Il faut tirer des leçons de la pandémie, souligne la FIQ

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Depuis le début de la pandémie, les infirmières ont été nombreuses à lancer un cri du cœur.
Jae C. Hong Associated Press Depuis le début de la pandémie, les infirmières ont été nombreuses à lancer un cri du cœur.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

L’année 2020 a été marquante dans l’histoire syndicale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). « Dès le début de la crise, il a fallu se battre pour que les droits des professionnels en soin soient respectés, et qu’ils soient protégés avec de l’équipement et le retrait des travailleurs à risque », rappelle Nancy Bédard.

La pandémie a mis en lumière les faiblesses du réseau de la santé et, surtout, l’absence de préparation pour faire face à une telle crise. « On le savait : ça fait des années qu’on demande que la prévention soit au cœur de la culture de gestion », affirme Nancy Bédard, présidente de l’organisation syndicale qui compte près de 76 000 membres aux quatre coins du Québec.

En absence de prévention à tous les niveaux (charge de travail, bienveillance envers les travailleuses), le personnel du réseau de la santé était fatigué avant même le début de la pandémie. Et on s’est rapidement rendu compte que celui-ci était plus qu’essentiel : « il est indispensable », souligne Mme Bédard.

Halte à la culture de la mobilité

La pandémie a agi comme révélateur des éléments problématiques du fonctionnement du réseau de la santé, notamment la culture de la mobilité. « Le gouvernement a dû admettre que cette culture de la mobilité du personnel était un échec », souligne Mme Bédard. C’est d’ailleurs entre autres à cause de cette forte mobilité des travailleuses et travailleurs de la santé que le virus est entré dans les CHSLD.

« Ce qui était particulier, c’est qu’en pleine pandémie, nous étions aussi dans une année de négociation de convention collective, qui se terminait le 31 mars 2020, », ajoute-t-elle. Malgré le contexte, la FIQ a réussi à signer une entente de principe avant les Fêtes avec le gouvernement. Une des réussites est d’avoir pu jeter de nouveaux jalons pour la stabilité des postes et des équipes de soin. « On se battait pour ça depuis des années. Ça va changer la culture de gestion et la mobilité », explique-t-elle. Le gouvernement s’est également engagé à financer les coûts de cette stabilité.

« On revient à la base, c’est-à-dire qu’on a des normes d’atteintes de cible de postes. C’est énorme d’avoir enfin acté la possibilité qu’un professionnel puisse travailler dans un centre d’activité, un quart de travail et un poste à temps complet », souligne Mme Bédard.

Révision des ratios

L’autre nouveauté est la révision à la baisse des ratios patients/infirmière dans l’ensemble des CHSLD. « On a réduit les équipes de soin comme si les besoins étaient les mêmes qu’il y a 30 ans », constate Mme Bédard. « Combien de fois a-t-on entendu le cri du cœur d’une infirmière qui disait qu’elle avait 125 patients à sa charge et ne pouvait plus donner les soins ? » déplore-t-elle.

Tous les CHSLD du Québec auront donc l’obligation d’instituer de nouveaux ratios. Ces nouvelles cibles d’heures-soins leur permettront de planifier la main-d’œuvre de façon structurée. Le travail se fera toujours en dyade (1 infirmière/1 infirmière auxiliaire), avec un nombre maximum de patients à leur charge. La FIQ aimerait, ultimement, qu’une loi sur les ratios vienne régir de la même façon tous les milieux.

Ces deux éléments majeurs (mobilité et ratio) permettront de changer la culture de gestion, et ainsi d’offrir des emplois plus attractifs et une meilleure qualité de soins : « Ça, c’est un engagement du ministre de la Santé et du gouvernement. C’est clair que ça va être payant d’ici quelques années », affirme Mme Bédard.

Valorisation de la profession

Reste le volet intersectionnel à négocier : les salaires, les retraites, les congés parentaux et les disparités régionales. Ces aspects sont cruciaux dans la revalorisation des professions en soin de la santé. Encore aujourd’hui, le travail de soin est considéré comme une valeur féminine et une vocation, et sous-évalué économiquement. « Mais ce sont des professionnelles, avec des diplômes », souligne Mme Bédard. La présidente de la FIQ insiste sur l’importance d’effectuer un rattrapage majeur sur le plan des salaires.

Ainsi, la valorisation de la profession passe par l’amélioration globale des conditions de travail. « On a eu une reconnaissance politique de façon verbale. Il y a eu beaucoup de bienveillance depuis cet automne. Mais ça doit se traduire par des gestes et des actions concrètes », conclut Mme Bédard.