Les gouttelettes microscopiques transmettent-elles le SRAS-CoV-2?

Comme les aérosols peuvent rester suspendus dans l’air plus longtemps que des gouttelettes, les virus qu’ils contiennent pourront se propager plus loin que ceux qui sont portés par des gouttelettes.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Comme les aérosols peuvent rester suspendus dans l’air plus longtemps que des gouttelettes, les virus qu’ils contiennent pourront se propager plus loin que ceux qui sont portés par des gouttelettes.

Vendredi 18 septembre, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis inscrivaient sur leur page Web que le coronavirus responsable de la COVID-19 pouvait se transmettre par voie aérienne au-delà des six pieds réglementaires et que « les petites particules, telles que les aérosols, s’avéraient un vecteur possible » de la maladie. Deux jours plus tard, soit moins de 24 heures après que la chaîne CNN a répandu cette nouvelle mise à jour, les CDC retiraient la notification, prétextant que cette dernière avait été « publiée par erreur, avant d’avoir été soumise à une révision technique », et ils revenaient à leur message précédent indiquant que le coronavirus se transmettait principalement par le biais de grosses gouttelettes projetées lorsqu’une personne tousse et éternue, et que, conséquemment il ne se propageait qu’à courte distance.

Ce revirement a été interprété par certains comme une intervention politique du gouvernement américain, et ce, probablement à juste titre compte tenu des déclarations précédentes de nombreux scientifiques et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En effet, dans une lettre publiée le 6 juillet, 239 chercheurs de 32 pays appelaient la communauté médicale et les organismes nationaux et internationaux à reconnaître l’existence d’une transmission des virus par les gouttelettes respiratoires microscopiques (appelées aérosols) émises lorsqu’une personne respire et parle, et qui flottent plus longtemps dans l’air parce que la gravité agit moins sur elles.

Le 9 juillet, l’OMS confirmait à son tour que de telles gouttelettes microscopiques « se propagent probablement dans l’air à l’intérieur de lieux clos, mal ventilés et abritant un grand nombre de personnes, comme les salles de chorale, de restaurant ou de cours de fitness ».

« Je ne pense pas que les CDC ont retiré [leur notification] pour des raisons scientifiques. [Ils l’ont fait] sous la pression politique, cela ressemble même à de la censure », affirme le Dr Donald Vinh, clinicien-chercheur au Centre universitaire de santé McGill, tout en précisant qu’une autre étude qui a été publiée le jour où la notification a été retirée démontre clairement que la voie aérienne est une voie de transmission de la COVID-19, mais que l’importance de cette voie de transmission dépend de l’environnement.

« Depuis le mois de juillet, il y a eu de plus en plus de preuves épidémiologiques et biologiques indiquant que les sécrétions plus petites que les gouttelettes sont une voie importante de la transmission de la COVID-19, mais dans certaines situations spécifiques », rappelle le Dr Vinh.

« Dans une salle fermée et peu ventilée, une personne infectée par la COVID-19 pourra, en expirant, diffuser dans l’environnement des aérosols contenant des virus susceptibles d’infecter les personnes alentour. Des études ont en effet montré que ces aérosols contenaient de l’ARN du coronavirus, voire des virus vivants, et donc infectieux. Ce qui confirme que le fait de respirer et de parler normalement peut projeter des aérosols qui contribuent à la voie aérienne de transmission. Toutefois, tout ça dépend du contexte : si on se trouve dans un environnement comme une salle fermée, sans ventilation adéquate, et où l’air n’est pas renouvelé, ces aérosols contaminés peuvent s’accumuler au point de mettre les autres personnes présentes dans la salle en danger d’être infectées. Donc, dans de telles conditions, la transmission par voie aérienne semble devenir de plus en plus importante. Cela explique pourquoi on a vu des éclosions au sein d’une chorale, aux États-Unis, et au Québec, dans les bars et les salles de karaoké », précise-t-il.

Le 10 mars, lors d’une pratique de chorale dans l’État de Washington, une personne infectée a contaminé 52 des 60 chanteurs du chœur. Trois de ces personnes ont dû être hospitalisées et deux sont décédées.

Des chercheurs de l’Université du Nebraska ont pour leur part détecté des virus dans l’air près des chambres de patients atteints de la COVID-19. « Il y a plusieurs facteurs qui ont contribué à la catastrophe survenue dans les CHSLD : bien sûr, les victimes étaient surtout des personnes âgées ayant plusieurs comorbidités. Mais on ne doit pas oublier l’environnement des CHSLD. Certains CHSLD n’ont pas été construits avec une ventilation adéquate pour prévenir une éclosion de ce type. Et la mauvaise ventilation a sûrement contribué au drame qu’on a connu », fait remarquer le Dr Vinh.

Le type d’activité phonatoire de la personne importe aussi, souligne le chercheur. « Une respiration normale est suffisante pour projeter des virus sous forme d’aérosols. Mais si la personne infectée parle, crie ou chante fort dans un bar ou un karaoké, elle expirera encore plus d’aérosols chargés en virus. Et si la salle est peu ventilée, la charge virale deviendra ainsi de plus en plus concentrée. Une ventilation adéquate est donc vraiment nécessaire. Idéalement, il faut renouveler l’air dans une salle, et la meilleure façon de le faire est en ouvrant les fenêtres. Si on fait recirculer le même air, il faut que cet air soit nettoyé à l’aide d’un filtre adéquat ou de rayons ultraviolets », explique-t-il.

Comme les aérosols peuvent rester suspendus dans l’air plus longtemps que des gouttelettes, les virus qu’ils contiennent pourront se propager plus loin que ceux qui sont portés par des gouttelettes. Cela veut donc dire que la distanciation à deux mètres que l’on impose n’est pas toujours suffisante. « Si on se trouve dans le parc du Mont-Royal, la distance de deux mètres sera adéquate. Mais si on est dans une salle sans fenêtres et dans laquelle on restera longtemps, il y aura un risque d’être contaminé par une personne infectée, même à deux mètres. Dans ce dernier cas, le temps d’exposition aux aérosols est un autre facteur important. Si on croise pendant tout au plus une dizaine de secondes une personne contaminée dans un supermarché, il y a très peu de risque [d’être] infecté. Par contre, si on est coincé à côté d’un individu infecté dans une salle sans ventilation pendant trois heures, ça peut devenir un problème », prévient le spécialiste.

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