Des étudiants abandonnent la formation accélérée de préposé aux bénéficiaires

Un emploi à temps plein de préposé aux bénéficiaires en CHSLD, un salaire de 49 000 $ par année avec des avantages sociaux et un fonds de pension. Une offre en or du gouvernement Legault ? Un mirage, disent des étudiants en colère qui suivent la formation accélérée de préposé. Le CISSS de Laval, qui les a embauchés, ne peut leur garantir un horaire à temps complet.

Pour Vanessa Tinéus, c’est un rêve qui vire au cauchemar. Elle se réjouissait lundi de pouvoir faire partie de la première cohorte d’étudiants du centre de formation Compétences 2000, situé à Laval. Elle a déchanté depuis. « Je suis choquée et très déçue, dit-elle. On s’était fait promettre par le gouvernement du temps plein et un salaire de 49 000 $. Ce que le CISSS de Laval nous promet, c’est six jours par quinzaine et une fin de semaine sur deux. »

Et encore, ajoute-t-elle. « Quand on va finir la formation, on va être sur une liste de rappel. On nous a dit qu’actuellement il y a une centaine de personnes sur cette liste. »

Vanessa Tinéus, 26 ans, a deux enfants. Elle est mère célibataire. « Je ne peux pas me permettre de ne pas avoir de rentrée d’argent. »

Ce que le CISSS de Laval nous promet, c’est six jours par quinzaine et une fin de semaine sur deux

Dans les classes du centre de formation Compétences 2000 à Laval, bien des gens sont déçus, rapportent au Devoir des étudiants.

Québec exige que les étudiants, qui reçoivent une bourse de 760 $ par semaine pendant leur formation, s’engagent à travailler pendant un an en CHSLD.

« On devra être disponibles pendant un an, sur appel, pour le CISSS de Laval, dit Jacinthe Sabourin, qui a perdu son emploi de secrétaire dentaire durant la pandémie. On n’aura pas le droit d’aller travailler ailleurs. » Or, déplore-t-elle, l’employeur ne peut lui garantir qu’elle travaillera 37,5 heures par semaine.

Simon, lui, a décidé d’abandonner, avec regret. Il voulait s’occuper de ceux qu’il surnomme « nos bâtisseurs ». « Oui, on veut aider nos aînés de tout cœur, mais pas au détriment de notre propre santé mentale ! dit-il. Moi, personnellement, je ne peux pas passer mon temps à attendre jour, soir, nuit qu’on m’appelle. J’ai des choses à payer. C’est vraiment un manque de respect. »

Simon avait quitté son emploi de cuisinier dans un restaurant afin de suivre cette formation. Son employeur a accepté de le réembaucher mardi.

Selon le CISSS de Laval, 15 étudiants, sur les 305 embauchés, ont jusqu’à présent abandonné pour cette raison.

En données



Le Québec a enregistré mercredi 117 nouveaux cas de contamination à la COVID-19, pour un total de 54 262 depuis le début de la pandémie. Le bilan des morts a lui aussi augmenté, avec 29 nouveaux décès liés à la maladie (dont 9 survenus au cours des 24 dernières heures), pour un cumul de 5298. On compte également 690 personnes présentement hospitalisées, dont 72 aux soins intensifs.

Le CISSS veut maintenant à tout prix rassurer les étudiants. Même s’il n’offre pas de garantie de temps plein. « Les gens qui voudront travailler à temps complet, il n’y a pas de souci, assure Julie Lamarche, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques. Ce sera possible. Il y en a, du travail, en CHSLD. »

Julie Lamarche explique qu’en vertu de la convention collective, les préposés sur appel — le statut des étudiants à la fin de leur formation — sont tenus d’offrir une disponibilité de six jours par cycle de deux semaines. « Mais on invite les étudiants à donner des disponibilités pour du temps complet, précise-t-elle. Le besoin à temps complet est présent. »

Plus de 130 postes de préposé aux bénéficiaires en CHSLD seront offerts prochainement à Laval, indique le CISSS. « En 2021, on ouvrira un sixième centre d’hébergement sur notre territoire », ajoute Julie Lamarche.

Les postes seront-ils suffisants pour les 305 finissants ? Une centaine de préposés aux bénéficiaires ne figurent-ils pas déjà sur une liste de rappel ? « Tous les employés sur la liste de rappel en hébergement ont eu la possibilité de poser leur candidature pour des postes, répond Julie Lamarche. Ceux qui sont demeurés sur la liste de rappel le sont plus par choix. »

La ministre Blais réagit

Interpellée à ce sujet lors d’un point de presse, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a martelé que les étudiants à la formation accélérée de préposé auront des postes à temps complet.

« C’est du temps complet qu’on cherche, a-t-elle dit. Il manque 10 000 personnes et il y a 10 000 personnes qui étaient malades pendant la pandémie. »

Dans un tweet publié en fin de journée, la ministre Marguerite Blais a souligné qu’elle avait parlé au p.-d.g. du CISSS de Laval. « Le gouvernement a toujours été clair : on va offrir du temps complet aux préposés en CHSLD avec un salaire de 49 000 $ par année. Ça va s’appliquer », a-t-elle écrit.

Plusieurs étudiants à la formation à Laval doutaient du salaire promis de 26 $ l’heure, après avoir reçu des informations imprécises du CISSS à ce sujet.

Le salaire de base d’un préposé aux bénéficiaires est de 20,55 $ l’heure au Québec. Avec les primes, notamment celle de la COVID-19, il atteint 26 $.

Vanessa Tinéus croit que le gouvernement Legault doit éclaircir le tout. « S’il n’y a pas d’éclaircissements, je vais devoir abandonner », dit-elle. Elle rêve pourtantde devenir préposée aux bénéficiaires, un métier qu’elle veut pratiquer depuis longtemps.

Avec Marco Bélair-Cirino

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17 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 18 juin 2020 05 h 22

    Une situation déprimante voire inhumaine puis après on s’étonne...

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 18 juin 2020 07 h 00

    Les gouvernements passent, les machines restent

    Ce qu'on en comprends pas, c'est que les conditions de travail offertes aux personnes préposées aux usagers depuis des décennies ont été dessinées et voulues comme telles notamment par les directions d'établissements, chaque corps d'emploi recevant son dû négocié comme elles l'entendent: les premiers doivent donc demeurer les premiers et les derniers, les derniers. Le gouvernement actuel devra non seulement mettre le point sur la table pour se faire écouter, mais aussi s'assurer, ce qui sera très difficile, qu'on ne leur reprendra pas le moment venu.

  • Marc Pelletier - Abonné 18 juin 2020 08 h 48

    Catastrophique !

    Si la situation dans les CHSLD fut catastrophique , le comportement des dirigeants de ces établissements l'est encore plus.

    M. Legault vient de se faire faire un oeil au beurre noir !

    Est-ce que les syndicats sont nuisibles à ce point ?

    • Marc Davignon - Abonné 18 juin 2020 11 h 20

      Oui et non!

      Ce ne sont pas les syndicats qui font les lois (sauf celles à l'intérieur <de la gang>) et surtout pas les <lois spéciales>!

      Qui croyez qui bénéficie le plus d'un tel système? Les syndiqués? Les gestionnaires?

      Qui travaille <à temps plein> pour <maintenir> une liste de <rappel>? Quel effort doit-on <déployer> pour faire cela?

      Et pourquoi? À quelle fin doit-on maintenir autant de gens dans des postes <non complets>, <temporaire>?

      À quel génie de l'optimisation doit-on cela?

      Or, est-ce les syndicats (qui ne sont pas des anges) ou la gestion (angélique????) qui est la cause de tout cela?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 18 juin 2020 13 h 15

      La plaie en CHSLD depuis des décennies c'est l'absentéisme. Les services dans ces centres, comme dans les hôpitaux, occupent une plage horaire de 24 par jours, 365 jours par années.
      Toute absence de dernière minute provoque une demande de mains-d'oeuvre qui est aussi de dernière minutes, et/ou une demande de temps supplémentaire, qui, si personne ne lève la mains, vas devenir obligatoire histoire de pas tomber en abandon de service comme cela s'est trop vu ces derniers mois.

      Pour donner la mesure des situations "sans allure" qui peuvent se produire, un dimanche soir en janvier TVA donnait qu'il y avait un CHSLD ou 7 employés sur 10 ne s'étaient présenter au travail... Imaginer la situation a gérer pour le gestionnaire, et le travail que devaient faire ceux qui étaient au travail !

      Ces problèmes d'absentéisme se retrouve aussi dans les hôpitaux, et même dans les écoles ou cet automne a pu voir apparaître dans les médias un exemple de classe de primaire ou les bouts de chou ont vu défiler devant eux 10 prof et remplaçants. Ils pourtant a un âge ou la stabilité des personnes repère est primordiale a leur bon développement.

      Tout le système qui encadre le travail fait défaut. Le salaire n'est plus vu comme un échange contre travail. Le salaire a plus le statu d'une rentre pour qui a un emploie plein temps garantie !
      Comme si le service a rendre était secondaire, et que la mission première était la distribution de paye, peu importe que des services soient rendus, ou pas !

    • Hélène Paulette - Abonnée 19 juin 2020 19 h 02

      Vous ne pensez pas monsieur Arès qu'un tel absentéisme est le signe d'une surcharge de travail et de conditions devenues encore plus difficiles avec la fameuse "méthode Toyota"?

  • Robert Taillon - Abonné 18 juin 2020 09 h 19

    Doit-on s'en surprendre ?

    Considérant l'état du système de santé et les capacités de gestion du gouvernement pour effectuer des changements, toutes ces situations menant aux désistements des préposés en formation ne me surprenne pas du tout. La ministre Blais aura beau faire des discours, elle en fait depuis le début de sa carrière politique et rien ne s'en suivi. Il manque une réelle volonté politique pour que les changements annoncés soient mis en application et que cessent les non dits qui mettent maintenant en péril des étudiants qui souhaitent pourtant se rendre utiles en répondant à ce qui fut annoncé.
    En définitive il en va comme de tellement autres mesures de ce gouvernement depuis son élection; confusion, manque d'application en gestion et fourvoiement.

  • Bertrand Côté - Inscrit 18 juin 2020 11 h 05

    Omerta de Mme McCain

    Pour contrôler le message de ses employés du réseau, Mme McCain a mis de l'avant un site courriel pour recevoir les doléances de ces personnes; ce qui fait que nous n'avons plus de nouvlles du réseau. Y a t'il amélioration, où c'est encore beaucoup de problèmes, on ne le sait plus, les employés n'en parlent pas aux journalistes et les courriels que reçoient la ministre ne sont pas accessible au public. Ah la grosse grosse machine du ministère de la santé.