La Beauce surchauffe malgré le confinement

Selon l’Institut national de santé publique (INSPQ), le réseau local de services (RLS) de la Beauce compte 562,7 cas actifs par 100 000 habitants, le taux le plus élevé au Québec.
Photo: Agence France-Presse Selon l’Institut national de santé publique (INSPQ), le réseau local de services (RLS) de la Beauce compte 562,7 cas actifs par 100 000 habitants, le taux le plus élevé au Québec.

Depuis un mois, les Beaucerons sont soumis à un confinement strict. Les élèves des écoles primaires et secondaires étudient à distance, les commerces non essentiels sont fermés et le couvre-feu est fixé à 20 h. Malgré tout, la région affiche l’un des pires bilans du Québec au prorata de la population. Pourquoi?

La directrice régionale de santé publique de Chaudière-Appalaches, la Dre Liliana Romero, le reconnaît : même après un mois de mesures spéciales d’urgence, la situation en Beauce demeure « non résolue ». Chaudière-Appalaches enregistre chaque jour plus d’une centaine de nouveaux cas de COVID-19 (120 mercredi). « Plus de 50 % des cas proviennent chaque jour de la Beauce, dit-elle. Présentement, environ 60 % des personnes hospitalisées proviennent [de ce] territoire. »

Selon l’Institut national de santé publique (INSPQ), le réseau local de services (RLS) de la Beauce compte 562,7 cas actifs par 100 000 habitants, le taux le plus élevé au Québec après celui du RLS du Granit (872,8), en Estrie, qui vient de passer en zone d’urgence.

La situation s’est améliorée depuis le 15 avril, jour où la région de Chaudière-Appalaches a enregistré un record de 233 nouvelles infections. « Ce qui a aidé à diminuer le nombre de cas, c’est que les écoles étaient fermées », indique la Dre Romero. Mais la transmission se poursuit dans les milieux de travail. « Les manufactures sont ouvertes, dit la Dre Romero. La Beauce, c’est une région de production. »

L’adhésion aux mesures sanitaires est aussi en cause, selon Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Les résidents de Chaudière-Appalaches sont moins enclins à suivre les consignes que la population québécoise en général, relève-t-elle.

Du 16 au 28 avril, 38 % des citoyens de Chaudière-Appalaches ont dit toujours respecter les trois mesures sanitaires de base (lavage fréquent des mains, distanciation physique en société et éviter les rassemblements), contre 46 % des Québécois en général, selon le dernier sondage portant sur les attitudes et comportements des adultes québécois mené par l’INSPQ.

Résistance aux mesures ?

« Qu’est-ce qui explique cette différence d’adhérence aux mesures sanitaires ? demande Roxane Borgès Da Silva. Je pense que les leaders politiques locaux qui ne sont pas forcément favorables [à ces mesures] et qui ne montrent pas l’exemple doivent sûrement être un déterminant. » Elle cite comme exemple Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada et ancien député conservateur de la Beauce, qui s’oppose au confinement et a participé samedi à une manifestation à Montréal.

La Dre Romero constate une certaine résistance sur le terrain. « Il y a des personnes qui respectent bien les mesures sanitaires », souligne-t-elle. Mais d’autres se demandent si « le vaccin est la bonne solution ». « Plusieurs personnes » ne croient pas encore à l’existence du virus, « malgré une année de pandémie de COVID-19 », déplore-t-elle.

Des théories du complot et de la désinformation circulent dans les médias sociaux, ajoute la Dre Romero. « Parfois, pour certaines personnes, c’est la seule source d’information, dit-elle. Il faut combattre la désinformation. »

La Santé publique doit trouver un moyen de contrecarrer le « discours des gens qui résistent aux mesures sanitaires », d’après la Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de médecine sociale et préventive du CHUM. « Il faudrait trouver une façon originale de miner leur influence sur les gens indécis [vis-à-vis des consignes] », précise-t-elle.

Le maire de Saint-Georges, Claude Morin, n’est pas prêt à dire, lui, que les Beaucerons suivent moins les règles que les autres. Il croit que l’influence de Maxime Bernier est surestimée en Beauce. « À l’intérieur de la Beauce, actuellement, il ne fait pas fureur », dit-il.

Selon lui, les autorités ont trop tardé à ouvrir un centre de dépistage dans sa ville, ce pour quoi il militait depuis la fin de la deuxième vague. La clinique a été mise en place le 19 avril. Elle s’ajoute au centre sur rendez-vous de Beauceville.

« Si les gens [qui voulaient subir un test] étaient chanceux, ils pouvaient aller à Beauceville, qui n’est pas trop loin, dit Claude Morin. Sinon, c’était Lévis ou Thetford. Les gens refusaient [de s’y rendre], malgré de petits symptômes. Ils se disaient : “Je vais pas perdre une journée à Lévis, je perds une journée d’ouvrage et mon salaire, je le veux.” » Une clinique à proximité aurait pu les encourager à se faire dépister rapidement, selon lui.

Ce dossier étant réglé, le maire de Saint-Georges plaide maintenant pour que les autorités fournissent aux préfets de Chaudière-Appalaches le taux de vaccination par MRC. « Ça va nous donner du jus pour dire : “Heille, les gens de Beauce-Sartigan, on donne un coup. On se fait battre par un autre à côté” », explique-t-il.

Selon Claude Morin, les Beaucerons sont motivés à se faire vacciner. « On est comme le Canadien, on veut faire les séries ! On est prêts à tout faire. »

La vaccination avance bien, selon la Dre Liliana Romero. Près de 40 % de la population dans Chaudière-Appalaches a reçu une première dose de vaccin, selon le CISSS régional. Une telle couverture permettra de mieux composer avec la hausse des cas attendue avec l’ouverture lundi prochain des écoles primaires dans les MRC de Beauce-Sartigan, Robert-Cliche et des Etchemins, selon la directrice régionale de santé publique.

Parallèlement, les autorités évaluent la possibilité d’ouvrir un nouveau site de dépistage dans la région afin d’améliorer l’accès aux tests.

La Santé publique organise aussi des rencontres avec de nombreux entrepreneurs afin de discuter des enjeux sanitaires dans la région, indique la Dre Romero. « Ce n’est pas juste de la sensibilisation, précise-t-elle. On va sur place, on voit c’est quoi les mesures sanitaires qui pourraient être rehaussées dans les milieux afin d’empêcher la transmission. » L’objectif ? Réduire les cas pour pouvoir enfin lever les mesures spéciales d’urgence.

En données


À voir en vidéo