Le traitement anti-COVID de Pfizer accessible d’abord aux non-vaccinés

Prendre trois comprimés deux fois par jour pendant cinq jours pour éviter l’hôpital à la suite d’une infection due à la COVID-19 : le Paxlovid, nouveau traitement de Pfizer homologué par Santé Canada, devrait être offert en priorité aux patients les plus vulnérables, dont les non-vaccinés, recommande le fédéral.

« C’est une utilisation scientifique et rationnelle du médicament. Nous savons que les non-vaccinés sont plus à risque de conséquences graves, d’être hospitalisés et de se rendre aux soins intensifs », a expliqué la Dre Theresa Tam, lors d’un point de presse lundi.

Elle annonçait l’homologation par Santé Canada du Paxlovid, l’appellation commerciale de la formule de Pfizer pour prévenir les formes graves de la COVID-19 grâce à une combinaison de deux médicaments antiviraux, le nirmatrelvir et le ritonavir. Il s’agit du premier médicament contre la COVID-19 approuvé pour être pris à la maison, oralement, contrairement aux autres déjà utilisés contre la maladie, administrés à l’hôpital par voie intraveineuse.

Les essais cliniques montrent que les risques d’hospitalisation et de décès sont réduits de 89 % lorsque le traitement est commencé trois jours après l’apparition des symptômes, ou de 85 % après cinq jours. Le Paxlovid n’est pas homologué pour les patients déjà gravement atteints par la maladie ou hospitalisés, ni pour les moins de 12 ans.

Ottawa a déjà acheté auprès de Pfizer un million de traitements de Paxlovid, à un prix gardé confidentiel, mais qui est estimé à plusieurs centaines de dollars l’unité. Les 30 000 premières doses sont déjà arrivées au pays au courant du week-end. Les provinces devraient recevoir leur part de cette commande initiale au prorata de leur population, soit environ 6500 doses pour le Québec.

Puisque les doses devraient être très demandées malgré leur quantité limitée, le fédéral recommande aux provinces d’offrir le Paxlovid d’abord à certaines catégories de la population qui sont plus à risque de développer des complications graves de la COVID-19.

Parmi les premiers à recevoir le traitement se trouvent les personnes immunodéprimées, quel que soit leur statut vaccinal, les personnes âgées de plus de 80 ans qui ne sont pas entièrement vaccinées et, finalement, les personnes de plus de 60 ans résidant dans les centres de soins de longue durée, les communautés rurales ou autochtones et qui ne sont pas entièrement vaccinées.

« Comme professionnels de la santé, vous ne choisissez pas ceux qui arrivent à l’hôpital et qui demandent des traitements. Cette approche montre que nous priorisons ceux qui en ont le plus besoin », a expliqué la Dre Tam, qui a souligné avoir reçu les conseils d’éthiciens avant de formuler ces recommandations.

« [Les non-vaccinés] sont effectivement vulnérables, par le choix qu’ils ont fait de ne pas être vaccinés », a aussi fait savoir le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos. Selon lui, un grand nombre d’entre eux sont plus hésitants que strictement opposés au vaccin, et doivent quoi qu’il en soit être traités avec bienveillance. « Peu importe leur passé, peu importent leurs choix, on les accepte comme ils sont dans les systèmes hospitaliers. »

Le fédéral recommande que, à mesure que le Paxlovid deviendra plus accessible, il soit offert à quiconque réside dans une communauté rurale éloignée, moins nantie et moins bien desservie par le système de santé.

Pas une cure miracle

 

Le traitement Paxlovid doit être entamé pas plus tard que cinq jours après l’apparition des symptômes légers d’une infection diagnostiquée à la COVID-19. Vu la difficulté de se procurer un test PCR dans les temps requis, un patient pourrait démontrer son infection par un test rapide, précise la Santé publique fédérale.

Il n’est pas question de le rendre disponible en vente libre. Puisqu’il est associé à une longue liste de médicaments contre-indiqués, il devra être prescrit par un professionnel de la santé.

« Il y a un potentiel d’interaction avec d’autres médicaments, il va falloir faire attention à ça. [Pour] les gens qui ont par exemple des problèmes de reins, des problèmes de foie, ce serait contre-indiqué », prévient Alain Lamarre, chercheur en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique.

Selon lui, il existe encore trop de variables inconnues au sujet de la COVID-19 pour que le Paxlovid soit présenté comme une cure miracle. « Ça ne va pas ramener à zéro les hospitalisations et les décès », croit-il. D’autant plus que le médicament n’est pas donné. Les États-Unis ont payé l’équivalent d’environ 900 dollars canadiens par dose, selon ce que rapportent des médias américains.

Chaque dose représente un traitement d’une trentaine de comprimés, à prendre sur cinq jours. Le Canada s’attend à recevoir des livraisons supplémentaires totalisant 120 000 doses d’ici à la fin du mois de mars.

Les ministres fédéraux, tout comme les autorités de santé publique, ont insisté lundi sur le fait que le médicament ne remplace pas la vaccination, encore considérée comme le meilleur outil pour prévenir les formes graves de COVID-19.

 

Santé Canada a mis près d’un mois et demi pour autoriser le Paxlovid de Pfizer, dont la demande avait été déposée le 1er décembre. Le ministère n’a toutefois pas encore décidé s’il autoriserait le médicament anti-COVID de sa rivale, la compagnie pharmaceutique Merck, qui fait l’objet d’examens depuis le mois d’août.

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