Réaction allergique au vaccin chez certaines personnes

Le composant du vaccin à l’origine des réactions allergiques n’a pas encore été identifié.
Photo: Justin Tallis Agence France-Presse Le composant du vaccin à l’origine des réactions allergiques n’a pas encore été identifié.

Dans le cadre de la campagne de vaccination contre la COVID-19 qui a débuté, le mardi 8 décembre, au Royaume-Uni, deux travailleurs de la santé souffrant d’allergie sévère ont développé les symptômes d’une réaction anaphylactique après avoir reçu la première dose du vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech. Dans la foulée de ces deux incidents, les autorités sanitaires britanniques ont recommandé que les personnes ayant des antécédents de réactions allergiques ne soient pas vaccinées dans l’immédiat. Une enquête a été lancée pour déterminer la cause précise de cette réaction sévère. Mais l’allergologue Philippe Bégin, de l’Université de Montréal, se fait rassurant : les personnes allergiques pourront, elles aussi, se faire vacciner en prenant certaines précautions.

Cause à déterminer

Les deux personnes vaccinées en question, qui se sont finalement rétablies, avaient avec elles un auto-injecteur d’épinéphrine (EpiPen), étant donné qu’elles sont sujettes à des réactions allergiques graves. La Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency du Royaume-Uni a donc prévenu les professionnels de la santé de ne pas administrer le vaccin, par précaution, à toute personne ayant déjà manifesté une réaction allergique à un vaccin, à un médicament ou à un aliment, ou qui doit garder avec elle un auto-injecteur d’épinéphrine, le temps que ses experts procèdent à une enquête pour élucider la cause exacte de ces réactions, voire le composant spécifique du vaccin auquel ces deux individus étaient potentiellement allergiques.

Dans la mesure où de 20 à 30 % de la population rapporte des allergies, dont 8 % des allergies alimentaires, il serait étonnant que le vaccin soit mal toléré par toutes les personnes allergiques, car les réactions allergiques auraient alors dû être nombreuses lors des essais cliniques, où plusieurs milliers de personnes ont été vaccinées, fait remarquer le Dr Philippe Bégin, allergologue-immunologue au CHUM et au CHU Sainte-Justine. En fait, un seul cas de réaction allergique a été observé parmi les personnes vaccinées dans les essais cliniques.

Solutions possibles

« L’enquête le dira, mais si jamais il y avait une contre-indication pour les personnes qui utilisent l’EpiPen, ou qui ont une histoire d’allergie médicamenteuse ou d’allergie alimentaire, ces personnes ne doivent pas penser qu’elles ne recevront pas le vaccin. Il existe des façons de donner des vaccins à des personnes qui sont à plus haut risque de réaction allergique », affirme le Dr Bégin.

Pour les personnes à risque légèrement accru par rapport à la moyenne, mais qui, pour la plupart, toléreront le vaccin, on pourrait simplement administrer ce dernier sous la supervision d’un allergologue dans une clinique d’allergie. Pour les personnes à risque plus élevé, on pourrait administrer dans un premier temps un dixième de la dose et, si tout se passe bien, enchaîner avec une pleine dose.

Il existe des façons de donner des vaccins à des personnes qui sont à plus haut risque de réaction allergique

 

Pour les personnes dont le risque d’allergie est très élevé, car elles ont développé une réaction à la première dose du vaccin, on pourra procéder par désensibilisation lors de la deuxième dose, et ce, en donnant d’abord un centième ou un millième de la dose, puis en doublant cette dernière toutes les 20 minutes.

« Il faudra voir si de telles réactions surviennent aussi avec les prochains vaccins qui sont sur le point d’être approuvés. Si elles sont spécifiques au vaccin de Pfizer, on pourra simplement administrer un des autres vaccins », ajoute l’allergologue.

Le composant du vaccin à l’origine des réactions allergiques n’a pas encore été identifié. Mais assurément il ne s’agit pas de l’ARNm du vaccin, déclare le Dr Bégin. De plus, le vaccin de Pfizer ne contient pas d’adjuvant qui aurait pu induire une réaction allergique. Par contre, « chez les personnes dont les cellules immunitaires impliquées dans l’allergie sont chatouilleuses et réagissent spontanément à peu de chose, la fièvre engendrée par la réaction immunitaire induite par le vaccin a peut-être pu déclencher chez elles une réaction », avance-t-il.

En conférence de presse, la Dre Supriya Sharma, conseillère médicale en chef pour Santé Canada, a rappelé qu’« il y a un risque de réaction allergique avec tous les vaccins ». « C’est la raison pour laquelle on demande aux personnes qu’on vient de vacciner de demeurer à proximité pendant une vingtaine de minutes afin de surveiller » l’apparition d’une possible réaction.

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Avec Boris Proulx