Le mouvement de personnel se poursuivra chez les infirmières

Lors de la première vague de la pandémie, des employés du secteur de la santé, comme les infirmières, ont été des vecteurs de la COVID-19.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Lors de la première vague de la pandémie, des employés du secteur de la santé, comme les infirmières, ont été des vecteurs de la COVID-19.

Québec planche sur un arrêté ministériel qui interdirait la mobilité des préposés aux bénéficiaires (PAB) entre les établissements de santé, mais pas celle des infirmières et infirmières auxiliaires, selon les informations du Devoir.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, souhaite publier au cours des prochains jours l’arrêté ministériel « permettant d’interdire la mobilité du personnel » qu’il avait annoncé dans son plan d’action pour la deuxième vague. Mais le contexte de pénurie de main-d’œuvre chez les infirmières lui cause de tels maux de tête qu’il interdirait uniquement les déplacements de PAB.

Au moment de déposer son plan d’action en prévision d’une deuxième vague, le 18 août, le ministre Dubé avait été sans appel. « Si un dirigeant, peu importe son niveau, fait de la mobilité de personnel, eh bien, il y aura des conséquences », avait-il déclaré. Il avait demandé aux dirigeants du réseau de la santé de se conformer à ses volontés avant le 30 septembre.

 

Or, l’élu avait aussi souligné la présence d’un « enjeu » du côté des infirmières et des infirmières auxiliaires, a rappelé mardi son attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau. « On fait tout ce qu’on peut pour limiter la mobilité » des infirmières et du personnel de soutien, a-t-elle ajouté, tout en soulignant l’importance du protocole de mesures de prévention et de contrôle des infections implanté au Québec.

Lors de la première vague, des employés du secteur de la santé ont été des vecteurs de la COVID-19. « Il n’y a pas de risque zéro », a reconnu Mme Côté-Boileau. Dans le contexte, « rappelons aussi que si la mobilité de personnel doit être faite pour éviter un bris de service, nous demandons aux gestionnaires en place dans les CHSLD de documenter cette décision et de les rapporter au ministère de la Santé », a-t-elle souligné. « Ils seront responsables et imputables de cette décision. »

Changement de discours

Dans le réseau de la santé, le discours sur l’interdiction de la mobilité de la main-d’œuvre a désormais fait place à une volonté de « réduire au maximum » ou de « limiter au minimum » les déplacements de personnel.

Au cœur du problème : le manque d’infirmières et d’infirmières auxiliaires. En ce début de deuxième vague, « les urgences sont un peu comme au temps des fêtes » et des départements de soins intensifs sont en rupture de service, fait remarquer la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Nancy Bédard.

Sa collègue de la FIQ secteur privé, Sonia Mancier, dresse le même constat. Depuis la mi-avril, 60 des 500 infirmières et infirmières auxiliaires qu’elle représente et qui travaillent en CHSLD privés conventionnés ont démissionné. Celles qui travaillent dans les établissements non conventionnés sont encore plus nombreuses à partir : 27 des 80 membres qu’elle comptait ont choisi de quitter le métier, ou de se tourner vers des agences de placement.

Des 17 CISSS et CIUSSS qui ont répondu aux questions du Devoir, seulement 3 ont affirmé avoir mis fin à la mobilité de main-d’œuvre au sein de leurs établissements. Beaucoup ont salué l’arrivée de préposés aux bénéficiaires formés cet été, et souligné que ces nouveaux venus permettaient de mettre un frein aux mouvements de personnel dans ce quart de métier.

La situation demeure cependant plus difficile avec les infirmières. « La mobilité est maintenue au minimum chez les infirmières, les infirmières auxiliaires et nous limitons la mobilité des autres professionnels de la santé, tout en respectant de façon stricte les normes de prévention et de contrôle des infections », a par exemple fait savoir le CISSS de la Montérégie-Centre.

Appelé mardi à détailler les problèmes de main-d’œuvre auxquels il est confronté, le ministre Dubé a, d’emblée, parlé de la situation des infirmières. « On n’a pas beaucoup de surplus », a-t-il reconnu. Lorsque des infirmières sont sollicitées pour effectuer des tests de dépistage de la COVID-19, « certaines activités » sont en effet mises sur la glace, a-t-il précisé.

Gestionnaires en place… bientôt

Au cours des derniers jours, le ministre Dubé et le premier ministre, François Legault, ont déclaré que des gestionnaires avaient été nommés dans chacun des CHSLD du Québec.

Une tournée des CISSS et CIUSSS permet de constater que tous les gestionnaires ne seront pas en place dans le réseau public aussi rapidement que ne l’affirment les deux élus.

Le CISSS de la Montérégie-Est entend « doter les postes d’ici deux semaines ». Celui de l’Est-de-l’Île-de-Montréal finalisera l’entrée en poste de trois de ses 15 gestionnaires le 12 octobre. Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, les « candidats sélectionnés entreront en poste en octobre ». Sur la Côte-Nord, « nous sommes confiants de combler [les postes] prochainement », a fait savoir le porte-parole Pascal Paradis.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, « le processus d’embauche est toujours en cours », se contente de dire la porte-parole du CIUSSS. Quant au CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, son porte-parole assure que les 23 postes de gestionnaires qu’il a affichés seront pourvus ce mercredi.

Au cabinet du ministre Dubé, Marjaurie Côté-Boileau a affirmé mardi « qu’il y aura un gestionnaire local en place pour chacun des CHSLD publics d’ici la fin de la journée du 30 septembre ». Elle n’a pas évoqué la situation des CHSLD privés.

799 nouveaux cas dans la province

Québec rapportait mardi 799 nouveaux cas de la COVID-19, ainsi qu’une hausse marquée des hospitalisations. Sept décès s’ajoutent également au bilan, soit deux survenus dans les 24 dernières heures et cinq autres, entre le 22 et le 27 septembre. Le nombre total de cas s’élève maintenant à 73 450 au Québec depuis le début de la pandémie, et on déplore 5833 décès. Le nombre d’hospitalisations a fait un grand bond, augmentant de 35 comparativement à la veille, pour un total de 247. Parmi ces patients, le nombre de personnes se trouvant aux soins intensifs a augmenté de quatre et s’élève maintenant à 41.

La Presse canadienne