Les psychologues offrent en vain leurs services à Québec

Personne n’était en mesure cette semaine d’évaluer l’incidence de la COVID-19 sur la demande en psychologie.
Photo: iStock Personne n’était en mesure cette semaine d’évaluer l’incidence de la COVID-19 sur la demande en psychologie.

Près de 400 psychologues en pratique privée ont offert leurs services au réseau public dans le cadre de la crise de la COVID-19. Or, malgré les ressources limitées du réseau public en psychologie, le ministère de la Santé n’estime pas avoir besoin d’eux pour l’instant.

Dès les premiers jours de la crise, les psychologues Marika Audet-Lapointe et Régine Gagnon ont lancé un appel à leurs collègues. « On voulait voir si d’autres psychologues étaient intéressés à être impliqués. » Leur idée : créer une cellule spécifique en santé psychologique pour la COVID-19 et « concerter leurs expertises ». À ce jour, plus de 800 psychologues ont joint le regroupement « COVID-19 Psys engagés et en action » dont 385 se disent prêts à agir dès maintenant. Or, l’offre n’a pas été suivie d’actions concrètes, se désole Mme Audet-Lapointe.

« C’est un peu comme si on était face à un édifice qui est en feu et qu’il y a plein de pompiers qui se regardent et se demandent comment ils vont l’éteindre. C’est le temps d’agir. »

Ces derniers jours, Le Devoir s’est entretenu avec de nombreux psychologues du secteur privé qui voulaient en vain se rendre utiles. Certains de façon bénévole ; d’autres en étant rémunérés. Il faut dire que, depuis le début de la crise, les consultations en clinique privée subissent des fortes baisses.

 
2000
C’est le nombre de psychologues dans le secteur public. Ils sont 4000 à pratiquer dans le secteur privé.

En plus du groupe de Mme Audet-Lapointe, certains se sont inscrits sur la plateforme gouvernementale « Je contribue » créée par le gouvernement Legault pour rallier toutes les ressources disponibles en santé. Après plusieurs jours d’attente, Karine (nom fictif) une psychologue de la Montérégie, s’est fait offrir une place d’aide-soignante ou d’agente administrative.

« Personnellement, je peux travailler un peu partout : en jeunesse, en CLSC, en psychiatrie, avec des adultes, en CLSC, je peux aider les professionnels autres à gérer leur stress, je peux faire de l’intervention de crise, traiter tous les traumas que ça amène. Les faits : ça n’intéresse personne. »

À l’heure actuelle, on compte environ 2000 psychologues dans le réseau public et 4000 en pratique privée.

L’Ordre des psychologues du Québec a aussi confirmé au Devoir avoir écrit à la ministre de la Santé McCann, il y a deux semaines, pour lui signaler qu’ils étaient des centaines à offrir leur aide, a confirmé sa présidente Christine Grou. Cette dernière pense que les « besoins vont être grands pendant la pandémie. » Mais elle dit comprendre que le ministère soit débordé et ait d’autres priorités.

 

Pas d’urgence

Selon des sources proches du dossier, le ministère juge à cette étape-ci que le réseau n’a pas besoin de ressources supplémentaires en psychologie et peut répondre aux besoins à l’heure actuelle. L’idée de recourir à des ressources externes n’est pas exclue, mais on n’est pas encore arrivés là, nous explique-t-on.

Le réseau serait-il moins débordé qu’on le présume ? Personne n’était en mesure cette semaine d’évaluer l’incidence de la COVID-19 sur la demande en psychologie, qu’il s’agisse du ministère, du syndicat qui représente les psychologues ou encore de l’Ordre.

« Personne n’est en mesure d’évaluer le besoin actuel », fait valoir Christine Grou.

« Et on est encore moins capable d’évaluer ce qu’il sera ultérieurement parce qu’on ne sait pas combien de temps durera la pandémie et quelles seront ses conséquences. »

Ce qu’on sait par contre, c’est qu’il y avait déjà une pénurie de psychologues dans le réseau public avant le déclenchement de la crise.

Selon les milieux, la liste d’attente pour un rendez-vous avec un psychologue se mesure parfois en semaines ; souvent en mois. Alors que certains collègues sont réaffectés ailleurs pour contribuer à la lutte contre la COVID-19, des psychologues du réseau public craignent que l’attente n’aille en augmentant.

Mathieu (nom fictif), psychologue en deuxième ligne à Montréal, a expliqué que des collègues avaient été réaffectés ailleurs, leurs patients sont venus s’ajouter aux siens et à ceux des collègues restants. « Je comprends qu’il y ait une sorte de priorisation au niveau de la COVID-19 parce que c’est une maladie qui est fatale. Mais ça fait quand même plein d’usagers qui se retrouvent délaissés.

Plus tôt cette semaine, le premier ministre avait pourtant invité les gens qui se sentaient anxieux ou stressés « au point de perdre le contrôle » à consulter. Le gouvernement avait d’ailleurs inclus les services privés en psychologie parmi la liste des services essentiels.

Quant à ceux qui ne peuvent pas assumer le coût d’une séance dans le secteur privé, la ministre de la Santé, Danielle McCann, leur a dit mardi qu’ils trouveraient de l’aide du côté des CLSC.

Vérification faite, les CLSC qui reçoivent des demandes de ce genre les adressent à des travailleurs sociaux dans la plupart des cas. Mais il n’y a pas de psychologues pour prendre le relais à court terme si la personne a besoin d’un suivi et d’un traitement en psychothérapie.

Par contre, le personnel du réseau a téléphoné, cette semaine, aux personnes qui sont déjà suivies en santé mentale ou sur la liste d’attente. Selon nos informations, 260 000 personnes ont été jointes sur les 325 000 concernées. L’appel visait à prendre de leurs nouvelles, mais aussi à s’assurer qu’ils étaient au courant des mesures de distanciation sociale.

Baisse de la demande en cabinet privé

Alors que tout le monde évoque l’impact du confinement sur la santé mentale, comment expliquer la baisse de la demande de consultation en cabinet privé ? Parce que certains n’ont plus les moyens de se payer ce genre de service, notent plusieurs observateurs mais surtout à cause des défis de la consultation à distance. Certains patients n’ont pas l’équipement qu’il faut ou n’ont pas la capacité à s’isoler dans leur maison alors que tout le monde est confiné en famille à l’intérieur.

À voir en vidéo


 
5 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 2 avril 2020 04 h 50

    Est-ce qu'une potentielle détresse....

    ...serait aussi à la porte ou dans le vestibule de vie de bien des personnes ? J'appréhende que si. Que nous dirait Boris Cyrulnik, interrogé hier à Radio-Canada par madame Mc Quade ? Oui, il a parlé de résilience parce que c'était le sujet mais pour en arriver à la résilience, il se passe bien des «choses» avant alors que le spectre de la détresse plane tout autour de ce que monsieur Cyrulnik a qualifié de catastrophe. Il a donné la différence entre «crise» et «catastrophe».
    Je suis d'avis que nos gouvernants.es devraient écouter ces professionnels.les psychologues.
    Lorsque la détresse s'installe...l'Homme, l'être humain perd beaucoup de ses contrôles.
    S'il vous plaît, pouvoirs politiques en place, prêtez oreille aux demandes des psychologues !
    Merci.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 2 avril 2020 04 h 50

    Est-ce qu'une potentielle détresse....

    ...serait aussi à la porte ou dans le vestibule de vie de bien des personnes ? J'appréhende que si. Que nous dirait Boris Cyrulnik, interrogé hier à Radio-Canada par madame Mc Quade ? Oui, il a parlé de résilience parce que c'était le sujet mais pour en arriver à la résilience, il se passe bien des «choses» avant alors que le spectre de la détresse plane tout autour de ce que monsieur Cyrulnik a qualifié de catastrophe. Il a donné la différence entre «crise» et «catastrophe».
    Je suis d'avis que nos gouvernants.es devraient écouter ces professionnels.les psychologues.
    Lorsque la détresse s'installe...l'Homme, l'être humain perd beaucoup de ses contrôles.
    S'il vous plaît, pouvoirs politiques en place, prêtez oreille aux demandes des psychologues !
    Merci.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux.

  • Simon Grenier - Abonné 2 avril 2020 05 h 39

    Ben voyons. Il en manque au public depuis à peu près 40 ans mais on n'a pas besoin d'eux en période de quasi-apocalypse où la moitié des gens implosent de panique inexpliquée et l'autre moitié fait faillite. Le jupon de la "brillante" carrière de Mme McCann dépasse pas mal.

  • Samuel Prévert - Inscrit 2 avril 2020 07 h 16

    Oui, aux psys !

    J'aimerais pouvoir parler à un ou un psychplogue non pas à cause du confinement mais à cause de la Covid-19 et de la peur qu'elle entraîne ; la peur d'être infecté, d'infecter quequ'un, de perdre les gens que j'aime, etc.

    Nous ne vivons pas une situation noramale et certaines personnes y sont plus sensibles que d'autres.

  • Nicole Desjardins - Abonnée 2 avril 2020 13 h 46

    Avec les psychologues, il y a les psychothérapeutes détenteurs d'un permis de pratiquer de la psychothérapie délivré par l'Ordre des psychologues. Malheureusement, madame Groulx n'en parle jamais. Ce sont certains travailleurs sociaux, thérapeutes conjugaux et familiaux, sexologues, psychoéducateurs, infirmières, conseillers en orientation, tous dûment autorisés à pratiquer la psychothérapie. De ceux là, nombreux sont celles et ceux qui sont bien formés à intervenir en situation de crise et événement traumatique.

    La majorité de ces professionnels exercent en bureau privé. Certains ont des ententes contractuelles avec des programmes d'aide aux employés (services grauits pour les employés). Ce service en majorité offert de façon virtuelle ou téléphonique depuis le confinement, les PAE paient à la baisse leurs professionnels, alléguant qu'ils n'ont pas à se déplacer. Mais on oublie que les frais de bureau demeurent! À titre d'exemple, le PAE offre 45$/consultation alors que le tarif est en moyenne 100$. Les firmes PAE profitent de la situation alors que leur contrats avec les entreprises demeurent intacts.

    La majorité de tous ces professionnels vivent également un stress important sur le plan économique, ayant perdu la majorité de leur clients qui ont mis leur demande d'aide « sur la glace » le temps que la crise passe. Qui plus est, ils s'inquiètent de leurs clients, particulièrement pour ceux et celles qui présentaient une plus grande vulnérabilité avant la crise.