Pfizer a demandé aux États-Unis d’autoriser son médicament anti-COVID-19

Lors d'essais cliniques, le Paxlovid a démontré une efficacité de 89% contre les hospitalisations et décès dus à la COVID-19, lorsque pris dans les trois jours suivant l’apparition des symptômes.
Photo: Mark Lennihan Archives Associated Press Lors d'essais cliniques, le Paxlovid a démontré une efficacité de 89% contre les hospitalisations et décès dus à la COVID-19, lorsque pris dans les trois jours suivant l’apparition des symptômes.

Pfizer a annoncé mardi avoir demandé l’autorisation en urgence aux États-Unis de sa pilule anti-COVID, un traitement très attendu car il peut facilement être pris chez soi dans les premiers jours après l’apparition de symptômes en cas d’infection.

Le géant pharmaceutique a déposé cette demande auprès de l’agence américaine responsable des médicaments (FDA), a-t-il fait savoir dans un communiqué. Plus tôt mardi, Pfizer avait annoncé un accord mondial devant permettre à des fabricants de génériques de produire le médicament pour le fournir à 95 pays parmi les moins nantis de la planète.

Ce traitement antiviral, qui sera commercialisé sous le nom de Paxlovid, a démontré une efficacité de 89 % contre les hospitalisations et décès dus à la COVID-19 lors d’essais cliniques, lorsque pris dans les trois jours suivant l’apparition des symptômes.

Ces essais ont été menés par l’entreprise sur des personnes présentant un haut risque de développer un cas grave de COVID-19. Celles-ci ont ingéré le médicament toutes les 12 heures pendant cinq jours.

« L’efficacité écrasante atteinte dans notre étude clinique du Paxlovid, et sa capacité à aider à sauver des vies et à maintenir les gens hors de l’hôpital s’il est autorisé, souligne le rôle crucial que les thérapies antivirales peuvent jouer dans la bataille contre la COVID-19 », a déclaré le patron de Pfizer, Albert Bourla, cité dans le communiqué.

Les antiviraux agissent en diminuant la capacité d’un virus à se répliquer, freinant ainsi la maladie. Ces traitements représentent un complément clé aux vaccins pour protéger du COVID-19.

Le Washington Post a rapporté mardi que le gouvernement américain prévoyait d’annoncer cette semaine l’achat de 10 millions de traitements.

Pfizer a dit prévoir d’investir jusqu’à un milliard de dollars pour la fabrication et la distribution du Paxlovid.

Fabrication par d’autres compagnies

Un accord de licence volontaire a par ailleurs été annoncé mardi entre Pfizer et la Communauté de brevets sur les médicaments (en anglais Medicines Patent Pool, MPP), un groupe soutenu par l’ONU. Cette entente doit permettre à des fabricants de génériques de produire le médicament pour le fournir à 95 pays à revenu moyen ou inférieur. Une décision qui pourrait rendre le traitement accessible à plus de la moitié de la population mondiale.

L’accord exclut certains grands pays qui ont subi des épidémies de coronavirus dévastatrices. Par exemple, alors qu’une société pharmaceutique brésilienne pourrait obtenir une licence pour fabriquer le comprimé et l’exporter vers d’autres pays, le médicament ne pourrait pas être fabriqué de manière générique pour être utilisé au Brésil.

Des responsables de la santé ont tout de même déclaré que le fait que l’accord ait été conclu avant même que le médicament de Pfizer ne soit autorisé quelque part pourrait aider à mettre fin plus rapidement à la pandémie.

« Il est assez significatif que nous puissions donner accès à un médicament qui semble efficace et qui vient d’être développé à plus de 4 milliards de personnes », a déclaré Esteban Burrone, responsable de la politique de la Communauté de brevets sur les médicaments.

Il a estimé que d’autres fabricants de médicaments pourraient commencer à produire le comprimé en quelques mois.

Aux termes de l’accord, Pfizer ne percevra pas de redevances sur les ventes dans les pays à faible revenu et renoncera aux redevances sur les ventes dans tous les pays couverts par l’accord tant que la COVID-19 restera une urgence de santé publique.

Médecins sans frontières a déclaré qu’il était « découragé » que l’accord Pfizer ne rende pas le médicament disponible dans le monde entier, notant que l’entente annoncée mardi exclut des pays comme la Chine, l’Argentine et la Thaïlande. « Le monde sait désormais que l’accès aux outils médicaux pour lutter contre la COVID-19 doit être garanti pour tout le monde, partout, si nous voulons vraiment contrôler cette pandémie », a dit Yuanqiong Hu, conseiller principal en politique juridique chez Médecins sans frontières.

Les décisions de Pfizer et Merck de partager leurs brevets de médicaments contrastent fortement avec le refus de Pfizer et d’autres fabricants de vaccins de publier leurs formules de vaccins pour une production plus large. Moins de 1 % des vaccins de Pfizer contre la COVID-19 sont allés dans des pays plus pauvres.

Le laboratoire américain Merck a lui aussi développé un traitement antiviral contre la COVID-19, le molnupiravir, autorisé début novembre dans un premier pays, le Royaume-Uni. Dans un accord similaire avec le MPP annoncé en octobre, Merck a accepté de laisser d’autres fabricants de médicaments offrir son comprimé dans 105 pays plus pauvres.

Un comité de la FDA doit se réunir le 30 novembre pour se prononcer sur la demande d’autorisation du traitement de Merck aux États-Unis. Washington a déjà acheté 3,1 millions de traitements à Merck.

Avec Maria Cheng (Associated Press)



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