«Mon travail, c’est d’être là pour les patients»

Jessica Dostie Collaboration spéciale
Jonathan Grenier est préposé aux bénéficiaires depuis 10 ans et a été appelé en renfort au CHSLD Sainte-Dorothée à la mi-avril.
Photo: Courtoisie Jonathan Grenier est préposé aux bénéficiaires depuis 10 ans et a été appelé en renfort au CHSLD Sainte-Dorothée à la mi-avril.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Préposé aux bénéficiaires depuis une dizaine d’années, Jonathan Grenier est normalement en poste en consultation externe à la Cité de la santé de Laval. Crise sanitaire oblige, il a toutefois été appelé en renfort au CHSLD Sainte-Dorothée à la mi-avril. Comment ça se passe pour lui au front ? Récit.

« C’est quelque chose », laisse tomber Jonathan Grenier, joint au téléphone après une longue journée de travail. Normalement, ce samedi-là, il aurait dû être en congé, mais les besoins étant ce qu’ils sont actuellement dans le réseau de la santé, il avait répondu présent à une requête d’heures supplémentaires.

L’établissement lavallois a recensé 32 décès liés au nouveau coronavirus en un mois. À quoi ressemble sa réalité dans ce CHSLD parmi les plus durement touchés par la pandémie de COVID-19 ? « Chaque matin, j’arrive au travail en me demandant si mes patients sont encore en vie, révèle le jeune préposé aux bénéficiaires de 33 ans. Disons que ça rend très émotif, et ça ne fait que quelques jours que je suis là. »

Malgré les protocoles mis en place, sa visière, ses lunettes, ses gants et son masque de procédure, la crainte de tomber lui-même malade ou d’en contaminer d’autres est toujours là. « Oui, je suis anxieux, avoue-t-il. On se remet toujours en doute ; on se demande si on en fait assez… »

Déjà, Jonathan Grenier calcule se laver les mains des dizaines et des dizaines de fois chaque jour durant son quart de travail : « Je peux dire que nos mains sont plus que gercées ! » Il doit aussi changer de jaquette entre chaque patient et s’assurer de bien ajuster tout l’équipement de protection, ce qui « allonge encore les processus », évalue-t-il, ajoutant du même souffle qu’il s’agit d’un mal nécessaire. « C’est sûr qu’il y a beaucoup de prévention et d’étapes à suivre, mais c’est très important. »

Et quand il arrive à la maison, l’opération décontamination est loin d’être finie ! Afin de limiter les risques de propagation, le préposé aux bénéficiaires suit un protocole strict. « Je commence par me laver les mains, puis je me déshabille et je mets tout dans la laveuse, énumère-t-il. Après ma douche, je dois encore désinfecter tout ce que j’ai touché en arrivant, comme les poignées de porte et ma boîte à lunch. »

Prédestiné à ce métier

On peut affirmer sans trop se tromper que Jonathan Grenier était destiné à œuvrer dans le réseau de la santé. Fils d’une infirmière et d’un ambulancier, il n’a pas tergiversé bien longtemps avant de trouver sa voie. « C’est vraiment un beau métier, et un métier important, croit-il. Mon travail, c’est d’être là pour les patients et d’assurer leur dignité : les aider à manger, les laver, les changer… Bref, m’assurer qu’ils sont bien. »

Fort de ses dix ans d’expérience, le préposé aux bénéficiaires, qui est notamment passé par le bloc opératoire et la physiothérapie au fil des ans, admet cependant trouver la situation actuelle extrêmement difficile.

« C’est lourd de voir [nos patients] tomber comme des mouches, seuls, sans leur famille, témoigne-t-il. J’ai vu une dame mourir de la COVID-19 en 24 heures : une journée, elle n’avait pas de symptômes et le lendemain, elle était morte. Je n’ai jamais vu ça ; personne n’a jamais vu ça. »