Avec le vaccin arrive l’espoir d’un retour à la normale

Les images de la première personne vaccinée ont été fournies par le gouvernement du Québec. Plusieurs médias ont demandé à avoir accès à cet évènement, mais la Santé publique a refusé cette demande en évoquant que les établissements en question étaient des foyers d’éclosion.
Photo: Patrick Lachance / Ministère du Conseil exécutif du Québec Les images de la première personne vaccinée ont été fournies par le gouvernement du Québec. Plusieurs médias ont demandé à avoir accès à cet évènement, mais la Santé publique a refusé cette demande en évoquant que les établissements en question étaient des foyers d’éclosion.

Le début de l’opération de vaccination contre la COVID-19, lundi, suscitait l’espoir d’un retour à la normale parmi les résidents du Centre gériatrique Maimonides de Côte-Saint-Luc, dans l’agglomération de Montréal. Un engouement qui se faisait moins sentir parmi le personnel, dont moins de 40 % des membres se sont portés volontaires pour figurer parmi les premiers à recevoir l’injection.

Dans la Capitale-Nationale, Gisèle Lévesque, 89 ans, résidente du Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Saint-Antoine, est devenue la première personne au pays à recevoir le vaccin, a confirmé le cabinet du ministre québécois de la Santé, Christian Dubé. L’établissement où elle habite est aux prises depuis la semaine dernière avec une éclosion de COVID-19.

Le vaccin arrive donc peut-être trop tard pour le père de Nathalie Auclair, 93 ans, qui habite aussi au CHSLD Saint-Antoine et qui a reçu un résultat positif jeudi. Il a été déplacé vers une autre résidence de Québec avec d’autres patients atteints de la COVID-19. « Je trouve ça juste plate qu’on ait été près du but, que ce centre-là ait été épargné et qu’à la dernière minute, il y ait peut-être des résidents qui n’auront pas cette vaccination-là », a confié Mme Auclair au Devoir. Elle se demande toutefois si sa famille et elle auraient été d’accord pour que son père soit vacciné ou si elles auraient préféré offrir les deux doses à quelqu’un dont la qualité de vie aurait été meilleure.

Tout comme pour le personnel, le vaccin n’est pas obligatoire pour les résidents de centres pour personnes âgées. Au CHSLD Saint-Antoine, deux personnes n’ont pas pu être vaccinées lundi à cause de contraintes liées à leur santé.

Du côté de la métropole, Gloria Lallouz, 78 ans, est sortie du CHSLD, manteau sur le dos, avec l’aide de préposés, qui poussaient son fauteuil roulant. Immédiatement, la première Montréalaise à avoir été vaccinée contre la COVID-19 a accaparé l’attention des très nombreux journalistes postés devant l’établissement, volant la vedette au ministre de la Santé, Christian Dubé, en pleine mêlée de presse.

« C’est une grande journée historique pour le Québec. C’est un grand marathon qu’on fait depuis neuf mois. On commence à voir la lumière au bout du tunnel », était en train de dire le ministre.

À ses côtés, la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a avoué avoir versé quelques larmes lors de la petite cérémonie, où les médias n’étaient pas admis, pendant laquelle cette première aînée montréalaise a reçu le vaccin promis par son gouvernement. « J’ai pleuré, moi aussi », a ajouté son homologue provincial, Christian Dubé.

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Quelques heures plus tôt, vers 10 h, un camion de la compagnie de livraison UPS s’approchait de l’immense bâtiment de sept étages cerné de journalistes. À son bord, deux boîtes contenant au total 1950 doses de vaccin destinées à fournir une première injection cette semaine à autant de personnes, résidents du centre ou employés. Lundi, quelques doses ont été sorties du congélateur gardant le nouveau vaccin à -80 °C pour immuniser les tout premiers patients montréalais.
 

En tout, le Québec compte administrer le vaccin à 4875 personnes au cours des prochains jours, 60 % à Québec et 40 % à Montréal. Et avec les livraisons ultérieures, le gouvernement estime pouvoir vacciner plus de 50 000 personnes d’ici janvier.

« Le vaccin va changer notre vie », s’est enthousiasmé Sherry Katz, dont la mère réside au CHSLD depuis quatre ans et qui devrait, espère-t-elle, recevoir le vaccin aussi tôt que mardi.

C’est une grande journée historique pour le Québec. C’est un grand marathon qu’on fait depuis neuf mois. On commence à voir la lumière au bout du tunnel.

Mme Katz a dû se faire tester à plusieurs reprises pour pouvoir rendre visite à sa mère, et a surtout dû cesser toute activité qui la mettrait à risque, afin de ne pas lui transmettre le virus. « Depuis le début, je reste à la maison, je ne fais plus rien. Je vais dehors, mais c’est tout. »

Même son de cloche chez Sharron Shinker, qui a déménagé tout près du CHSLD Maimonides pour s’occuper de sa mère de 96 ans, pour qui elle s’inquiète énormément étant donné les récentes nouvelles d’éclosions. « Je suis très excitée pour elle. Ça va lui donner la chance de passer un autre hiver ! »

Base volontaire

Comme sa mère, 95 % des résidents du CHSLD ont accepté d’être les premiers vaccinés contre la COVID-19. Par contre, moins de la moitié des employés du centre ont eu cet empressement, selon Francine Dupuis, directrice générale du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

« Trente-cinq à 40 %, soit 500 employés, ont dit un oui ferme [au vaccin]. D’autres ont dit : “Oui, mais pas maintenant, on veut attendre une deuxième vague pour voir comment les gens vont réagir”. […] Comme on va recevoir beaucoup d’autres vaccins dans les semaines suivantes, ils pourront s’inscrire un peu plus tard. »

Le fait que de nombreux employés ne souhaitent pas être parmi les premiers à être vaccinés n’inquiète pas non plus le ministre de la Santé, Christian Dubé. « C’est un peu tôt pour mettre un chiffre. On a toujours dit que c’était sur une base volontaire qu’on voulait travailler. Je laisserais passer plusieurs heures pour voir comment les choses vont évoluer. » En plus des résidents, toutes les personnes qui sont en contact avec les patients sont considérées comme devant recevoir le vaccin en priorité. Des employés d’autres CHSLD seront par exemple appelés à venir se faire vacciner au CHSLD Maimonides. Le gouvernement du Québec étudie une manière d’offrir le vaccin aux proches aidants dans un second temps.

Trente-cinq à 40 %, soit 500 employés, ont dit un oui ferme [au vaccin]. D’autres ont dit :
“Oui, mais pas maintenant, on veut attendre une deuxième vague pour voir comment les gens vont réagir”.

Cette nouvelle serait la bienvenue à Québec. Pour Manon Couturier, dont la mère de 79 ans réside en CHSLD, le vaccin est une lueur d’espoir qui clôt une année difficile. « La COVID nous a volé du temps parce que ma mère voyait encore ses enfants et ses petits-enfants, a-t-elle raconté. On faisait de belles réunions de famille avant la COVID et, maintenant, on ne peut plus faire ça. Donc, ce serait plus un retour à la normale pour tout le monde. »

Les images de la première personne vaccinée ont été fournies par le gouvernement du Québec. Plusieurs médias ont demandé à assister à cet événement, mais la Santé publique a refusé, invoquant le fait que les établissements en question étaient des foyers d’éclosion.

Quand les élus se feront-ils vacciner ?

Il n’y aura pas de passe-droit pour les députés de l’Assemblée nationale, pas même ceux qui siègent au Conseil des ministres. Tous attendront leur tour pour se faire vacciner, selon les critères établis par le Comité sur l’immunisation du Québec. « Personnellement, je n’en demanderai certainement pas, ni pour mon équipe, à moins qu’un membre de mon équipe réponde à des critères dans l’ordonnance médicale prévue », a affirmé la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, lorsque Le Devoir lui a posé la question lundi. Les résidents des CHSLD, des résidences pour personnes âgées et le personnel qui les côtoie ont la priorité. Viendront ensuite les personnes âgées de 80 ans et plus, celles de 70 ans et plus, puis celles de 60 ans et plus. Les personnes qui souffrent de maladies chroniques qui augmentent le risque de complications liées à la COVID-19 recevront aussi le vaccin avant le reste de la population. Mylène Crête

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2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 15 décembre 2020 08 h 20

    Retour à la normale, vous écrivez?

    Pas certain du tout.
    Oui pour un début d'un retour à la normale ...

    Nous ne pourrons plus revenir Comme avant. Je n'y crois pas.
    Et ce sera pour le mieux, j'intuitionne. Pour notre Terre. pous nos habitudes de vie plus saines, et moins cennes!

  • Jean Richard - Abonné 15 décembre 2020 11 h 11

    Retour à la normale ? Quelle normale ?

    Il faudra patienter encore plusieurs mois avant le retour à la normale, mais quelle normale ? Et si, le virus laissé derrière nous, la vie n'était plus la même ?

    On le dit de plus en plus dans les milieux scientifiques et trop peu dans les médias, la pandémie et l'environnement ne sont pas étrangers l'un à l'autre. Provoquer un déséquilibre dans les écosystèmes n'est pas sans conséquences. Un déséquilibre, certaines espèces animales et végétales sont capables d'en créer, mais ceux de l'humain seraient parmi les plus destructeurs car l'humain tente de contrôler la nature sans vraiment la comprendre.

    Les espèces vivantes – Le cri d'alarme a été lancé mais peu entendu : on assiste à une diminution rapide de la biodiversité, animale et végétale, avec comme cause principale une occupation abusive du territoire. Alors, ou bien les habitants des pays dits développés changent leur mode de vie, ou bien on admet qu'il y a surpopulation humaine et dans ce cas, on fait quoi ?

    L'atmosphère – Ce n'est pas un être vivant, mais c'est un ensemble en mouvement, sans lequel il y aurait un profond déséquilibre thermique rendant la surface de la terre inhabitable. Or, nous contribuons à briser cet équilibre thermique, ignorant les conséquences.

    La pandémie – Celle-ci a entraîné de nouvelles habitudes en accentuant la mondialisation du commerce, ce qui s'accompagne d'un besoin accru en transport des marchandises, source de pollution. En même temps, le télétravail offre une invitation à quitter les villes et accélérer l'étalement urbain, faisant rétrécir plus que jamais le territoire qu'on devrait laisser aux autres espèces vivantes. Enfin, il semble qu'au nom de l'hygiène, on ait accéléré la préoccupante surproduction de déchets. Par exemple, là où jadis on mangeait dans de la vaisselle lavable, on le fait aujourd'hui dans des barquettes jetables de styromousse ou de plastique vierge.

    Quel sera l'héritage de la pandémie sur l'environnement ? Une nouvelle crise en gestation ?