Le couvre-feu de Legault fonctionne-t-il mieux que le «stay-at-home order» de Ford?

Est-ce faute d’un couvre-feu, pour son retard dans l’imposition de mesures sanitaires ou parce que sa population a simplement trop baissé la garde ? Pour des raisons que les experts ne peuvent expliquer totalement, l’Ontario enregistre plusieurs milliers de nouveaux cas par jour de plus que le Québec, qui avait pourtant l’habitude d’être plus durement frappé lors des vagues précédentes.

La province la plus populeuse du pays vit « une véritable crise », de l’aveu de son premier ministre, Doug Ford. Lundi, elle défonçait tous les records de nouveaux cas quotidiens avec plus de 4400 infections. C’est presque 3000 de plus que ceux déclarés au Québec, mardi. Jamais les deux voisines n’ont connu une telle différence dans la vitesse de progression du virus.

Lors de la première vague de la maladie, au printemps dernier, le Québec était la province comptant le plus grand nombre de personnes infectées, en nombre absolu. Puis, à partir de l’automne, des chiffres comparables de cas quotidiens entre l’Ontario et le Québec signifiaient que le virus circulait plus vite dans cette dernière, compte tenu de sa plus faible population.

 

 

Les choses ont changé. Cette semaine, l’Ontario a frôlé les 30 nouveaux cas de COVID-19 par 100 000 habitants, alors que cette proportion était au maximum de 20 au Québec. Selon des experts consultés par Le Devoir, un ensemble de mesures, et non une seule, peuvent expliquer ce nouvel écart entre les provinces voisines.

Le cas du couvre-feu

Le couvre-feu a été une nouvelle fois vanté par le premier ministre François Legault, en conférence de presse, mardi. « Pour moi, ça a une relation directe avec les visites dans les maisons », a-t-il expliqué aux journalistes. Cela fait-il du Québec la province aux règles les plus strictes pour lutter contre le coronavirus ? Pas selon Charles Breton, qui a contribué à une recherche de l’Université d’Oxford visant à comparer les provinces selon un « indice de sévérité ». Actuellement, « les deux provinces ont des niveaux de sévérité comparables », tranche le directeur du Centre d’excellence sur la fédération canadienne de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP).

Dans ce classement, l’absence de couvre-feu en Ontario peut par exemple être compensée par la fermeture des écoles, annoncée lundi par Doug Ford. Son « ordre de rester à la maison » (« stay-at-home order ») est quant à lui jugé trop peu rigoureux pour lui accorder quelconques points de sévérité. « Les mesures ne sont pas mises de l’avant de manière isolée, explique Charles Breton. Donc, qu’est-ce qui est dû au couvre-feu, qu’est-ce qui est dû au masque dans les écoles ? C’est difficile de mettre le doigt sur le lien de cause à effet. »

Le secret est peut-être dans la rapidité d’exécution. « L’Ontario a agi moins rapidement que le Québec au tout début de janvier », estime pour sa part Benoit Barbeau, professeur en sciences biologiques à l’UQAM. « Je crois qu’on a été beaucoup plus agressif. Il reste à savoir à quel point le couvre-feu a aidé, mais nos mesures ont été plus rapidement instaurées. »

Qu’est-ce qui est dû au couvre-feu, qu’est-ce qui est dû au masque dans les écoles ? C’est difficile de mettre le doigt sur le lien de cause à effet.

 

Grand relâchement

Selon Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, les plus récentes études tendent à démontrer que le couvre-feu aurait effectivement eu un effet dissuasif sur les rassemblements des jeunes. Elle attribue toutefois la flambée des cas en Ontario aux trop grands assouplissements accordés par le gouvernement Ford entre les deux vagues.

« Il semble qu’il y a eu un relâchement des gestes barrières en Ontario au moment de la réouverture », analyse-t-elle. Après avoir fermé après les Fêtes, l’Ontario a rouvert ses restaurants et ses bars hors Toronto, un retour trop radical à la normale, selon Mme Borgès Da Silva. « Alors qu’au Québec, on a essayé d’avoir des mesures qui sont tempérées et d’avoir une vie à peu près normale, un confinement partiel si on veut. »

Vaccination

« L’autre aspect important, c’est la vaccination. L’Ontario a été extrêmement lente », ajoute Benoit Barbeau. Même si, en date de mardi, le nombre de doses administrées par le Québec et l’Ontario était très semblable quant au prorata de leurs populations, plus de personnes auraient reçu leur première dose au Québec. Cela est dû au choix fait dès le départ par le gouvernement Legault, puis imité ailleurs, de ne pas injecter la seconde dose dans le délai conseillé par les fabricants, mais plutôt d’inoculer une fois le plus grand nombre de personnes possible.

 

 

« En protégeant les personnes âgées, vous avez ainsi une meilleure capacité de contrôler la propagation, entre autres des variants dans cette tranche de population. […] Ce sont ceux qui souffrent de symptômes les plus sévères, et probablement ceux qui sont le plus contagieux », analyse l’expert en virologie.

Il reste que le Québec n’est pas à l’abri d’une hausse comparable à celle observée dans la province voisine, rappellent tous les experts consultés. La dernière année a démontré que les vagues de COVID-19 peuvent être très différentes les unes des autres. Aussi, le Québec peut-il être simplement un peu en retard sur l’Ontario.