La 3e vague, la pire de la pandémie chez les 30 à 59 ans

La 3e vague a frappé plus fort et plus vite les générations des 30, 40 et 50 ans que les vagues précédentes. Le mois d’avril s’est soldé par des taux records d’hospitalisations et d’admissions aux soins intensifs dans ces tranches d’âge, montrent les dernières données.

Chose certaine, la vaccination des 50 ans et plus début avril n’a pas permis de casser la 3e vague dans cette couche de la population, qui a connu ces dernières semaines le plus grand nombre d’admissions aux soins intensifs depuis le début de la pandémie.

Plus de 127 quinquagénaires ont été admis aux soins intensifs à la suite d’une infection depuis la fin mars, considérée comme le début de la 3e vague. « Pour les 50 ans, c’est clair que le sommet nous a frappés avant que l’immunité soit acquise. On a même vu des gens faire des “partys de vaccination”, en pensant qu’en recevant leurs doses, ils étaient immunisés », observe le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).
 



La 3e vague a aussi plus fortement frappé les trentenaires, dont 29 se sont retrouvés aux soins intensifs depuis la fin mars, avec un record de 14 admissions dans la seule journée du 11 avril. « J’ai vu beaucoup de parents infectés par leur enfant, ou infectés dans leur milieu de travail. La plupart des jeunes qui aboutissent aux soins intensifs vont survivre, mais ce n’est pas sans séquelles », affirme la Dre Laurie Robichaud, urgentologue à l’Hôpital général juif.

Pas moins de 56 quadragénaires ont aussi connu le même sort depuis le 3e coup de semonce de la pandémie. « On a un variant beaucoup plus contagieux qui a pris le dessus. Les gens de ces groupes d’âge sont aussi ceux qui ont le plus de contacts sociaux. Ils ont été plus exposés que lors des vagues précédentes », soutient la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de médecine préventive et sociale du CHUM de l’Université de Montréal.

Plus d’hospitalisations

Plus d’admissions aux soins intensifs, mais aussi plus d’hospitalisations ont été notées, avec un sommet de 201 hospitalisations en avril (22 de plus depuis mai) chez les 40 à 49 ans, plus qu’à tout moment de la crise sanitaire. Le nombre mensuel d’hospitalisations des 50 à 59 ans est resté à peu près le même au plus fort des 2e et 3e vagues.

« C’est encore difficile d’élucider la raison précise de ces hausses. Ça ne touche pas que les gens non vaccinés, mais beaucoup de gens qui ont des enfants. Avec un virus aussi transmissible, c’est clair que cette vague est plus sensible aux contacts sociaux. Une certaine lassitude se fait aussi sentir dans cette couche de la population envers les mesures sanitaires », ajoute le Dr Simon, dont l’hôpital, situé dans la région de la Capitale-Nationale, a été très fortement frappé.

Si les complications sont rares chez des gens dans la quarantaine, l’intensiviste dit avoir observé « un surplus de morbidité et de mortalité » chez certains patients de cet âge qui tendent à nier la gravité de leurs symptômes. « Plusieurs se retrouvent dans de sales draps et nécessitent des prises en charge intenses à leur arrivée à l’hôpital. Il est tard pour intervenir. Certains sont amenés de force à l’hôpital par leur conjoint ! » insiste le Dr Simon.

Si certains experts hésitent à dire que cette 3e vague nourrie par les variants est à l’origine d’infections plus graves et plus mortelles, la Dre Robichaud dit avoir observé une gradation dans la sévérité des symptômes. « Un passage aux soins intensifs, ce n’est jamais sans séquelles. J’ai aussi eu plusieurs patients jeunes et guéris, hospitalisés post-COVID pour des dysfonctions cardiaques. »

Plus malades ?

Selon des données colligées par Le Devoir, le nombre de personnes infectées par la COVID qui ont nécessité une hospitalisation semble avoir connu une courbe ascendante chez les 30, 40 et 50 ans et plus depuis le mois de mars.

La proportion des quinquagénaires admis à l’hôpital sur le nombre total d’infections recensées chez les 50-59 ans est passée de 6 % en mars à plus de 11 % à la mi-avril. Chez les 40 à 49 ans, le taux d’hospitalisation a progressé de 2 % à un peu plus de 4 %, alors que l’augmentation semble peu significative chez les 30 à 39 ans.
 


Des études réalisées au Royaume-Uni semblent démontrer que le variant B 1.1.7., maintenant prédominant au Québec, serait non seulement plus transmissible, mais associé à un plus haut taux de mortalité et à des complications sévères.

Selon la Dre Raynault, les chiffres officiels sont trompeurs, et beaucoup plus de gens sont infectés que ce qu’indiquent les statistiques. Cette sous-déclaration pourrait expliquer ces différences. « Seulement une personne sur deux qui a des symptômes va se faire dépister. Les études de séroprévalence indiquent qu’il y aurait en réalité de 3 à 5 fois plus de cas que ce qui est rapporté », dit-elle.

Selon le Dr Simon, cette 3e vague, qui a maintenant fléchi — mais sévit toujours en Beauce et dans certains secteurs de l’Estrie —, se distingue des autres par sa force et sa vélocité. « Durant la 1re et la 2e vague, on observait les hospitalisations de 10 à 14 jours après une hausse des infections. Là, ça a pris 3 jours, on était submergés. On n’a plus de temps de réaction pour adapter un système lourd comme le nôtre, qui nécessite du délestage et du déplacement de personnel. On s’est presque rendu à la limite », dit-il.

Chose certaine, l’effet du vaccin se fait nettement sentir dans la chute marquée des hospitalisations chez les plus de 60 ans, et il est urgent d’immuniser les tranches d’âge plus jeunes, a insisté le Dr Simon, quelques heures avant que soit annoncé l’accès à la vaccination aux jeunes de plus de 35 ans.

« En fait, je ne crains pas tant l’effet du variant, car même avec le variant, on voit que les mesures sanitaires fonctionnent, dit-il. Je crains davantage les gens qui vont choisir de ne pas se faire vacciner ou de refuser de faire vacciner leurs enfants. Avec l’été qui arrive et les cas qui diminuent, bien des gens de 30, 40, 50 ans ne voient plus l’urgence de se faire vacciner et ça, ça m’inquiète. »
 

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