Des éclosions dans les hôpitaux presque partout au Québec

Selon le bilan dressé le 18 décembre dernier par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, pas moins de 104 éclosions étaient en cours dans les hôpitaux du Québec.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Selon le bilan dressé le 18 décembre dernier par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, pas moins de 104 éclosions étaient en cours dans les hôpitaux du Québec.

À la veille du long congé des Fêtes, plus de 100 éclosions font rage dans les hôpitaux du Québec, où plus de 2000 employés infectés ou en isolement manquent présentement à l’appel. Des médecins inquiets retiennent leur souffle et pressent la population d’éviter les urgences, sauf en cas de problèmes de santé majeurs.

Selon le bilan dressé le 18 décembre dernier par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, pas moins de 104 éclosions étaient en cours dans les hôpitaux du Québec.

Si Montréal arrive en tête de liste, avec plus de 40 éclosions, soit 10 de plus que la semaine dernière, plusieurs régions demeurent sous tension, notamment la Capitale-Nationale (15 éclosions), la Montérégie-Est (10), la Mauricie–Centre-du-Québec (9), mais aussi le Saguenay–Lac-Saint-Jean (5) et Chaudière-Appalaches (5), dotés d’établissements de plus petite capacité.

Les hôpitaux subissent en ce moment le double effet de l’accélération de la transmission communautaire en cours dans plusieurs régions, qui s’est traduit par une hausse des admissions et des éclosions, et l’absence de plus de 1100 employés atteints de la COVID-19 et de 900 autres en cours de dépistage.

Régions sous tension

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où cinq éclosions sont « en cours » selon le MSSS, les hôpitaux sont sur le point « d’être débordés », affirme le Dr Jean-Philippe Blondeau, qui œuvre à l’urgence de l’hôpital de Chicoutimi et aux soins intensifs de l’hôpital de Jonquière. « Toutes proportions gardées, ce n’est pas plus jojo ici qu’à Montréal ou Québec. »

« Juste la semaine dernière à Jonquière, j’ai eu cinq patients entrés négatifs, donc dans la zone froide, devenus positifs pendant la semaine. Au moins deux infirmières et des étudiants en médecine aussi, dit-il. On patauge là-dedans 24 heures sur 24. C’est vraiment épuisant. »

En Montérégie, où le nombre de cas quotidiens a presque doublé entre le 13 et le 19 décembre, la situation demeure préoccupante. « Tout le monde est sur le qui-vive. On doit être prêts à remplacer des médecins en tout temps si certains tombent malades, comme ce fut le cas il y a trois semaines », explique le Dr Matthieu Vincent, urgentologue à l’hôpital Charles-LeMoyne.

Dans l’urgence débordée, l’écart entre le nombre de patients qui doivent être admis et le nombre de lits disponibles se fait durement ressentir certains jours. « De plus en plus de personnel est délesté vers la zone COVID. Il n’y a plus d’infirmières en clinique externe de pédiatrie. Dans la salle d’attente de l’urgence, certains patients ne peuvent pas être vus, on n’a pas de place pour les examiner. C’est difficile moralement », explique ce médecin.

Depuis le 27 novembre, une éclosion en cours a frappé huit employés de l’« unité rouge » de Charles-LeMoyne destinée aux patients atteints de la COVID-19, a fait savoir mardi le CISSS de la Montérégie-Centre, précisant que ceux-ci ne travaillent qu’en zone rouge.

Au CISSS de la Montérégie-Est, où l’hôpital Pierre-Boucher demeure sous tension, 10 éclosions sont en cours dans trois hôpitaux. C’est le cas aussi dans l’ouest de la Montérégie, où l’hôpital Anna-Laberge s’est ajouté vendredi dernier à la liste des 10 hôpitaux en « situation critique » au Québec. Les admissions sont suspendues à l’hôpital Barrie Memorial d’Ormstown, où une éclosion a touché 31 employés et 17 patients, tous transférés à Anna-Laberge.

« Nous sommes au niveau d’alerte 4 à Anna-Laberge, ce qui entraîne plus de délestages et la fermeture de la moitié de nos salles de chirurgie. En cas de faibles symptômes, la population doit éviter l’urgence et se rendre aux cliniques de dépistage désignées », a affirmé Jade Saint-Jean, porte-parole du CISSS de la Montérégie-Ouest où 500 employés sont absents.

Au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, le taux d’occupation des unités de soins intensifs des hôpitaux a atteint 91 %, et 65 % des lits destinés aux patients atteints de COVID sont occupés, a indiqué mardi Julie Michaud, porte-parole de l’établissement.

Appelé à préciser la marge de manœuvre dont disposaient encore les hôpitaux du Québec, le premier ministre François Legault a indiqué mardi que celle-ci était plus réduite que les 6000 à 7000 lits prévus lors de la première vague. « La marge de manœuvre est moins grande. […] 2000, 2500 lits, c’est comme un maximum qu’on peut utiliser actuellement. »

L’épuisement se généralise

Partout, l’épuisement se fait sentir. Les troupes sont « brûlées physiquement et mentalement », observe le Dr Blondeau, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. « On a tout le temps peur de se faire infecter. Pas juste de tomber malade, mais de mettre le reste de l’équipe dans le trouble aussi. »

Même portrait à l’Hôtel-Dieu de Lévis. « On est en éclosion perpétuelle depuis novembre », dit la Dre Christine Drouin, cheffe du service des soins intensifs. Les unités touchées doivent réduire ou même stopper les admissions de patients, créant « une congestion importante dans l’hôpital ». « On sent beaucoup de frustration du personnel [à l’égard des] gens qui ne respectent pas les consignes », dit-elle.

Seuls les hôpitaux du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, d’Abitibi-Témiscamingue, de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec étaient toujours épargnés par des éclosions vendredi dernier.

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3 commentaires
  • Jacqueline Rioux - Abonnée 23 décembre 2020 09 h 04

    Lettre à mes enfants

    Cet article me donne envie de partager la lettre que j'ai écrite à mes enfants le 21 décembre dernier.

    Bonjour mes amours,

    Je viens de lire coup sur coup deux articles du Devoir au sujet du coronavirus. Le premier, au sujet de la mutation du virus qui le rendrait de 40% à 70% plus contagieux. Il semble que cette souche ne soit pas encore arrivée au Canada, mais on peut s'attendre à son arrivée prochaine. Il faut espérer, qu'à ce moment-là, les vaccins auront pu être donnés à une majorité.

    Le deuxième article, est en fait une lettre d'un lecteur. Ce dernier nous rappelle à quel point les travailleurs de la santé, qui sont surtout des femmes, travaillent d'arrache-pied, souvent au détriment de leur propre santé et avec la peur au ventre de ramener la maladie chez eux.

    Bien sûr, je ne savais pas que le virus allait muter pour devenir plus contagieux, mais je savais qu'il pouvait muter d'une manière ou d'une autre puisque c'est le propre des virus de muter. Pour ce qui est de penser aux travailleuses et aux travailleurs de la santé, j'y pense depuis le début, comme je pense à tous ceux et celles qui doivent continuer de travailler. Comme vous, mes chers enfants.
    Je sais que ce n'est pas toujours facile, et ce, même si vous travaillez de la maison.

    Je veux que vous sachiez que, si j'ai décidé de rester en retrait pendant les Fêtes, c'est par solidarité sociale, mais surtout en pensant à vous et à votre famille. Bien sûr, je ne souhaite pas être malade et me retrouver seule à l'hôpital, sachant que je peux l'éviter en faisant attention. Mais je veux encore moins vous savoir inquiets de m'imaginer dans une telle situation sans pouvoir rien faire.

    Dans le fond, la meilleure façon de m'occuper de vous, comme des travailleurs et travailleuses de la santé, c'est de m'occuper de moi.

    Je vous aime!

    Maman XXX

  • Patrick Daganaud - Abonné 23 décembre 2020 14 h 15

    DE LA BONNE GESTION DE LA PANDÉMIE

    Je ne vais jamais prétendre que les précautions prises ne sont pas requises.

    ELLES LE SONT SONT !

    Mais je vais suggérer que la deuxième vague déferle parce que la deuxième vague déferle et que, si il est vrai que nous pouvons contribuer à diminuer son amplitude, elle a intrinsèquement son propre effet d'entraînement,

    Je ne nie pas les facteurs aggravants attribuables aux récalcitrants.

    Mais j'ajoute les erreurs humaines, certaines impardonnables comme l'envoi dans les garderies , par le ministère de la famille, de 30 millions de masques non adéquats.
    J'ajoute aussi les conditions déplorables persistantes dans les CHSLD, entre autres de soins d'hygiène.

    J'ajoute enfin la nature falsifiée du discours politique de bonne gestion qui occulte les réalités qui contredisent quotidiennement cette bonne gestion.

    LA COMMUNICATION DU GOUVERNEMENT EST LAMENTABLE !

  • Bruno Guérette - Abonné 23 décembre 2020 15 h 29

    Gatineau et l'Outaouais encore une fois ignorés!

    Encore une fois, mon quotidien fait le tour du Québec pour traiter d'un sujet et exclut complètement du dossier Gatineau et l'Outaouais.
    Lors du résultat des dernières élections provinciales, un article faisait état de la vague caquiste dans les régions du Québec. Cet article ne donnait alors absolument aucune information concernant l'impact de cette vague en Outaouais où trois députés de ce parti avaient été élus, une région pourtant réputée Libéral. J'ai demandé des explications à la rédaction, mais en n’obtenant aucune réponse.
    Alors, je me pose encore la question. Qu'est-ce qui justifie dans cet article l'absence d'information concernant la situation dans les hôpitaux de Gatineau. Ma ville est pourtant la quatrième en importance au Québec.
    En octobre 2019, l’Assemblée nationale a pourtant adopté à l’unanimité une motion qui reconnait le retard de développement important accumulé par l’Outaouais ces dernières années (je dirais même «depuis plusieurs décennies…») en comparaison proportionnel des autres régions du Québec.
    Je considère qu’en ignorant ma ville et ma région, mon quotidien Le Devoir contribue à sa façon, et sans doute inconsciemment, à ce retard de développement socio-économique. Un quotidien, c’est important!
    À quand un dossier sur les difficultés frontalières de l’Outaouais! Qui en aura le courage journalistique.
    Merci!