Vingt-huit jours sans contact, est-ce bien raisonnable?

Une infirmière s’apprête à tester une femme dans une clinique mobile de dépistage à Montréal.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Une infirmière s’apprête à tester une femme dans une clinique mobile de dépistage à Montréal.

Mercredi soir, à minuit, les mesures de confinement annoncées par le gouvernement Legault entreront en vigueur, et ce, pour 28 jours exactement. Pourquoi donc cette durée de 28 jours ?

Ces 28 jours correspondent à une certaine logique, car plusieurs pays, comme la Suisse et la Norvège par exemple, ont vu la courbe décrivant la dynamique de l’épidémie depuis sa naissance, l’atteinte de son sommet et sa régression se dérouler en l’espace d’une période de 28 jours, affirme la Dre Marie-France Raynault, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Si les gens suivent les consignes, il y a moyen de se retrouver en phase descendante dans 28 jours et d’envisager de lever certaines mesures. Je pense que c’est une approche où l’on a dû se dire que c’était possible d’inverser la tendance en 28 jours si on transmettait le message assez fort et que la population suivait les consignes, puisque cela l’a été dans certains pays européens et asiatiques », poursuit la Dre Raynault.

Le Dr Donald Vinh, microbiologiste infectiologue au CUSM, explique que la durée de 28 jours est basée sur la période d’incubation, cette période entre le moment où la personne est exposée et infectée par le virus et celui où apparaissent les symptômes, qui, chez la grande majorité des gens (95 %), se manifestent dans les 14 jours tout au plus, suivant l’infection, bien que 50 % des gens en développent dans les cinq premiers jours suivant leur exposition au virus.

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« Pour éliminer une éclosion, il faudrait ne détecter aucun nouveau cas après deux périodes d’incubation successives, soit deux périodes de 14 jours en ce qui concerne le SRAS-CoV-2, donc 28 jours. Idéalement, c’est ce qu’on aimerait, mais ce n’est pas réaliste. Actuellement, nous visons non pas à éliminer l’épidémie, mais à la contrôler, c’est-à-dire à obtenir une diminution significative du nombre de nouveaux cas et ainsi à retrouver un niveau qui sera acceptable pour notre société », précise le chercheur et clinicien.

Sachant que les personnes infectées sont contagieuses pendant leur période d’incubation, laquelle peut s’étendre sur 14 jours, ainsi que durant leur période symptomatique qui a lieu pendant les cinq à sept jours qui suivent, la période maximale durant laquelle elles peuvent transmettre le virus est de 21 jours. « Or, si ces personnes n’ont plus de contacts avec autrui pendant ces trois semaines de confinement, elles ne transmettront le virus à personne, et l’éclosion locale s’éteindra. Or, on sait que la majorité des personnes n’auront pas de symptômes, ce qui veut dire qu’au bout de 14 jours, soit la durée maximale de la période d’incubation, leur risque de transmission sera nul », explique le Dr Vinh.

Ralentir l’ascension du nombre de cas

La Santé publique et le gouvernement « souhaitent que cette mesure puisse ralentir l’ascension importante que nous observons actuellement. Si chaque personne contribue en diminuant ses contacts sociaux et en suivant les consignes de la Santé publique, les équipes du ministère espèrent que cette mesure sera un succès et permettra d’abaisser le niveau d’alerte », ont écrit au Devoir le service des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Si les gens suivent les consignes, il y a moyen de se retrouver en phase descendante dans 28 jours

 

« On peut souhaiter voir une diminution du nombre de cas dans les 14 premiers jours, mais je serais très surpris que l’on observe une baisse durant la première semaine, c’est la raison pour laquelle, on doit imposer deux périodes d’incubation, et même parfois trois périodes d’incubation selon la taille de l’éclosion », affirme le Dr Vinh.

« Le risque de transmission va baisser, mais cela prendra quelque temps avant d’observer les résultats de cette baisse parce que les personnes qui auront été contaminées avant le confinement, incuberont pendant quelques jours, puis deviendront un peu symptomatiques, et consulteront dans les jours qui suivront. Ces cas seront comptabilisés dans les statistiques après un certain délai. Ainsi, même si, dès le 1er octobre, les gens se conforment religieusement aux mesures, ce qui va se passer jusqu’à la mi-octobre reflétera ce qui se sera passé avant le 1er octobre. Il y a un délai de deux à trois semaines avant que l’on observe l’impact des mesures. Même si on ne voit pas de résultats dans deux semaines et que le nombre de cas continue à monter, il ne faudra surtout pas dire que le confinement ne marche pas », fait remarquer le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’INSPQ.

« Il ne faudrait pas être déçu si on ne voit pas une baisse importante dans les 14 premiers jours. Je ne serai pas du tout surpris si nous voyons le nombre de cas continuer d’augmenter durant la première semaine. Il ne faudrait pas conclure à un échec du confinement. Nous devrions commencer à voir une baisse à partir de la deuxième ou troisième semaine, l’effet du confinement devrait apparaître plus clairement au cours des troisième et quatrième semaines », poursuit le Dr Vinh.

« Il se peut qu’au bout de 28 jours, nous détections toujours un nombre important de nouveaux cas, mais peut-être que ce sera un nombre que l’on jugera acceptable. Il faut savoir qu’au terme de ces 28 jours, tout ne sera pas réglé. Cela aura été le premier confinement de la deuxième vague, mais peut-être que ce ne sera pas le dernier, et ce, même si on a repris le contrôle sur l’épidémie », prévient-il.

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