Le confinement donne bien du travail aux physiothérapeutes

Depuis lundi, divers professionnels de la santé, comme les physiothérapeutes, les chiropraticiens et les ostéopathes, peuvent traiter tous les patients en personne, et pas uniquement les cas considérés comme urgents.
Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse Depuis lundi, divers professionnels de la santé, comme les physiothérapeutes, les chiropraticiens et les ostéopathes, peuvent traiter tous les patients en personne, et pas uniquement les cas considérés comme urgents.

Le téléphone sonne dans les cliniques de soins thérapeutiques, qui reprennent leurs activités habituelles après deux mois et demi d’arrêt. « On n’arrête pas de courir, dit Rebecca Gagné, physiothérapeute à la clinique Stadium PhysiOsteo, à Montréal. J’ai dix personnes sur ma liste d’attente. Ma semaine est pleine, et la prochaine déborde. »

Depuis lundi, divers professionnels de la santé, comme les physiothérapeutes, les chiropraticiens et les ostéopathes, peuvent traiter tous les patients en personne, et pas uniquement les cas considérés comme urgents. La téléconsultation demeure disponible.

Sylvie Therrien attendait avec impatience la réouverture complète des cliniques. « J’ai canonisé mon physiothérapeute ce matin [lundi] ! », dit-elle.

La femme de 56 ans, en arrêt de travail, s’est blessée l’été dernier en soulevant le matelas et le sommier de son lit. Un bête accident, qui lui a causé deux hernies discales et la fracture d’une vertèbre. Ses traitements de physiothérapie lui font du bien. Mais ils ont dû être interrompus à la mi-mars, en raison de la pandémie de COVID-19. « Depuis trois semaines, mon état s’est dégradé, dit Sylvie Therrien. Je ne peux plus aller marcher. »

Avec le confinement, des personnes en bonne santé ont aussi développé des maux, notamment au dos. « Des gens qui étaient actifs, ou qui faisaient du transport actif, se sont sédentarisés, dit Rebecca Gagné. Ils ont fait les 100 pas dans leur maison. Leurs muscles se sont déconditionnés. » D’autres se sont lancés dans la course à pied et se sont blessés. « Des gens qui ne s’entraînaient pas se sont mis à courir tous les jours », dit-elle.

Des blessures liées au tennis — un sport permis depuis le 20 mai — commencent aussi à apparaître, selon Pascal Gagnon, physiothérapeute chez Physio Extra, à Lachenaie. « J’ai eu un patient [lundi] qui s’est blessé après avoir joué au tennis », dit-il.

C’est compter sans les problèmes musculo-squelettiques liés au télétravail. Le physiothérapeute Denis Fortier note une augmentation de cas dans sa clientèle. « Des enseignants au secondaire, en enseignement à distance, passent sept heures devant leur ordinateur à la maison », dit-il. Leur poste de travail n’est pas nécessairement optimal. « Beaucoup de gens vont aussi utiliser un ordinateur portable, dit-il. Ce n’est pas toujours l’idéal, car l’écran et le clavier sont fixés ensemble. »

Gérer les blouses et les sarraus

La reprise des activités demeure un défi pour les professionnels en soins thérapeutiques. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) exige que le personnel soit muni d’un masque de procédure, d’une visière ou de lunettes de protection ainsi que d’un survêtement (sarrau ou blouse) lorsqu’il effectue des soins à moins de deux mètres de distance du patient.

Ce survêtement doit être changé entre chaque client, indique la CNESST dans son guide à l’intention du secteur de soins thérapeutiques. Une norme jugée « sévère » par le président de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, Denis Pelletier.

« Cette consigne nous échappe un peu, dit-il. On peut comprendre qu’il faille changer le sarrau s’il y a contact physique. Mais on est obligé de le faire même lorsqu’il n’y a pas de contact entre le sarrau et le patient. » Par exemple, quand les mains du physiothérapeute touchent la cheville du patient, sans que le sarrau frôle la peau, ajoute-t-il. « Imaginez la quantité de sarraus que ça nous impose quand on a une journée avec 12 à 15 patients », dit Denis Pelletier.

L’accès aux blouses et aux sarraus demeure « assez limité », fait remarquer Pascal Gagnon, président de la Fédération des cliniques de physiothérapie du Québec. « On a dit aux cliniques que les jaquettes qu’on donne normalement aux clients peuvent devenir, au besoin, des sarraus », dit-il. Quoi qu’il en soit, ses membres vont devoir faire beaucoup de lavages de blouses au cours des prochaines semaines et des prochains mois. « Pas mal de monde a déjà acheté une autre laveuse ou une autre sécheuse », dit Pascal Gagnon.

Nouvelle réalité

L’Association des chiropraticiens du Québec ne remet pas en question cette obligation de changer de survêtement entre chaque patient. Les cliniques doivent néanmoins s’adapter à leur nouvelle réalité, reconnaît sa présidente, Marie-Hélène Boivin. Elles ont dû réaménager leurs horaires ainsi que leurs lieux de traitement, afin de respecter les mesures sanitaires et la distanciation physique.

« On va probablement voir un peu moins de gens pour commencer, dit Marie-Hélène Boivin. Certaines personnes vont peut-être étendre leurs heures [de rendez-vous] plus tard [le soir] ou travailler durant la fin de semaine. »

Malgré une longue liste d’attente, la Clinique d’ostéopathie Gayet et associés, à Montréal, a décidé de reprendre ses activités à 30 % en juin. Svetlana Gayet en est propriétaire avec son mari. « On ne prend pas de patients en même temps pour éviter que les gens se croisent, dit l’ostéopathe. On a une lourde procédure de désinfection entre les clients. On voulait voir comment ça allait aller. »

Pascal Gagnon espère, lui, que la téléréadaptation va continuer sur sa lancée. Une foule de problèmes peuvent être réglés grâce à cela, dit-il. « Par exemple, on est capables d’évaluer les postes de travail à la maison, dit-il. On peut donner des conseils pour un programme d’exercices. »

Au cours des 11 dernières semaines, 350 000 traitements de réadaptation ont été donnés dans la province, selon la Fédération des cliniques de physiothérapie du Québec.

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