À Laval, on fait tout pour éviter un autre «Sainte-Dorothée»

L’Hôpital de la Cité-de-la-Santé forme son personnel au port du masque. «C’est souvent là qu’on trouve des lacunes, dit Julie Huard, infirmière clinicienne spécialisée en prévention et contrôle des infections. On le trouve dans le cou.»
Photo: Adil Boukind Le Devoir L’Hôpital de la Cité-de-la-Santé forme son personnel au port du masque. «C’est souvent là qu’on trouve des lacunes, dit Julie Huard, infirmière clinicienne spécialisée en prévention et contrôle des infections. On le trouve dans le cou.»

Hanté par l’hécatombe au CHSLD Sainte-Dorothée au printemps, le CISSS de Laval veut éviter à tout prix une autre catastrophe. La direction multiplie les mesures pour se préparer en vue d’une deuxième vague de COVID-19. Une opération cruciale, scrutée à la loupe par les syndicats.

Depuis un mois, plus de 1000 employés de l’hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval, ont reçu leur « diplôme » en équipement de protection individuelle. Le CISSS a lancé une certification pour s’assurer que le personnel met et enlève correctement le masque de procédure, le masque N95, les gants et la blouse.

Dans un petit local au cœur de l’urgence de la Cité-de-la-Santé, trois instructeurs — recrutés grâce à « Je contribue » — donnent une courte formation au personnel. Deux infirmières et une préposée s’y présentent d’un pas pressé. Elles ont quelques minutes devant elles.

« Le port du masque, c’est souvent là qu’on trouve des lacunes, dit Julie Huard, infirmière clinicienne spécialisée en prévention et contrôle des infections, responsable de la formation. On le trouve dans le cou. »

Parfois accroché à l’oreille aussi, la nouvelle mode dans les files d’attente des commerces. Mauvaise idée, dit l’un des instructeurs. « Le masque peut être en contact avec un vêtement pas propre », explique-t-il.

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Frappé durement par la pandémie, le CISSS de Laval affirme avoir « les deux mains sur le volant ». Dans le rétroviseur, 101 résidents morts au CHSLD Sainte-Dorothée. C’est sans compter les éclosions dans les nombreux milieux de vie du territoire.

« On a fait un post-mortem pendant un bon mois, en juin, dit Geneviève Goudreault, directrice générale adjointe par intérim du CISSS de Laval. On a bâti notre plan d’action en fonction de nos leçons apprises. » La principale leçon ? « Bien se préparer à toute éventualité », répond-elle.

Les CISSS et CIUSSS du Québec ont jusqu’au 30 septembre pour mettre en place une série d’actions en vue de la deuxième vague, selon un plan gouvernemental dévoilé la semaine dernière.

Le CISSS de Laval a récemment affiché 18 nouveaux postes d’infirmières spécialisées en prévention et contrôle des infections. Certaines sont déjà entrées en fonction. « On en avait 10 avant la pandémie, dit le Dr Olivier Haeck, microbiologiste-infectiologue au CISSS de Laval. On fait plus que doubler l’équipe. »

Les cinq CHSLD publics du secteur ont à leur tête un gestionnaire propre, mais des chefs d’unité seront ajoutés. Leur nombre était insuffisant lors de la pandémie, reconnaît Geneviève Goudreault. « Pour la gestion de proximité, la supervision clinique, c’est mieux », dit-elle.

On va arrêter de ne faire que l’essentiel et on va donner de meilleurs soins aux patients

 

Pour stabiliser les équipes et éviter le déplacement de personnel, le CISSS propose à des professionnels (infirmières, entre autres) de convertir leur poste à temps partiel en poste à temps complet. Jusqu’à présent, 386 des 553 préposés aux bénéficiaires ont accepté l’offre. Cela équivaut, indique le CISSS, à 147 postes à temps complet de plus.

La direction a aussi créé de nombreux postes supplémentaires — « en sur-structure », dans le jargon. « On a évalué grosso modo par année, avec les congés de maternité, les départs, les mutations et les absences maladie, combien on avait besoin de personnel pour combler ces absences-là », explique Geneviève Goudreault.

Le Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CISSS de Laval salue ces initiatives. « On va arrêter de ne faire que l’essentiel et on va donner de meilleurs soins aux patients », dit sa présidente, Marjolaine Aubé.

Le syndicat réclame aussi la formation d’équipes d’intervention qui prêteront main-forte dans les milieux aux prises avec une éclosion. Un appel aux volontaires sera bientôt lancé, assure le CISSS.

« On veut aussi que tous les employés aient un test d’étanchéité pour le N95, dit Marjolaine Aubé. C’est seulement ceux qui sont en zone rouge ou aux urgences qui l’ont eu. Personne des CHSLD. »

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L’Institut national de santé publique du Québec recommande le port du masque N95 lors de procédures médicales générant des aérosols, comme l’intubation et l’aspiration de sécrétions chez un patient ayant une trachéotomie. « Si la directive change en cours de route, on ne sera pas prêts », signale Marjolaine Aubé.

Questions de réaffectation

Le Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmiers auxiliaires de Laval (CSQ), lui, est préoccupé par la réaffectation des employés. « Nos membres sont très conscients qu’il faut aller aider, dit Karine Miousse, administratrice aux relations de travail. Mais quand la situation devient stable, il faut rapatrier les gens plus rapidement. Il a fallu s’obstiner pendant deux mois pour que les employés réintègrent leur poste lors de la première vague. »

Actuellement, 80 % des employés réaffectés ont retrouvé leur poste habituel, estime le CISSS de Laval. « Il y en a qui [doivent] être rapatriés d’ici la mi-septembre », précise Geneviève Goudreault. D’autres continueront de faire du dépistage de cas.

Les chantiers sont nombreux. Le CISSS prévoit de construire une unité modulaire attenante à la Cité-de-la-Santé afin d’y accueillir les patients hospitalisés nécessitant moins de « soins actifs ». Il cherche également des sites non traditionnels pour accueillir ses centres de dépistage et des patients atteints de la COVID-19. Les arénas, comme la Place Bell, ne sont plus disponibles.

Le CISSS doit aussi prévoir un plan en cas de manque de personnel ou de rupture de service dans ses établissements. Il consulte les autorités de santé publique à ce sujet. « On veut que les gens soient bien outillés pour qu’ils ne fassent pas n’importe quoi », dit le Dr Olivier Haeck. Plus question de transférer des employés d’une zone rouge vers des zones jaunes (cas suspectés) ou froides.

L’angle mort de la deuxième vague ? « Si le virus subit une mutation incroyable, dit le Dr Olivier Haeck. Mais on n’a aucun contrôle là-dessus. On ne le souhaite pas. Ça ne devrait pas arriver. »

 

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