La sédation, essentielle pour des patients infectés

Les personnes contaminées par la COVID-19 qui doivent être hospitalisées le sont d’abord parce qu’elles ont besoin d’oxygène.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les personnes contaminées par la COVID-19 qui doivent être hospitalisées le sont d’abord parce qu’elles ont besoin d’oxygène.

Alors que pointe à l’horizon une possible pénurie de médicaments de sédation, les médecins doivent faire preuve de créativité, car cette classe de médicaments est essentielle non seulement pour les interventions chirurgicales, mais aussi pour tous les patients atteints de la COVID-19 qui se retrouvent sous respirateur.

Le 15 avril dernier, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, se montrait réticente à permettre la reprise des interventions chirurgicales non urgentes en raison d’une possible pénurie de médicaments de sédation, qui sont requis pour anesthésier les patients subissant une opération, ainsi que pour le maintien des patients sous respirateur. « On est serrés dans les médicaments qui sont requis pour les chirurgies, entre autres les médicaments de sédation. Donc, il faut être très prudent par rapport à reprendre les chirurgies électives », avait-elle déclaré.

« On n’a pas de très grandes réserves de ces médicaments dans les établissements, on les commande à des fournisseurs au fur et à mesure », avait-elle également précisé lors du point de presse du 11 avril.

« La forte demande mondiale rend actuellement précaire l’accessibilité à certains médicaments utilisés pour induire la sédation et le fameux coma artificiel [qu’on provoque chez certains patients atteints de la COVID-19], mais qui sont aussi utilisés en anesthésie pour les chirurgies », ajoute le Dr Jean-François Lizé, pneumologue-intensiviste, chef de l’Unité des soins intensifs au CHUM.

« Pour l’instant, il n’y a pas de manque à court terme, mais c’est un peu le même scénario que pour l’équipementde protection individuelle (EPI). On tente d’être créatif. On utilise des combinaisons de médicaments afin de produire un effet de synergie, on réutilise des médicaments plus anciens ayant un profil pharmacologique moins intéressant, et on ne jette plus les fioles qui ne sont pas complètement vides. »

Le confort des patients

Mais en quoi ces médicaments sont-ils nécessaires pour traiter les patients atteints de la COVID-19 ? Les personnes infectées qui doivent être hospitalisées le sont d’abord parce qu’elles ont besoin d’oxygène, explique le Dr Lizé. L’inflammation que provoque l’infection endommage la membrane alvéolaire où s’effectuent les échanges gazeux avec le sang. Quand celle-ci est abîmée, il y a moins d’oxygène qui va dans le sang, et les tissus sont moins bien oxygénés.

Pour cette raison, la première étape lors d’une hospitalisation est de donner à respirer un air plus riche en oxygène. L’air que nous respirons normalement ne contient que 20 % d’oxygène, mais, à l’aide de lunettes nasales, on peut insuffler diverses concentrations d’oxygène qui peuvent atteindre jusqu’à 70 %. Si de telles concentrations ne suffisent pas, le patient doit être transféré aux soins intensifs où il sera surveillé de plus près, car son état risque de se détériorer rapidement. On le branchera à une ventilation mécanique, c’est-à-dire un respirateur, qui pourra lui administrer de l’oxygène pur.

« Être mis sous respirateur n’est pas très agréable, c’est la raison pour laquelle on administre des sédatifs aux patients pour les rendre confortables. Ceux qui répondent bien à la stratégie de base du respirateur ne sont pas endormis très profondément. Ils peuvent être plus ou moins réveillés, plus ou moins en contact avec nous selon la dose qu’on a dû leur administrer pour qu’ils soient confortables. Par contre, ceux dont l’atteinte pulmonaire est telle qu’il faut être plus agressif avec nos traitements et l’usage du respirateur doivent être plongés dans un coma artificiel », souligne le Dr Lizé.

« Pour les patients les plus atteints, il faut augmenter la pression d’oxygène [qu’on insuffle dans leurs poumons], ce qui est très inconfortable. Imaginez que vous êtes en plongée sous-marine et qu’au lieu de tirer l’air de la bouteille seulement quand vous en avez besoin, on vous insuffle toutes les cinq secondes une quantité d’air beaucoup plus importante que celle que votre cerveau et vos poumons veulent. Les patients auront alors tendance à combattre le respirateur parce qu’ils ne tolèrent pas la pression qu’on applique. Dans de telles circonstances, on doit rendre les patients inconscients et abolir leurs réflexes respiratoires. Et pour ce faire, il faut procéder à une sédation profonde et les paralyser [curariser] pour ne pas qu’ils réagissent », explique le Dr Lizé.

De plus, au CHUM, comme cela se fait dans plusieurs hôpitaux italiens, on couche les patients en position ventrale. « Cette position fait en sorte qu’il y a plus de contact entre le sang et l’oxygène, ce qui améliore l’oxygénation. Toutefois, la position étant très inconfortable, on doit endormir les patients encore plus profondément. »

Or, toutes ces manœuvres requièrent ces fameux médicaments de sédation et c’est la raison pour laquelle ils sont actuellement très recherchés partout sur la planète.

Avec Guillaume Bourgault-Côté

 

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