Des policiers en première ligne

Julien Fortin, fils du conjoint de Suzanne Clermont, fait écouter un mot enregistré par son père et allume une chandelle lors de la vigie à la mémoire d'une des victimes de l'attaque.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Julien Fortin, fils du conjoint de Suzanne Clermont, fait écouter un mot enregistré par son père et allume une chandelle lors de la vigie à la mémoire d'une des victimes de l'attaque.

Les policiers sont là pour combattre le crime, mais, de plus en plus souvent, ils doivent intervenir auprès de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), les policiers répondent à 100 appels de cette nature par jour, et la tâche est délicate. C’est pourquoi les associations de policiers réclament davantage de ressources et de collaboration avec les services de santé.

« Il n’y a plus de vols de banques, les crimes sont maintenant dans la sphère numérique, et la criminalité a baissé. Le psychosocial a pris la place. Je pense que le travail policier au XXIe siècle sera de plus en plus en intervention psychosociale. C’est 50 % de leur travail, parfois 60 % », résume Benoît Côté, directeur général de l’organisme PECH (Programme d’encadrement clinique et d’hébergement).

L’organisme travaille en partenariat depuis des années avec le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) afin d’intervenir auprès de personnes en crise et de les prendre en charge, et ce, 365 jours sur 365, 24 heures sur 24. Selon lui, la désinstitutionnalisation et la détérioration des services de santé sont à l’origine de ce phénomène en croissance. Au centre de détention de Québec, la moitié des détenus ont un problème de santé mentale, dit-il.

« Ce sont les policiers et les policiers qui sont les premiers intervenants confrontés à la santé mentale. Ce ne sont pas le docteur, l’infirmière ou l’ambulancier », signale pour sa part François Lemay, président de la Fédération des policiers municipaux du Québec, qui va même jusqu’à dire que six à huit appels sur dix reçus par les services d’urgence sont liés à des enjeux de santé mentale.

Selon lui, il est temps que le ministère de la Sécurité publique et le ministère de la Santé collaborent pour conjuguer leurs efforts. Il prône aussi un partenariat plus étroit entre les policiers et les travailleurs sociaux.

Formation accrue

La gestion des cas de santé mentale a d’ailleurs incité l’École nationale de police du Québec (ENPQ) à Nicolet à adapter sa formation. Il faut dire que la mort tragique d’Alain Magloire, abattu par un policier en février 2014 lors d’une intervention policière qui a mal tourné, a servi d’électrochoc. Dans son rapport, le coroner Luc Malouin recommandait une amélioration des soins de santé aux gens atteints de maladie mentale ainsi qu’une meilleure formation pour les policiers afin d’améliorer leurs interventions avec cette population.

En 2017, 60 heures de formation ont été ajoutées au programme de techniques policières afin de traiter spécifiquement des problématiques de santé mentale. « Les policiers sont beaucoup mieux outillés qu’il y a 30 ans, mais il reste que c’est une problématique en croissance et qu’elle n’est pas propre au Québec », explique Pierre Savard, responsable de formation initiale à l’ENPQ.

Les policiers ont peu de temps pour agir, rappelle-t-il. « Le facteur temps est très restreint dans l’intervention policière. Ça prend plusieurs heures à un médecin pour établir un diagnostic. Le policier n’a pas ce luxe de temps là pour prendre une décision », souligne-t-il.

À Montréal, le SPVM compte plusieurs équipes chargées des interventions spécialisées, comme l’EMRII (Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance), l’ESUP (Équipe de soutien aux urgences psychosociales) formée d’un duo policier et travailleur social, et les patrouilleurs RIC (réponse en intervention de crise), qui sont au nombre de 275. « Le travail passe beaucoup par le maillage avec les partenaires de la santé. L’équipe mixte permet d’agir et de prendre en charge les personnes dès le début », explique Marie-Claude Dandenault, inspectrice à la Division de la prévention et de la sécurité urbaine.

Le président de la Fraternité des policiers du Québec, Yves Francœur, estime toutefois que les équipes spécialisées sont en nombre bien insuffisant. Il dénonce aussi le phénomène des « portes tournantes », qui fait en sorte que des individus que les policiers conduisent à l’urgence ne sont pas pris en charge par l’hôpital. « Les policiers sont encore dans le stationnement de l’urgence en train de rédiger leur rapport quand ils voient la personne sortir de l’hôpital », dit-il.

L’an dernier, Yanick Campagna, un patrouilleur du SPVQ, avait d’ailleurs été suspendu après s’en être pris aux infirmiers d’un hôpital qui avaient refusé de voir un patient psychiatrique. Cité en déontologie, il avait dénoncé le phénomène des portes tournantes. En novembre 2019, il avait pu rencontrer la ministre de la Santé de l’époque, Danielle McCann, afin de la sensibiliser à cet enjeu.

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1 commentaire
  • Simon Grenier - Inscrit 4 novembre 2020 06 h 26

    Euh, il n'y a pas de services de santé mentale au Québec. Ils sont majoritairement privés et aujourd'hui, à 150$ la séance, très peu de gens peuvent se permettre un suivi suffisant. À quoi bon mettre les policiers sur la sellette?

    La seule ressource de santé mentale gratuite, au Québec, c'est le médecin. Et comme il est (toujours) très difficile d'en avoir un régulier, il faut se tourner vers l'urgence et le sans-rendez-vous-pour-lequel-il-faut-prendre-rendez-vous-la-veille.

    Or le bon docteur, malheureusement, il ne connaît rien à la santé mentale. Il ne connaît que la médication de la santé mentale et encore là. Entrez dans le bureau du médecin, dites les mots "rumination, fatigué, mange pu, bande pu" sans faire de phrase et ressortez avec une ordonnance de Celexa - l'anti-dépresseur par défaut - en moins de 30 secondes. Glorieux.

    Une bonne solution serait de mettre tout ce monde-là où ils vont: dans les CLSC, avec un salaire qui a de l'allure. Tsé, l'an passé, on a ENLEVÉ 500 millions (au lieu d'un milliard) à un sous-groupe de médecins parce qu'ils abusaient (et abusent toujours). Si le sous-groupe en question a accepté cet affront, c'est qu'il doit en rester pas mal, des milliards, hein.

    Cette semaine, notre beau sous-ministre à la Santé (lui-même membre du dit sous-groupe abuseur) nous rappelait ses généreuses "bonifications" de tout acabit en santé mentale, totalisant moins de 150 millions. Mais aucun accès supplémentaire.

    Check. En 1990, on prédisait déjà que le mal du 21e siècle serait la santé mentale. Ça s'est avéré. Alors on prend tout ce qui concerne la santé "at large", on met tout dans le même "pot": infirmières, médecins, pharmaciens, psychologues, kynésios, physios, ergos, alouette et on divise les salaires en parties rigoureusement égales.

    Disparaîssent les problèmes d'accès à tous ces professionnels puisqu'on peut les former et les rémunérer en nombre suffisant, en plus d'être distribués comme du monde sur le territoire.