Des futures mères devront accoucher seules à l’Hôpital général juif de Montréal

À l’Hôpital général juif, les conjoints ne sont plus autorisés dans la salle d’accouchement ni dans l’unité de soins post-partum, aussi longtemps que durera la pandémie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’Hôpital général juif, les conjoints ne sont plus autorisés dans la salle d’accouchement ni dans l’unité de soins post-partum, aussi longtemps que durera la pandémie.

À leur accouchement, les femmes ne pourront plus être accompagnées d’un proche à l’Hôpital général juif de Montréal, a appris Le Devoir. La directive inédite, qui va plus loin que celle du ministère de la Santé, a été transmise vendredi au personnel afin de les protéger d’une contamination à la COVID-19.

« Je comprends qu’on veuille diminuer les risques d’exposition, mais les patientes ont besoin de soutien pendant l’accouchement, s’inquiète Julie*, une des médecins accoucheurs. S’il n’y a personne pour les accompagner, ça risque d’être plus difficile pour elles de gérer la douleur. »

Dans les dernières semaines, l’Hôpital général juif a sabré le nombre de visiteurs, conformément aux consignes du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Les visites sont désormais interdites dans les établissements de la province, sauf pour des motifs humanitaires — en contexte de naissance ou de fin de vie.

Ainsi, un proche peut accompagner une femme pendant l’accouchement et lors du séjour postnatal, à condition de ne pas poser de risques d’infection à la COVID-19. On demande aussi aux nouveaux parents de se confiner dans leur chambre.

Comme d’autres, l’Hôpital général juif appliquait ces recommandations. Or, la directive a brusquement changé vendredi. Les conjoints ne sont plus autorisés dans la salle d’accouchement ni dans l’unité de soins post-partum, aussi longtemps que durera la pandémie.

La directrice des services professionnels du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Louise Miner, en a informé le personnel touché par courriel, rédigé en anglais et dont Le Devoir a obtenu copie.

Le personnel médical est là pour assurer la sécurité des patientes, assure Julie. Mais il ne faut pas négliger l’importance du soutien d’un proche pendant l’accouchement, un processus qui peut se révéler traumatisant, dit-elle. « On n’a pas une infirmière qui est avec la patiente à tout moment. On n’a pas les effectifs pour ça. »

Je trouve que c’est une décision inhumaine

 

La médecin craint même que des femmes préfèrent accoucher à la maison pour ne pas être séparées de leur partenaire. « Il y a déjà des femmes qui m’ont confié y songer si jamais ça devait arriver », souffle-t-elle. Puis de préciser : « Je crois que ce sera une minorité de gens, mais il y a un risque que ça survienne. »

Cette décision pourrait être lourde de conséquences puisque les accouchements à domicile ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre par l’Ordre des sages-femmes du Québec. Les patientes doivent être redirigées vers des maisons de naissance ou des hôpitaux.

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Patients récalcitrants

Selon nos informations, le nouveau mot d’ordre à l’Hôpital général juif divise le personnel touché. Si on s’inquiète pour le bien-être des patientes, on s’inquiète aussi pour celui des travailleurs. Car des femmes et leur proche ont fait fi des consignes en circulant dans les couloirs ou en refusant de porter un masque alors qu’ils présentaient des symptômes de rhume ou de grippe.

Invité à fournir des explications sur les raisons motivant sa décision, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal n’a pas répondu aux demandes du Devoir.

« Je trouve que c’est une décision inhumaine », s’insurge au bout du fil Joanie Chahine, qui attend un bébé pour mai.

Elle-même médecin, elle est suivie par une sage-femme de la maison de naissances de Côte-des-Neiges. Pour l’instant, elle prévoit d’y accoucher, mais si des complications surviennent, elle sera automatiquement transférée à l’Hôpital général juif.

Si ce scénario se produit, la Dre Chahine est catégorique : elle refuse d’y être conduite en raison de la nouvelle directive. « Sans utiliser mes privilèges de médecin, je demanderais à être transférée dans un autre centre hospitalier », laisse-t-elle tomber.

Si elle comprend l’urgence de protéger les travailleurs de la santé, elle ne cache pas son inquiétude à l’idée d’accoucher seule, loin de son conjoint. Surtout si les deux ne présentent aucun risque d’infection. « Si mon partenaire avait la COVID, je comprends qu’il devrait rester à la maison. Mais dans l’éventualité où on est tous les deux asymptomatiques, c’est une décision sans-cœur », estime-t-elle.

Pour l’heure, au CHU Sainte-Justine, un accompagnateur est toujours permis lors des accouchements et pendant le séjour post-partum. Idem au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et à l'hôpital de LaSalle. Du côté de l’hôpital du Sacré-Cœur, le proche est toutefois appelé à quitter l’hôpital après la naissance.

*Nom fictif