Les recommandations sanitaires sur la ventilation se font attendre

En matière de ventilation, seules les exigences habituelles du Code du bâtiment s’appliquent dans une foule de milieux, comme le secteur manufacturier, les restaurants ou les centres d’entraînement.
Photo: iStock En matière de ventilation, seules les exigences habituelles du Code du bâtiment s’appliquent dans une foule de milieux, comme le secteur manufacturier, les restaurants ou les centres d’entraînement.

En matière de ventilation, aucune norme ou aucune recommandation supplémentaire n’a été instaurée pour contrer la propagation du coronavirus dans la plupart des lieux publics du Québec. Les milieux où les gens retirent leur masque, comme les salles de repas en milieu de travail, ne font pas exception.

Seules les exigences habituelles du Code du bâtiment s’appliquent dans une foule de milieux, comme le secteur manufacturier, les restaurants ou les centres d’entraînement. L’ouverture accrue des fenêtres et l’abandon des locaux mal aérés ne sont pas des options faisant l’objet de recommandations formelles, comme c’est le cas dans le réseau scolaire.

« C’est silence radio pour tous les autres types de milieux » que les écoles, se désespère la professeure Caroline Duchaine, une spécialiste des bioaérosols à l’Université Laval, qui faisait partie des réviseurs externes du rapport gouvernemental sur la ventilation dans les écoles, paru en janvier dernier.

Améliorer la qualité de l’air dans les autres milieux nous permettrait de « vivre beaucoup plus librement », croit-elle. « Mais c’est toujours gardé sous silence. On dirait qu’il n’y a pas d’efforts, que ce message-là ne passe pas. C’est une patate chaude, et personne ne veut mettre à jour les recommandations. »

« Dans le guide sanitaire de la Santé publique, il n’y a pas une seule fois le mot ventilation », confirme François Meunier, le porte-parole de l’Association restauration Québec, en soutenant du même souffle que le taux de renouvellement de l’air des cuisines est excellent grâce aux hottes.

« Nous n’avons pas eu de commentaires disant que la ventilation dans l’industrie manufacturière était problématique, ou que quelque chose devait être fait en ce sens », affirme similairement Véronique Proulx, la p.-d.g. des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, qui fait valoir que la plupart des lieux de travail ne sont pas aux prises avec des problèmes d’éclosion.

C'est une patate chaude, et personne ne veut mettre à jour les recommandations.

 

Des normes à resserrer

Malgré les bonnes intentions des entreprises, la professeure Duchaine croit qu’il est essentiel de resserrer les normes et de faire des vérifications. Surtout là où les gens retirent leur masque — pour manger, par exemple.

« Dans mon propre milieu de travail, dit-elle, on n’a jamais testé la salle à manger pour voir si elle était bien ventilée. Et c’est comme ça partout. Même chose dans les bureaux d’esthétique. Quand un client n’est pas masqué, je pense que c’est une situation où il faudrait regarder la ventilation. »

L’absence de directives en matière de ventilation « reflète le fait qu’au Québec, la reconnaissance de la transmission par les aérosols se fait très lentement, et n’est même pas complète », soutient Nathalie Grandvaux, directrice d’un laboratoire au Centre de recherche du CHUM et spécialiste des virus respiratoires.

Actuellement, plus de la moitié des éclosions actives dans la province sont dans des milieux de travail. Depuis jeudi, le port du masque médical en continu est exigé pour tous les travailleurs, même quand ils arrivent à respecter la distanciation physique. Une exception est prévue lors des repas.

Distanciation physique et surfaces

Au Québec, la « base réglementaire » portant sur la ventilation est du ressort de la Régie du bâtiment du Québec, énonce un porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux dans un courriel au Devoir. « Nous vous invitons à les contacter en ce sens », ajoute-t-il.

Du côté de la Régie du bâtiment du Québec, on explique que la réglementation de l’organisme « ne spécifie pas d’éléments à considérer en temps de crise sanitaire ». Le porte-parole rappelle que c’est le gouvernement qui détermine les directives de santé publique.

En plus des décrets sanitaires, les milieux de travail sont aussi sujets aux normes de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Le guide préparé par la CNESST pour les restaurants et les bars, ou encore celui pour le milieu manufacturier, exige simplement d’assurer « le bon fonctionnement et l’entretien des systèmes de ventilation » en fonction des exigences réglementaires. Aucune recommandation ne va ainsi au-delà des bonnes pratiques habituelles.

Le reste des consignes insiste beaucoup sur le maintien de la distanciation physique et le nettoyage des surfaces. Pourtant, l’existence de la transmission aérienne du virus est reconnue par les autorités depuis des mois. Par ailleurs, les experts considèrent maintenant que les risques de transmission imputable aux objets contaminés sont faibles.

Cette semaine, l’ASHRAE (un organisme américain qui fait office de référence mondiale en matière de ventilation) a statué qu’il ne faisait plus de doute que la transmission aérienne du SRAS-CoV-2 est « significative » et que la ventilation peut diminuer les expositions à cette voie de transmission.

Le collectif de médecins et de scientifiques COVID-STOP demande lui aussi une meilleure ventilation dans l’ensemble des lieux publics. Il a d’ailleurs réclamé jeudi qu’une enquête soit menée sur le rôle de la ventilation dans l’éclosion massive survenue récemment au gym Méga Fitness, à Québec.

Comment rapidement améliorer la ventilation ? Caroline Duchaine et Nathalie Grandvaux suggèrent d’ouvrir les fenêtres, d’installer des extracteurs d’air et, dans certaines circonstances vérifiées par des spécialistes, d’utiliser des purificateurs d’air.

3 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 10 avril 2021 08 h 28

    ''Nombre de doses administrés''

    Félicitations à l'INSPQ et au journal Le Devoir pour avoir corrigé l'infogramme rapportant le ''nombre de doses administrées'' au Québec de 1,754,749, au lieu de qualifier ce nombre comme celui des ''personnes vaccinées'' comme l'INSPQ le faisait auparavant.

    Maintenant, dans la poursuite de cette transparence, il serait intéressant de savoir de l'INSPQ trois informations additionelles pertinentes:
    1- De ce nombre de doses administrées de 1,754,749, combien de Québécois sont ''complètement vaccinés'' avec les deux doses requises pour ce faire ?
    2- De ce nombre de doses administrées de 1,754,749, combien de Québécois sont partiellement vaccinés après n'avoir reçu qu'une seule dose des vaccins ?
    3- Et surtout : L'INSPQ a-t-elle fait une étude pour évaluer si des Québécois partiellement vaccinés on été infectés par le virus? Combien de membres de cette cohorte ont été trouvés porteurs asymptomatiques du virus ou de ses variants ? Le cas échéant,quels variants?

    La troisième question est importante car les résultats d'une telle analyse scientifique pourrait conduire à une modification des délais entre les deux doses pour certaines cohortes de patients s'il était prouvé que les patients de telles cohortes pourraient être incubateurs, sources de nouveaux variants, porteurs asymptomatiques et contaminateurs de leur entourage par des variants dont une seule dose du vaccin ne les aurait pas protégés. Puisque certains comme en Colombie Britnnique et la Dr Zhang dont les observations ont été mentionnées dans Le Devoir, ont rapporté de tels problèmes, la preuve du contraire serait aussi bénéfique en permettant de continuer le même régime des délais entre les deux doses pour toutes les cohortes de patients s"il n'y a pas d'effets délétères identifiés dans une telle étude scientifique qui devrait être faite par l'INSQP.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 10 avril 2021 14 h 47

      Excellentes questions, je crois. Voilà le genre de travail auquel les oppositions devraient se livrer avec assiduité.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 10 avril 2021 08 h 54

    Quelques remarques (les mêmes...)

    « l'’existence de la transmission aérienne du virus est reconnue par les autorités depuis des mois. »

    Faux. On ne peut reconnaître l'existence d'une chose que si elle est connue. Or cette connaissance est toujours en cours de formation, comme le signalent aussi bien L'OMS, les CDC, l'ASPC et l'INSPQ. Qu'il en ait ne fait pas de doute. La question est de savoir dans quelles conditions elle est suffisamment intense pour être dangereuse. Lors des IMGA, sans doute. Mais comme le dogme ne fait pas dans la nuance, on en est à soupçonner que même à deux mètres, même en plein air....

    « l’ASHRAE (un organisme américain qui fait office de référence mondiale en matière de ventilation) a statué »

    Ce sont des ingénieurs. Pas plus que le petit juge du Tribunal admnistratif du travail, ils n'ont autorité pour « statuer » sur des questions qui relèvent de la microbiologie et de l'épidémiologie.

    Par ailleurs, le fait de s'en tenir aux normes du code du bâtiment reposent sur la prémisse qu'une ventilation normale pourrait suffire à prévenir la transmission du virus par voie aérienne. Dans l'état actuel des connaissances, on peut très légitimement penser que le principe de précaution commanderait peut-être de hausser ces exigences. Il ne fait pas de doute que tous les experts guettent l'évolution des recherches. Mais on ne preut prétendre en toute rigueur que la preuve en serait faite. Ni par conséquent suggérer comme l'article le fait que les autorités sanitaires et le gouvernement manqueraient à leurs devoirs.