Éclosion de cas de COVID-19 dans une zone sécurisée de l’institut Douglas

Dr Gustavo Turecki croit qu'une personne asymptomatique aurait infecté les patients du Centre Moe Levin de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dr Gustavo Turecki croit qu'une personne asymptomatique aurait infecté les patients du Centre Moe Levin de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.

La COVID-19 a pénétré à l’intérieur des murs du Centre Moe Levin de l’institut universitaire en santé mentale Douglas, infectant huit patients en quelques jours. La vie de ces personnes présentant des troubles cognitifs et de comportement sévères de l’unité de soins spécialisée est chamboulée.

« On a eu une éclosion », constate avec regret le chef de psychiatrie au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Gustavo Turecki.

Un patient présentant des symptômes de grippe a été déclaré positif à la COVID-19 jeudi dernier. L’équipe médicale a aussitôt mené des tests de dépistage auprès de toutes les autres personnes présentes dans l’unité de 18 lits. Résultats : sept autres patients sont atteints du nouveau coronavirus. « Les autres sont négatifs », précise le Dr Turecki dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

Comment ces personnes ont-elles contracté la COVID-19 dans la mesure où aucune visite n’est permise dans cette zone sécurisée ? Il s’agit d’une « belle question problème », répond le médecin.

Il avance l’« hypothèse » selon laquelle le virus a franchi les murs de l’unité abritant le Programme de démence avec comorbidité psychiatrique grâce à un membre du personnel. « C’est probable que le [premier] patient testé positif a été contaminé par un de nos employés qui a amené le virus. Il était asymptomatique. C’est une possibilité. Je ne peux pas vous dire exactement comment. On ne le sait pas. On ne le saura pas », affirme M. Turecki, qui est également directeur scientifique au Centre de recherche Douglas.

Après la découverte des huit patients atteints de la COVID-19, c’est le branle-bas de combat. « On a transformé l’unité. On a pris les sept patients positifs. On les a mis dans des chambres individuelles. On a pris des mesures pour les empêcher de sortir de la chambre parce qu’ils sont positifs et on a mis en place un système pour pouvoir leur donner le soutien dont ils ont besoin et assurer la protection du personnel dans cette zone rouge et aussi dans la zone orange où les patients ne sont pas positifs, mais à risque de devenir positifs », relate le Dr Turecki.

Ne pouvant être transférés dans une autre unité en raison de l’« encadrement » qu’ils requièrent, les patients âgés sont désormais confinés dans leur chambre respective. « Ils ont des problèmes de comportement très sévères », souligne le chef de la psychiatrie. « On va faire leur suivi. On va surveiller leurs symptômes », ajoute-t-il.

L’institut Douglas abrite aussi l’unité CPC3, qui est, elle, désignée COVID-19. 18 patients atteints du nouveau coronavirus y reçoivent des soins.

Par ailleurs, 16 employés de l’institution ont été déclarés positifs au virus depuis le 29 avril, portant le total de préposés aux bénéficiaires, d’infirmières, de médecins et membres du personnel administratif frappés par la COVID-19 à 38. « Il est plus probable que les gens l’ont pris dans la communauté que dans l’hôpital », souligne à gros traits le Dr Turecki, tout en ajoutant que près de 1000 personnes sont à l’emploi de l’institut Douglas.

Le patron assure que toutes les mesures de protection visant à mettre à l’abri les patients et les employés du complexe ont été prises. Le personnel de l’urgence psychiatrique a à sa disposition l’équipement de protection individuelle : des vêtements chirurgicaux, des masques, des visières, des gants, illustre-t-il.

« On est tous des humains. Changer des comportements, ce n’est pas évident », explique le médecin chercheur. « L’équipe a fait beaucoup de progrès dans les derniers mois. Dans le processus, il y a des erreurs qui ont été faites. C’est normal », laisse-t-il tomber.

À voir en vidéo