Québec sommé de permettre aux personnes handicapées de se faire vacciner dès maintenant

Actuellement au Québec, les adultes de moins de 60 ans vivant avec un handicap physique ou intellectuel se trouvent au bas de la liste de priorité, soit dans la même catégorie que le reste de la population.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Actuellement au Québec, les adultes de moins de 60 ans vivant avec un handicap physique ou intellectuel se trouvent au bas de la liste de priorité, soit dans la même catégorie que le reste de la population.

Québec est sommé de permettre dès maintenant aux personnes vivant avec un handicap de se faire vacciner contre la COVID-19. Cinq familles dont un membre vit avec une déficience intellectuelle ou physique ont envoyé vendredi une mise en demeure au gouvernement du Québec afin que l’ordre de priorité pour la vaccination soit modifié.

« Des données scientifiques montrent que les gens handicapés ont trois à cinq fois le risque de la population en général de développer des complications graves ou de mourir de la COVID-19 », fait valoir l’avocat Julius Grey, qui pilote le dossier. Si l’ordre de priorité n’est pas modifié d’ici une semaine, le groupe pourrait déposer une injonction, un recours en dommages-intérêts ou encore une action collective contre le gouvernement du Québec, peut-on lire dans la mise en demeure, dont Le Devoir a obtenu copie.

Actuellement, au Québec, les adultes de moins de 60 ans vivant avec un handicap se trouvent au bas de la liste de priorité, soit dans la même catégorie que le « reste de la population adulte ».

Dans d’autres provinces canadiennes, les personnes ayant une déficience mentale ou un handicap physique se trouvent à des échelons plus élevés. En Ontario, elles peuvent se faire vacciner dès la phase 2 sur un total de 3 phases, et en Colombie-Britannique, dès la phase 3 sur un total de 4 phases.

La décision du gouvernement du Québec d’exclure les personnes handicapées des groupes prioritaires est « discriminatoire, voire dangereuse pour la vie et la sécurité », mentionne la mise en demeure. Ce refus de reconnaître les dangers encourus par les personnes vivant avec un handicap viole la Charte canadienne des droits et libertés et la Charte québécoise des droits et libertés et la personne, estime Julius Grey. Celui-ci a d’ailleurs déposé vendredi une demande d’enquête pour discrimination à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Un danger décuplé

Alexandre Grant fait partie de ceux qui ont demandé à Julius Grey d’intenter une action en justice contre le gouvernement du Québec. « Ça fait plusieurs mois qu’individuellement, on essaye de [se] faire entendre […]. On a fait des pétitions, on a envoyé des lettres au gouvernement, on a fait des apparitions dans les médias. Mais tout ça a mené essentiellement à rien », déplore celui dont le frère jumeau Jonathan, âgé de 24 ans, vit avec une déficience intellectuelle et un trouble du spectre de l’autisme.

Depuis le début de la pandémie, celui-ci a dû interrompre entièrement ses activités et n’est retourné que pour une brève période à son emploi dans un centre communautaire. Durant cette période, l’homme de 24 ans a été exposé à un cas positif de COVID-19. « Ça l’a mis dans un état de détresse complètement inhumaine », rapporte son frère. Le stress a également été immense pour la famille de Jonathan, qui craignait pour sa santé. « On a pris la décision qu’il ne retournerait pas à ses activités jusqu’à ce qu’il soit vacciné. Le danger est trop élevé pour lui », mentionne Alexandre Grant.

Jeudi soir, Jonathan Grant a reçu un appel du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal pour lui donner un rendez-vous pour se faire vacciner. Une bonne nouvelle, convient son frère, qui dit toutefois être déterminé à poursuivre ses démarches jusqu’à ce que la vaccination soit offerte à tous les Québécois vivant avec un handicap.

L’attachée de presse du ministre de la Santé Christian Dubé, Marjaurie Côté-Boileau, n’a pas voulu commenter le dossier, puisque celui-ci fait l’objet de démarches judiciaires. « Toutefois, nous suivons les recommandations du Comité d’immunisation du Québec concernant les groupes prioritaires à vacciner », précise-t-elle. Elle ajoute que près de 13 000 Québécois vivant avec un handicap ont pu être vaccinés jusqu’à maintenant. Le mois dernier, les personnes vivant avec un handicap et qui résident dans une ressource d’hébergement ont été ajoutées aux groupes prioritaires.  

On a pris la décision qu’il ne retournerait pas à ses activités jusqu’à ce qu’il soit vacciné. Le danger est trop élevé pour lui.