Des pédiatres mal équipés face aux troubles de santé mentale

Les troubles de santé mentale explosent chez les jeunes depuis le début de la pandémie de COVID-19. Or, une large proportion des pédiatres ne se sentent pas à l’aise de traiter ces problèmes psychiatriques, indique un rapport de l’Association des pédiatres du Québec (APQ), publié le 20 avril et dont Le Devoir a obtenu copie.

Environ 75 % des pédiatres disent ne pas être « confortables avec l’évaluation et la prise en charge » d’enfants en dépression, selon un sondage mené par l’APQ en février 2020 auprès de 263 membres. Cette proportion grimpe à près de 79 % lorsqu’il s’agit de patients ayant des idées suicidaires et à 81 % dans le cas d’un jeune souffrant d’un trouble obsessionnel compulsif.

Plus de 90 % des pédiatres affirment ne pas se sentir « confortable » pour traiter des problèmes de toxicomanie ou des troubles de personnalité, selon ce même sondage. Près de 40 % d’entre eux sont toutefois à l’aise de prendre en charge des jeunes ayant un trouble d’anxiété généralisé.

Depuis cinq ans, les pédiatres sont plus que jamais sollicités pour le suivi de problèmes psychiatriques, selon l’APQ. « On s’est aperçus que les cas de santé mentale représentaient, dans la majorité des bureaux de pédiatre, plus de 50 % de la clientèle, dit la coautrice du rapport, la Dre France De Villers, que Le Devoir a contactée. Ça n’a pas de bon sens. Il faut faire quelque chose, parce que les pédiatres ne sont pas outillés pour traiter tous ces patients-là. »

Ce constat est d’autant plus préoccupant, selon la Dre France De Villers, que le sondage de l’APQ a été mené avant la pandémie et que les besoins en santé mentale sont plus criants depuis la crise sanitaire.

Manque de formation

« Pour la dépression et l’anxiété simple, il n’y a pas de problème, nuance la Dre France De Villers. Le problème, c’est quand le patient ne répond pas au traitement ordinaire ou lorsqu’il y a des comorbidités qui s’ajoutent ou quand il y a des complications, comme des idées suicidaires et de l’automutilation. »

La Dre France De Villers, qui est deuxième vice-présidente à l’APQ, signale que les pédiatres sont spécialisés dans le traitement des problèmes de santé physique chez les enfants. « On réanime des nouveau-nés prématurés », explique-t-elle.

Les pédiatres sont aussi formés pour évaluer le retard global de développement, le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, le syndrome de Gilles de la Tourette et le trouble du spectre de l’autisme chez les enfants de moins de cinq ans. « Mais des dépressions, des maladies bipolaires, des troubles de personnalité, c’est de la psychiatrie pure », dit la Dre France De Villers, précisant que les pédiatres sont peu exposés à ces problèmes lors de leur formation.

 

Le Dr Olivier Jamoulle, pédiatre et chef de la section de médecine de l’adolescence au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, n’est pas étonné par les résultats du sondage. Il souligne toutefois que la formation des pédiatres a été adaptée au cours des dernières années afin d’« exposer les résidents à davantage de problèmes de santé mentale ». « On est sollicités de toutes parts pour assurer la formation continue des pédiatres en place », ajoute le médecin, qui agit lui-même à titre de formateur.

Besoin des pédopsychiatres

La grande majorité des pédiatres souhaitent avoir un accès privilégié aux pédopsychiatres pour la gestion de leurs cas, selon le sondage de l’APQ. « [Actuellement], quand on envoie des patients en pédopsychiatrie, ils nous reviennent et ils disent, “en pédopsychiatrie, ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas de place et nous ont dit d’aller voir le pédiatre” », soutient la Dre France De Villers.

La Dre France De Villers ne veut pas jeter la pierre aux pédopsychiatres, qui sont limités en ressources et sont aussi de bonne volonté. Mais elle juge que tous les professionnels (travailleurs sociaux, psychoéducateurs, psychologues, pédopsychiatres, etc.) doivent s’arrimer et tenter « d’optimiser les ressources » pour offrir des soins et des services en santé mentale.

Les listes d’attente en psychothérapie sont longues, rappelle la pédiatre. « J’ai “référé” une patiente qui était dépressive et on m’a dit “je m’excuse, mais elle n’est pas suicidaire et elle n’a pas d’automutilation. L’attente, ça va être aux alentours de deux ans” », déplore-t-elle.

La Dre Annie Loiseau, présidente du comité psychiatrie de l’enfance et de l’adolescence de l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ), croit aussi que l’organisation du système doit être revue. Tous les professionnels doivent être mis à contribution. « Il faut vraiment être en équipe autour du jeune. » À l’image, précise-t-elle, d’un village entier qui s’occupe d’un enfant.

Pour y arriver, le gouvernement doit investir en prévention, comme le recommande la commission Laurent, d’après la Dre Annie Loiseau, qui pratique à Rimouski. « Les écoles, il faut les pourvoir suffisamment en professionnels pour qu’elles puissent prendre en charge certaines situations, faire des évaluations », cite-t-elle en exemple.

Des centres de crise doivent aussi être mis en place pour les jeunes, selon l’AMPQ. « Ça arrive souvent à l’urgence, des cas de jeunes en peine d’amour et qui ont des idées suicidaires, observe la Dre Annie Loiseau. On nous demande de les évaluer. On s’en vient psychiatriser une peine d’amour. Ça pourrait être pris en charge au CLSC et aux services de crise si c’était bien pourvu. »

Les pédopsychiatres répondants peuvent offrir davantage de soutien aux professionnels, aux médecins de famille et aux pédiatres, selon elle. « On pourrait optimiser ce service, qui n’est pas déployé de façon égale partout », affirme la Dre Annie Loiseau.

Le nombre de pédopsychiatres demeure toutefois limité au Québec. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) considère « la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent comme étant en pénurie actuellement ». En date du 3 mai, 48 des 229 postes autorisés aux plans d’effectifs médicaux étaient vacants, selon le MSSS. Pour la période 2021 à 2025, 25 postes ont été ajoutés. Le MSSS prévoit être en mesure de pourvoir 95 % des postes autorisés d’ici la fin de 2025, malgré les retraites.

Le MSSS a annoncé en novembre un investissement de 100 millions pour améliorer l’offre de soins et de services en santé mentale et réduire les listes d’attente.

662 nouveaux cas

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est descendu à 662 au Québec, lundi, pour un total de 358 796 personnes infectées depuis le début de la pandémie. Le ministère de la Santé rapporte également 6 nouveaux décès, pour un total de 10 993.
La Presse canadienne

Deuxièmes doses données en CHSLD

Tous les résidents des CHSLD qui avaient reçu une première dose du vaccin contre la COVID-19 ont maintenant reçu la seconde. La ministre responsable des Aînés et des Proches Aidants, Marguerite Blais, a livré cette information sur son compte Twitter lundi matin. Elle a affirmé qu’il s’agissait d’une « bonne nouvelle » pour les aînés et d’« une autre étape de franchie dans notre combat collectif contre la COVID-19 ». La campagne de vaccination se poursuit au Québec avec ce que le ministre de la Santé, Christian Dubé, a appelé la « semaine des jeunes ». Les personnes âgées de 30 à 34 ans peuvent officiellement prendre rendez-vous pour recevoir leur vaccin depuis lundi matin, bien que plusieurs aient pu s’inscrire dès dimanche soir. Les 25-29 ans pourront à leur tour prendre rendez-vous mercredi, tandis que les 18-24 ans pourront le faire vendredi. Le ministre Dubé a également annoncé la semaine dernière que les adolescents québécois de 12 à 17 ans seront vaccinés d’ici la fin juin. Santé Canada a récemment approuvé la vaccination des jeunes de 12 à 15 ans à l’aide du vaccin de Pfizer-BioNTech.
La Presse canadienne


À voir en vidéo