Le CHU Sainte-Justine rabroué pour son manque d’inclusivité des pères homosexuels

Des mesures ont été prises pour former les divers intervenants du centre pédiatrique à la «diversité des contextes familiaux», assure le CHU Sainte-Justine.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Des mesures ont été prises pour former les divers intervenants du centre pédiatrique à la «diversité des contextes familiaux», assure le CHU Sainte-Justine.

La commissaire aux plaintes et à la qualité des services du CHU Sainte-Justine donne raison au père homosexuel d’une fillette à qui l’on a réclamé à plusieurs reprises de présenter la carte d’assurance maladie de la mère de l’enfant pour l’accès à divers services ou rendez-vous médicaux. Une façon de faire qui doit changer, conclut-elle.

Père avec son conjoint d’une petite fille de sept mois née à la suite d’une gestation pour autrui, Mathieu Chantelois a été secoué d’observer que, lors d’au moins sept visites à cet hôpital ces derniers mois, le personnel de différents services a réclamé qu’il présente la carte d’assurance maladie de la mère de l’enfant à son arrivée.

« Je leur ai dit que j’étais l’un des deux pères et qu’il n’y avait pas de “mère”. Je me suis fait répondre que c’était la politique de l’institution. Même un médecin m’a dit en entrant dans son bureau : “Vous êtes seul, ou on attend la mère ?” » dit-il. Selon ce dernier, le personnel, notamment une médecin spécialiste, s’est ensuite excusé pour cet a priori.

Après avoir expliqué la situation parentale de son enfant — examiné pour un problème de santé bénin —, le père et le poupon ont pu avoir accès aux services et aux rendez-vous prévus. Mais le même scénario s’est ensuite répété à la pharmacie de l’hôpital pour obtenir une prescription.

Inclure les pères

 

« Je me suis rendu compte que, partout dans l’établissement, on observait la même politique dans les communications. Après trois ou quatre visites, j’ai décidé de déposer une plainte », explique M. Chantelois, qui se réjouit de la réponse rapide qui y a été apportée.

À son avis, il est plus que temps pour l’hôpital pédiatrique, qui porte le nom de « centre mère-enfant », de s’adapter aux divers modèles familiaux et à la présence des pères.

Photo: Courtoisie Mathieu Chantelois est père avec son conjoint d’une petite fille de sept mois née à la suite d’une gestation pour autrui.

« Je ne veux rien enlever aux mères, mais tous les parents devraient être inclus dans les politiques de communications de l’hôpital. J’ai parlé à d’autres pères, qui ont vécu la même chose que moi », invoque M. Chantelois, d’autant plus surpris que toutes ces communications ont été faites devant l’enfant.

« Je veux que les choses changent. Je fais ça d’abord pour elle, pour quand elle grandira, pour améliorer l’accueil des enfants qui évoluent dans divers types de familles », dit-il.

Fondé il y a plus de 100 ans, l’hôpital pédiatrique décrit effectivement sa mission première comme étant la santé des mères, des enfants et des adolescents. À l’intérieur de l’hôpital, sa devise « Pour l’amour des mères et des enfants » est d’ailleurs affichée en toutes lettres à plusieurs endroits. « On comprend que c’est la mission de l’hôpital, mais il sera peut-être temps pour l’institution d’être plus inclusive dans son langage », dit-il.

Dans sa réponse communiquée le 25 mai dernier, la commissaire aux plaintes et à la qualité des services de l’hôpital pédiatrique, Josée Brady, donne entièrement raison au père, rappelant que la carte d’assurance maladie valide d’un des deux parents est suffisante pour recevoir des soins médicaux, et que cette règle prévaut partout au Québec « y compris au CHU Sainte-Justine ».

« À la suite de l’analyse de votre plainte, nous concluons qu’elle est fondée. […] Les agents administratifs ont été avisés de demander la carte d’assurance maladie de l’un des parents et non seulement celle de la mère », tranche-t-elle, dans une lettre signée de concert avec Cristina Nitu, agente de planification, de programmation et de recherche au CHU Sainte-Justine.

« Des mesures d’amélioration ont été entreprises par les gestionnaires des cliniques et du département d’imagerie médicale que vous avez visités », ajoutent-elles.

Interpellée sur cette décision, la présidente-directrice générale adjointe du CHU Sainte-Justine, Isabelle Demers, a indiqué au Devoir que, à la suite de cet « incident », des mesures ont rapidement été prises pour former les divers intervenants du centre pédiatrique à la « diversité des contextes familiaux ». Elle a ajouté que l’hôpital était déterminé à « amorcer un changement durable pour offrir aux patients et aux familles un environnement des plus sensibles et des plus adaptés, s’appuyant sur le principe fondamental d’équité ».

Une réponse qui satisfait pleinement et réconforte le père à l’origine de la plainte. « C’est un hôpital incroyable avec du personnel extraordinaire et professionnel, même s’il reste un peu de travail à faire à ce sujet, pense le père. Je suis persuadé que ce sont des gens de bonne foi et qu’ils vont tout mettre en oeuvre pour mieux s’adapter aux nouvelles réalités parentales. »

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