Vacances réduites pour des milliers d’infirmières

Au moment où de nombreux Québécois amorcent leur congé d’été, beaucoup de professionnels de la santé voient leurs vacances réduites comme peau de chagrin et certaines infirmières sont forcées d’effectuer des quarts de fin de semaine durant leur pause estivale.

C’est du moins le cas dans plusieurs CIUSSS du Québec où une majorité d’infirmières n’ont droit qu’aux deux semaines de vacances minimales, promises par la ministre Geneviève Guilbault fin mai pour donner un peu d’oxygène au personnel soignant. Deux semaines qui équivalent aux conditions minimales des normes du travail. Dans certains cas, certains employés ont pu obtenir à l’arraché une troisième, ou une quatrième semaine, mais à certaines conditions strictes.

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, par exemple, des notes de service envoyées au personnel invoquent « une situation qui demeure critique » pour annuler les 3e et 4e semaines de congé de son personnel infirmier et des préposés aux bénéficiaires à l’hôpital Notre-Dame. À l’hôpital de Verdun, ces mêmes catégories d’employés souhaitant obtenir trois semaines doivent revenir effectuer un quart de fin de semaine durant leur congé.

Pour le syndicat local de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIQ-SPSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal), ces mesures draconiennes ne sont pas justifiées dans le contexte actuel, alors qu’on ne compte plus que 5 patients atteints de la COVIDhospitalisés dans tout le CIUSSS du Centre-Sud.

« Il n’y a plus de patients positifs à l’hôpital de Verdun et des lits sont fermés pour l’été. On ne comprend pas cette décision. On utilise les arrêtés ministériels pour pallier les problèmes d’effectifs qui existaient avant la COVID », avance Françoise Ramel, directrice par intérim du SPSS-FIQ du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Le CIUSSS du Centre-Sud, qui a hospitalisé plus de 1200 patients victimes de la COVID et compté quelque 1500 infectés sur 21 000, a confirmé mercredi qu’il ne restait plus que cinq patients et quatre employés atteints, ainsi que cinq résidents infectés en CHSLD. Selon l’établissement, ces mesures exceptionnelles, qui n’affectent que 1,5 % de son personnel infirmier, ont été prises pour permettre à l’ensemble du personnel d’avoir un congé minimal de deux semaines cet été.

De plus, l’hôpital Notre-Dame est toujours désigné « COVID » et doit maintenir tout l’été sa capacité à recevoir des patients infectés, en plus de reprendre ses activités régulières, invoque-t-on. Malgré l’embauche de 466 infirmières depuis mars, le CIUSSS Centre-Sud s’estime encore en manque de 280 infirmières et de 75 auxiliaires.

Mais selon Françoise Ramel, cette gestion à la dure amplifie le problème de pénurie déjà existant, plutôt que de le régler. Jeudi, les horaires de travail de la mi-juillet à la mi-août n’avaient pas encore été communiqués aux infirmières. « Qui peut organiser des vacances avec sa famille à une semaine d’avis ? Certaines ont déjà annulé, car c’est trop tard. À cause de cela, il y a des départs à la retraite et des démissions, et on n’est même pas dans la deuxième vague », soupire-t-elle.

Même si les arrêtés ministériels donnent le droit aux établissements de santé d’annuler les vacances et les congés fériés de leurs employés, la plupart des syndicats ont réussi à s’entendre localement avec les employeurs pour limiter les répercussions sur les employés du réseau, soutient Nathalie Lévesque, vice-présidente et coresponsable des relations de travail à la FIQ. « Mais dans certains endroits, ça coince et les professionnelles de la santé en paient le fort prix. »

Un tour d’horizon réalisé auprès de plusieurs infirmières démontre que la situation est très variable d’une région à l’autre, et parfois à l’intérieur d’une même région.

En Montérégie, plusieurs hôpitaux n’ont pas dérogé de la règle des deux semaines maximum et continuent d’exiger du temps plein obligatoire pour tous les employés à temps partiel.

Au CHUM, des infirmières ont obtenu 3 ou 4 semaines de vacances et la reprise du travail à temps partiel vient même d’y être autorisée.

Dans Lanaudière et les Laurentides, certains employés ont eu droit à trois semaines, d’autres à deux seulement.

À Québec, plusieurs ont obtenu de trois à quatre semaines, comme à l’habitude. À défaut de vacances prolongées, plusieurs infirmières choisissent de faire du « 7 / 7 » tout l’été, soit sept jours de travail en ligne, suivis d’une semaine de congé.

Même des CISSS situés dans des régions épargnées par la pandémie limitent à deux semaines maximum les vacances de leurs employés, déplore Nathalie Lévesque. « Si on a des démissions, on ne sera pas plus avancés », dit-elle.

Selon Hubert Forcier, conseiller à l’information à la Fédération de la Santé et des Services sociaux de la CSN, la situation est aussi inégale chez le personnel affilié à son syndicat (préposé aux bénéficiaires, personnel auxiliaire et technique). « Ça dépend beaucoup des établissements ; certains ont obtenu plus que d’autres. Pour annuler des vacances, il faudrait qu’on soit face à une deuxième vague. Or, la situation s’est stabilisée, les activités normales repartent », dit-il.

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1 commentaire
  • Luce Ducharme - Abonnée 11 juillet 2020 11 h 22

    Legault et les syndicats

    J'ai bien écrouté des conférences de presse du premier ministre. Il a parlé à de multiples reprises des demandes de confgés des infirmières, qu'il avait conclu une entente avec deux syndicats pour des vacances de deux semaines, cette année (été), mais que la FIQ s'y opposait et voulait trois (3) semaines : alors Monsieur a dit Oui, mais avec des possibilités de prendre ces vacances jusqu'en octobre.. la suite je ne la connais pas. Mais avec votre texte, qui prend parti pour les syndicats, je vois que la situation ne s'est pas vraiment réglè.
    je vois qu'en certains endroits il va y avoir des ententes.
    au total il va de soi que nos infirmières doivent prendre des congés... On ne sait pas ce qui nous attend à l'automne.
    merci
    Pierre Pageau