Le taux de détresse psychologique double chez les hommes montréalais

Selon une enquête menée en janvier dernier, 21% des hommes montréalais vivraient cette détresse, comparativement à 9% en 2018.
Photo: iStock Selon une enquête menée en janvier dernier, 21% des hommes montréalais vivraient cette détresse, comparativement à 9% en 2018.

La pandémie pèse lourd sur presque tout le monde et la science commence à le prouver. Une étude publiée ce matin révèle qu’un homme montréalais sur cinq souffre d’une « détresse psychologique élevée».

Selon l’enquête menée en janvier dernier, 21 % des hommes montréalais vivraient cette détresse, comparativement à 9 % en 2018.

La « détresse psychologique élevée » correspond à un standard international où le répondant se sent profondément nerveux, déprimé, fatigué au point où tout est un effort, incapable de tenir en place, désespéré ou alors bon à rien.

Ces chiffres ne révèlent pas tout, car « on n’est pas tous affectés de la même manière par la pandémie », insiste la chercheuse Janie Houle, du Comité régional en santé et bien être des hommes de la région de Montréal. « La pandémie a contribué à augmenter les inégalités sociales qui étaient là au départ. »

Par exemple, « si on compare la situation des hommes de 65 ans et plus, dans ce groupe d’âge là, c’est 5 % d’hommes qui présentent une détresse psychologique élevée. Alors que la proportion est de 38 % chez les hommes de 18-34 ans. C’est considérable ! Même chose pour les hommes qui sont peu scolarisés ou qui sont à faible revenu. Le taux de détresse psychologique élevé touche presque un homme sur trois de ces groupes-là sociaux. »

Fait à noter, ce désarroi se manifeste maintenant davantage à Montréal que dans le reste du Québec. Aucune différence statistique ne séparait ces deux groupes avant la pandémie. Aujourd’hui, le contraste est « significatif » : 21 % comparativement à 14 %.

Ce qui mène Janie Houle à conclure que « le logement est super important pour la santé mentale ».

« Quand tu vis dans un logement exigu, avec trois ou quatre enfants, qu’il y a des moisissures ou des parasites, c’est sûr que tu n’as pas le même confinement que quelqu’un qui a une cour arrière et une piscine. »

L’étude plaque aussi des pourcentages sur plusieurs pressentiments. Près de 80 % des hommes affirment que leur vie sociale s’est détériorée. La moitié des hommes montréalais a trouvé « plutôt ou très difficile » de s’adapter à la nouvelle situation.

Ce désespoir entraîne toutes sortes de tourments. Pas moins de 54 % des répondants vivent maintenant plus d’anxiété, 47 % se sentent plus irritables et 28 % ont augmenté leur consommation d’alcool et de drogue.

« Ç’a été quand même mesuré en janvier », nuance Janie Houle. « On peut penser qu’avec le beau temps qui s’en vient, la vaccination et l’espoir au bout du tunnel que les taux de détresse ont diminué. Mais, tant que les conditions de vie ne s’amélioreront pas, ça peut rester aussi. »

De l’aide

Malgré ces constats « préoccupants », les hommes auraient moins consulté d’intervenants psychosociaux cette année. Ces résultats surprennent la chercheuse Janie Houle. Elle y voit un lien avec la généralisation des consultations à distance, un « frein » selon elle à la guérison.

« Plus on s’éloigne du contact humain, plus la probabilité [de vouloir consulter] diminue. C’est-à-dire que si on passe de la consultation en présence, à la consultation par vidéo, à la consultation par téléphone et on termine en autosoin, plus ça va, moins il y a une intention de consulter. Ça montre vraiment que les hommes ont vraiment besoin d’avoir des contacts humains le plus possible, d’où l’importance de maintenir les services en personnes. Il y a des organismes qui ont vraiment coupé tous les services en présence. »

Les Québécois aux prises avec de la détresse psychologique peuvent consulter le site Internet de Santé Montréal qui offre un bottin énumérant toutes les ressources d’aide disponibles. Les CLSC proposent aussi des consultations sans rendez-vous.

Aucune étude ne permet pour l’instant de conclure que cette détresse se prolongera une fois la pandémie dernière nous. Mais Janie Houle note qu’il « faut distinguer le diagnostic de trouble mental et la détresse psychologique élevée, qui peut être plus liée à des conditions de vie. Dans ce cas-ci, la personne peut rebondir une fois qu’elle va avoir retrouvé sa job, retrouvé son revenu. »

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