Un service d’analyse rapide des drogues pour juguler les surdoses

Le d.g. de Cactus, Jean-François Mary, simule une analyse rapide de drogue en attendant d’avoir les exemptions qui lui permettront d’aller de l’avant avec le projet.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le d.g. de Cactus, Jean-François Mary, simule une analyse rapide de drogue en attendant d’avoir les exemptions qui lui permettront d’aller de l’avant avec le projet.

Dans l’espoir de limiter le nombre de surdoses, l’organisme Cactus offrira un nouveau service d’analyse rapide pour permettre aux usagers de savoir ce qu’il y a dans leur drogue avant de la consommer, une première à Montréal.

« C’est un besoin que les usagers expriment sur une base quotidienne », explique le directeur général de Cactus, Jean-François Mary.

Cela fait plusieurs années que l’organisme travaille à ce projet, mais « tout s’est accéléré avec la pandémie », explique M. Mary en entrevue téléphonique. « On s'est rendu compte que les pratiques de consommation sont beaucoup plus intenses [depuis le début de la pandémie]. »

C’était d’autant plus urgent, affirme-t-il, que, depuis mai 2020, on assiste à une recrudescence majeure des surdoses. « Il fallait accélérer le pas, parce qu’on est à un moment crucial. On est au même point que la Colombie-Britannique il y a cinq ans. Il faut éduquer les gens et leur permettre de savoir quelles sont les substances introduites à leur insu dans la drogue. »

Rappelons que, depuis le début de la pandémie, en raison notamment de la fermeture des frontières, les substances qui se vendent dans la rue ont beaucoup changé. Certaines drogues ne sont plus disponibles, obligeant les usagers à changer leurs habitudes de consommation. D’autres sont coupées avec toutes sortes de substances, sans que les clients en soient avertis. Ainsi, plusieurs font des surdoses ou ont des réactions inattendues parce qu’ils ont consommé sans le savoir des mélanges auxquels ils ne sont pas habitués.

Pas d’aide de Québec

Le directeur général de Cactus estime que son nouveau service d’analyse de drogues de rue permettra de diminuer le nombre de surdoses. Mais pour ce faire, il a besoin d’une demande d’exemption pour avoir le droit de manipuler les drogues interdites au Canada. En octobre 2020, Cactus a présenté au gouvernement provincial une demande d’exemption à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.

On est au même point que la Colombie-Britannique il y a cinq ans. Il faut éduquer les gens et leur permettre de savoir quelles sont les substances introduites à leur insu dans la drogue.

 

Normalement, c’est le fédéral qui octroie ces exemptions, mais au début de la pandémie, Santé Canada a délégué des pouvoirs aux provinces afin que celles-ci puissent agir rapidement. « On avait l’espoir que le processus entamé auprès du gouvernement provincial allait aboutir rapidement, affirme M. Mary d’un ton las. C’était légitime de penser qu’on allait être soutenus par la province, car il est évident que le service que l’on veut offrir répond à un besoin de santé publique. On s’est trompés totalement. »

L’organisme s’est tourné vers Santé Canada, qui a reconnu l’urgence de lui octroyer une exemption à la loi afin qu’il puisse offrir le service d’analyse rapidement. Jean-François Mary attend les autorisations d’une semaine à l’autre et prévoit de lancer son nouveau programme dès le mois de juin.

Questionné par Le Devoir, le porte-parole de la Santé publique n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi les autorités québécoises n’avaient pas octroyé une exemption d’urgence à Cactus. « La Direction de santé publique de Montréal travaille de près avec l’organisme Cactus, le [ministère de la Santé et des Services sociaux] et Santé Canada au niveau de sa demande pour lui permettre d’ouvrir le plus rapidement possible son service d’analyse des drogues », a répondu par courriel Éric Forest.

Résultats rapides

Un programme d’analyse toxicologique pour les usagers existe déjà à la clinique du Dr Jean Robert, à Saint-Jérôme. Les usagers peuvent faire tester leur urine pour savoir ce qu’ils ont consommé ou apporter un échantillon de drogue pour le faire tester en laboratoire. Les usagers savent donc a posteriori ce qu’ils ont consommé. Or, dans le cas du nouveau programme offert à Cactus, on procédera à l’analyse des molécules sur place.

« Contrairement à l’analyse en laboratoire, on va être capables de fournir un résultat en deux ou trois minutes, précise le directeur général. On ne s’attend pas à avoir des résultats parfaits — on ne sera pas capables de dire quelle quantité exacte de substances se retrouve dans la drogue —, mais on va être capables de nommer les composantes. Et c’est ça, l’attente des usagers. »

Selon lui, la capacité d’offrir des résultats rapides est cruciale pour les usagers. « La personne qui a sa drogue dans sa poche, elle ne va pas la consommer dans trois ou cinq jours, elle va la consommer dans les minutes qui viennent. Ainsi, en quelques minutes, elle va avoir une bonne idée de ce qu’il y a dans sa drogue et être capable de développer des stratégies pour protéger sa santé et même sa vie. »