Les enfants, victimes collatérales du Grand Confinement, selon l’ONU

Des enfants mangent un repas distribué par une organisation caritative à Secunderabad, en Inde. Selon l'ONU, «368,5 millions d’enfants dans 143 pays dépendent normalement des repas scolaires comme source fiable de nutrition quotidienne». 
Photo: Noah Seelam Agence France-Presse Des enfants mangent un repas distribué par une organisation caritative à Secunderabad, en Inde. Selon l'ONU, «368,5 millions d’enfants dans 143 pays dépendent normalement des repas scolaires comme source fiable de nutrition quotidienne». 

Bien que les personnes âgées soient les principales cibles du coronavirus, ce sont les enfants qui risquent d’être les plus importantes victimes collatérales de la pandémie de COVID-19 dans les prochains mois et mêmes années, prévient l’Organisation des Nations unies (ONU).

Dans un rapport publié cette semaine, l’ONU estime en effet que la crise sociale et économique, tout comme l’éloignement du réseau scolaire de 1,5 milliard d’enfants à travers le monde s’apprête à accroître le niveau de pauvreté de plusieurs millions d’entre eux, mais aussi à augmenter leur risque de décès prématuré, à mettre leur santé et sécurité en péril, en plus de porter atteinte à leur potentiel humain de manière durable.

« Ce qui a commencé comme une crise sanitaire risque d’évoluer vers une crise plus large des droits de l’enfant », peut-on lire dans le document d’une vingtaine de pages intitulé L’impact de la COVID-19 sur les enfants. « Les conséquences socio-économiques du virus — et des mesures de confinement et d’atténuation que les gouvernements ont mises en place dans le monde — sont potentiellement catastrophiques pour des millions d’enfants. »

« Heureusement, jusqu’à présent, les enfants sont largement épargnés des symptômes les plus graves de la maladie, a indiqué le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres dans une vidéo accompagnant le dévoilement du rapport. Mais leur vie est totalement bouleversée. »

Selon l’organisation internationale, ce bouleversement induit par la fermeture des écoles, mais également par la fragilisation économique de la cellule familiale des enfants, se prépare à faire entrer entre 42 et 66 millions d’entre eux dans l’extrême pauvreté cette année. Des chiffres qui s’ajoutent aux 386 millions qui l’étaient déjà en 2019.

Pire, « les difficultés économiques rencontrées par les familles en raison du ralentissement économique mondial pourraient entraîner des centaines de milliers de décès d’enfants supplémentaires en 2020, annulant les 2 à 3 dernières années de progrès dans la réduction de la mortalité infantile en une seule année », poursuit le document en précisant que la perspective ne tient même pas compte des services de santé et de prévention interrompue dans plusieurs pays par la fermeture des écoles.

« On s’attend à une augmentation de la malnutrition, écrivent les auteurs du rapport, car 368,5 millions d’enfants dans 143 pays dépendent normalement des repas scolaires comme source fiable de nutrition quotidienne. »

« Les chiffres de l’ONU sont alarmants, mais ils sont aussi sous-estimés, résume à l’autre bout du fil Jérôme Bobin, directeur général de la section canadienne de l’ONG Humanité et inclusion. L’école n’apporte pas que l’éducation, c’est une première ligne pour le dépistage de problèmes sociaux ou de santé, c’est un lieu qui déleste les parents pour leur permettre de travailler afin d’augmenter le revenu de la famille. Comme on le voit, le virus a la capacité d’affecter les plus faibles, et ce, à tous les niveaux. »

Pour l’ONU, « les pertes potentielles qui peuvent s’accumuler dans l’apprentissage pour la jeune génération d’aujourd’hui et pour le développement de son capital humain sont difficiles à comprendre », mais elle souligne que même si « plus des deux tiers des pays ont mis en place une plateforme nationale d’enseignement à distance », parmi les pays à faible revenu, cette part n’est que de 30 %. Avant cette crise, près d’un tiers des jeunes du monde étaient déjà des exclus numériques.

Pour Antonio Guterres, la crise majeure qui affecte le monde, en augmentant le « stress familial », place également les enfants à un risque accru de violence. « Les enfants sont à la fois victimes et témoins de violences et d’abus domestiques », dit-il. Et désormais, ils ne peuvent plus bénéficier de « mécanismes d’alerte » de l’école pour espérer se sortir de cette violence.

« Cette crise sanitaire va engendrer un besoin énorme d’assistance humanitaire à travers le monde dans les prochaines années pour éponger l’impact social de la lutte contre la COVID-19, dit M. Bobin. Et ce qui nous préoccupe aujourd’hui, c’est le risque de voir l’aide internationale des pays donateurs rapatriée dans les programmes nationaux, ce qui risque d’accentuer encore plus les conséquences dans les pays déjà fragiles. »

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