Une infirmière au coeur de la pandémie

Martine Letarte Collaboration spéciale
Sandrine Chauveau devant la zone chaude de l’hôpital qui accueille les patients atteints de la COVID-19.
Photo: Courtoisie Sandrine Chauveau devant la zone chaude de l’hôpital qui accueille les patients atteints de la COVID-19.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Passionnée de justice sociale, Sandrine Chauveau a décidé de revenir au Québec étudier en sciences infirmières après avoir travaillé dans une clinique pour migrants en Italie. Depuis trois ans, elle est infirmière clinicienne en chirurgie à l’Hôpital général juif de Montréal, mais la pandémie l’a plongée au coeur de la COVID-19.

Bien adapté pour faire face à la crise, l’Hôpital général juif a été le premier établissement désigné à Montréal, dès le début mars, pour soigner les patients atteints de COVID-19. À la mi-mars, il a ouvert une clinique de dépistage, et Sandrine Chauveau y a été affectée.

« J’étais contente, parce que jevoulais aider et ça me soulageait d’être dans l’action, raconte-t-elle. Ça surpassait ma peur de contracter le virus. »

Après dix jours aux tests, elle a été appelée à prêter main-forte aux soins intensifs et elle est maintenant en médecine gériatrique avec des patients atteints de la COVID-19. Habituée à travailler en chirurgie, elle constate que la clientèle gériatrique est complètement différente. Pour faire face à ces nouveaux défis, elle a suivi un cours en ligne sur la gériatrie offert par son ordre professionnel.

« C’est beaucoup de changements, c’est épuisant et je suis très anxieuse aussi parce que je ne sais jamais ce qu’il se passera de semaine en semaine ni ce que sera mon horaire », confie Sandrine, jointe au téléphone alors qu’elle se préparait à aller faire un quart de travail de nuit.

En devenant infirmière, la femme de 31 ans voulait acquérir de l’expérience au Québec pour ensuite travailler pour Médecins sans frontières. Pendant son baccalauréat, elle a d’ailleurs réalisé un stage de trois mois en santé communautaire en Inde, où elle a dû apprendre à travailler avec moins de ressources et une bonne dose de débrouillardise. Ironiquement, c’est finalement au Québec qu’elle doit vivre une situation d’urgence sanitaire. « C’est beau de voir la flexibilité des gens dans la situation », dit-elle.

Le conjoint, les cours de Zumba et la solidarité

Lorsqu’on travaille en première ligne au cœur de la pandémie, il est bien sûr difficile d’avoir une vie normale. D’abord, Sandrine a son conjoint qui travaille de la maison et qu’elle ne veut pas contaminer. Au retour du travail, elle enlève ses vêtements à l’entrée, puis les met dans la laveuse, se lave et désinfecte son cellulaire.

« Au début, je n’étais pas trop inquiète parce que je prenais ces précautions, mais à force de passer mes journées avec des gens à l’hôpital qui sont inquiets, j’en suis venue à me demander si j’en faisais assez. C’est stressant et, au travail, on n’est pas tous d’accord. Certains vont à l’hôtel, d’autres non. »

Elle rapporte aussi inévitablement cette anxiété à la maison.

« En revenant, j’essaye de décrocher, de faire un cours de Zumba sur Zoom comme si de rien n’était, mais ce n’est pas facile. J’ai aussi des groupes de discussion avec des collègues. On parle de la façon dont ça se passe dans nos départements. On ne peut pas que parler de ça, mais en même temps, on a besoin de ventiler. »

Sandrine Chauveau découvre aussi une belle solidarité entre collègues. « C’est comme si nous étions tous unis face à l’ennemi, affirme-t-elle. Ça rend le travail plus facile, même si le contexte est difficile. »