Les vaccins semblent moins efficaces en CHSLD

Partout dans le monde, les résidents des établissements de soins de longue durée figuraient parmi les groupes à vacciner en haute priorité contre la COVID-19. Ils n’étaient cependant pas représentés dans les essais cliniques des principaux vaccins. Quatre mois après le début de leur vaccination, l’appréhension de certains spécialistes semble se confirmer : les vaccins pourraient être moins efficaces au sein de cette population fragile et très âgée.

Reste que la situation est difficile à déchiffrer. Quelle est l’efficacité après une seule dose ? Dans plusieurs pays, les résidents d’établissements de soins de longue durée ont déjà reçu leur deuxième piqûre. À l’aube d’un second cycle de vaccination dans les CHSLD québécois, la qualité de la protection vaccinale dont bénéficient actuellement leurs résidents demeure nébuleuse.

« Mes collègues et moi trouvions hallucinant que les personnes âgées en CHSLD soient un groupe prioritaire pour la vaccination, mais qu’il n’y ait presque aucune donnée sur l’efficacité vaccinale chez cette population-là », déplore la médecin Sophie Zhang, qui est cheffe adjointe de l’hébergement de longue durée au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

La Dre Zhang lance un projet de recherche pour calculer l’efficacité vaccinale dans les établissements de soins de longue durée du Québec. Elle analyse déjà les réinfections survenues cet hiver dans la quinzaine de CHSLD à sa charge. En attente de l’autorisation d’un comité d’éthique, elle compte également solliciter ses collègues ailleurs dans la province pour accéder à plus de données.

Pour l’instant, dit-elle, ses résultats préliminaires démontrent une efficacité vaccinale pour une seule dose « bien inférieure » aux 80 % ou 90 % déjà évoqués (notamment par l’Institut national de santé publique du Québec) pour les personnes ayant reçu une seule dose d’un vaccin à ARN messager tel que celui de Pfizer. Ils s’alignent plutôt avec d’autres études, menées ailleurs dans le monde, qui témoignent d’une efficacité plus modeste chez les groupes dont la santé est fragile.

La plus solide de ces études est probablement celle, publiée le 24 février dans le New England Journal of Medicine, rapportant les résultats de la campagne vaccination en Israël.

Cette étude ne se penche pas sur les établissements de soins de longue durée, mais décortique l’efficacité vaccinale pour certains sous-groupes de la population dont le profil peut s’en rapprocher. Par exemple, à la quatrième semaine après une première dose, les Israéliens souffrant d’au moins trois comorbidités bénéficiaient d’une protection de 37 % contre la COVID-19. Ceux sans comorbidité étaient protégés à 66 %.

Quoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au CHUM, dit « partir du principe que les vaccins seront moins efficaces » chez les résidents de CHSLD. « La capacité à créer des anticorps et à construire une réaction immunitaire est plus faible chez les personnes âgées et vulnérables », explique-t-il.

La réponse immunitaire des personnes âgées peut également être plus longue à s’établir après la vaccination. Sophie Zhang observe d’ailleurs ce phénomène dans ses données préliminaires. Cela rend d’autant plus difficile à transposer au contexte québécois les résultats en provenance d’Israël, où on administre la seconde dose du vaccin de Pfizer 21 jours après la première. Là-bas, l’efficacité après deux doses était excellente, même chez les personnes ayant trois comorbidités ou plus (86 %).

La capacité à créer des anticorps et à construire une réaction immunitaire est plus faible chez les personnes âgées et vulnérables

Au Danemark, cependant, une étude menée dans les centres de soins de longue durée arrive à une efficacité de 64 % après deux doses chez les résidents, par rapport à 90 % chez les travailleurs de la santé. Cet article n’a pas encore été révisé par les pairs et doit donc être interprété avec prudence.

Gérer les risques

Caroline Quach-Thanh, la présidente du Comité consultation national de l’immunisation, fait une lecture différente des premières données après une dose dans les CHSLD. Elle les considère comme « rassurantes », surtout au chapitre des infections graves et des décès.

« C’est sûr qu’il [serait possible] de donner une dose plus rapprochée à certains groupes, a-t-elle dit en conférence de presse mercredi. Mais d’un point de vue d’équité, on essaie quand même d’étaler la protection au plus grand nombre de personnes possible. Parce qu’on voit présentement que ce sont des plus jeunes qui se retrouvent avec des complications ou des décès à la suite de la COVID-19. »

« Donner deux doses nous donne une assurance d’avoir fait le maximum pour protéger les aînés », fait quant à lui valoir le Dr Nguyen, soulignant qu’une zone d’ombre considérable persiste dans l’intervalle entre les deux piqûres. « Cela fait en sorte qu’on est obligés d’être extrêmement précautionneux » dans les établissements gériatriques et les résidences pour personnes âgées, ajoute le médecin.

Heureusement, l’hiver a été clément dans les CHSLD du Québec — mis à part une éclosion majeure dans un établissement (vacciné) de Gatineau. « Ce qui nous a sauvés, croit la Dre Zhang, c’est la baisse de la transmission communautaire. C’est ce qui a fait en sorte que, même si on n’a pas administré la deuxième dose plus tôt, on n’a pas vraiment eu d’éclosions massives en CHSLD. »

Avec Marie Vastel


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