampes feuillus sortis d'un conte de fées, un tango à trois de seiches et un champ d'anguilles suspendues par la queue au tapis marin... Avec Merveilles des mers 3D, le petit dernier d'Imax sur l'univers aquatique, il y a de quoi retomber en enfance. Et même d'en sortir grandi.

Encore un film Imax sur les fonds marins? Peut-on revisiter le thème? Pour le troisième film de sa série, le réalisateur Howard Hall dévoile les coins reculés et les plus grouillants de vie sous-marine de notre planète. L'humain n'a que rarement accès à ces paradis, mais ses activités industrielles en ont acidifié les eaux et mis en danger la plupart des espèces dont Hall a immortalisé des images. Voilà un film qu'on regarde sous un autre angle.

Après les eaux californiennes, celles du golfe du Mexique et de la Colombie-Britannique, principales scènes de son précédent film Sous les mers 3D, Hall et son équipe se sont éloignés et ont filé vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'Indonésie et l'Australie, en quête de créatures exotiques pour la plupart méconnues de la race humaine.

«Les océans sont un environnement qui change très rapidement, explique la productrice de Merveilles des mers 3D, Toni Myers. C'est pourquoi nous voulions nous rendre plus tôt que tard dans ces milieux.» Bien que des changements climatiques sur la vie océanique soient un bien vaste sujet pour un film de ce type dont le but est de montrer, divertir et non moraliser, Merveilles des mers 3D atteint bien sa cible.

Difficile de rester insensible au jeu des lions de mer qui se mirent dans la caméra, avec la voix de Jim Carey — le narrateur dans la version originale anglaise — qui mentionne qu'à cause des changements climatiques, nombre d'espèces doivent se retirer vers le sud pour survivre. Dans le cas de ces lions de mer qui se taquinent sous nos yeux, les 12 000 derniers spécimens résident déjà dans la partie la plus australe de l'Australie. Et ils ne peuvent pas aller plus bas.

La productrice se défend d'avoir voulu assommer le spectateur avec un propos trop pessimiste. «Howard et moi avons travaillé très fort afin de passer le message; on voulait avoir un équilibre tout en inspirant les gens. Cette cause n'est pas sans espoir. Si le film peut encourager les spectateurs à devenir biologistes, ou encore à joindre une organisation promouvant la protection des océans, notre but sera atteint.»

Pour ceux dont la carrière professionnelle est déjà trop avancée pour retourner faire leurs sciences et maths fortes, Merveilles des mers 3D lève le voile sur un ahurissant panorama marin. Et comme nous le confie la productrice, qui travaille avec Hall depuis 1993 avec Into the Deep, le directeur photo ne se contente pas de prendre de jolies photos des créatures marines: il saisit avec brio le comportement des espèces sur pellicule.

La danse des trois seiches flamboyantes où, dans une chorégraphie improvisée, deux petits mâles font la cour à la grande dame qui les repousse puis les attire, en est un bel exemple. «Cette danse me rappelait un tango et ma collègue a trouvé la trame musicale parfaite à juxtaposer sur ces images, soit Perhaps, Perhaps, Perhaps de Doris Day. C'est une chanson qui se retrouve d'ailleurs dans le film Strickly Ballroom», explique Toni Myers, qui s'empresse de donner le crédit à ses comparses, lorsqu'elle ne formule pas ses réponses au «on» en parlant d'elle et d'Howard Hall.

Des 110 jours de tournage et 350 heures passées sous l'eau, Hall en a tiré plus de 10 heures de séquences. Et à trois minutes la durée de chaque pellicule Imax, c'est non seulement de la patience mais un oeil de félin qu'il faut pour tourner des images de cette qualité. Toni Myers aurait facilement ajouté une dizaine de minutes supplémentaires à son long-métrage, mais les 40 minutes, au final, tiennent la route.

Les acteurs, mollusques, crustacés, poissons et mammifères ont improvisé un film qui, même sans la narration, sensible et juste assez assaisonnée de l'humour de Carey, se veut un saisissant voyage dans cet univers inconnu. Même qu'on aurait aimé en voir plus, de ce monde aquatique. On remet ça pour un quatrième, Mme Myers?

Une fois les astres explorés avec son prochain métrage sur le téléscope Hubble, elle se dit partante. Pour ce qui est du réalisateur, il est déjà sous l'eau, submergé par son dernier projet, les poissons voiliers.

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- Présentement au cinéma ImaxTélus du Centre des sciences à Montréal et dès le 5 juin au cinéma Imax des Galeries de la Capitale, à Québec.