L’hôpital Jean-Talon aux prises avec une éclosion de COVID-19

Un patient souffrant de la COVID-19 amené par des ambulanciers à l’hôpital Jean-Talon, la semaine dernière.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un patient souffrant de la COVID-19 amené par des ambulanciers à l’hôpital Jean-Talon, la semaine dernière.

L’hôpital Jean-Talon fait face à une éclosion de COVID-19, au moins six personnes, dont une infirmière, ayant été infectées par le virus. Une éclosion qui aurait pu être évitée si la situation avait été prise au sérieux et si les protocoles avaient été plus rapidement mis en place, selon ce qu’ont rapporté des membres du personnel soignant au Devoir.

Selon nos informations, cinq patients de l’unité de chirurgie de chambres adjacentes ont reçu un diagnostic positif à la COVID-19 au début de la semaine dernière.

Hospitalisés dans la semaine du 16 mars, deux d’entre eux présentaient des symptômes, mais avaient plutôt été testés pour l’influenza. Puisque leurs tests étaient ressortis négatifs, ils avaient pu librement circuler dans l’hôpital et aucune précaution supplémentaire n’avait été prise.

L’un d’eux avait même pu rentrer chez lui pendant trois jours avant de revenir aux soins intensifs le lundi 23 mars dernier et de finalement recevoir un diagnostic de COVID-19.

Les autres diagnostics positifs sont tous tombés dans les jours qui ont suivi, pour un total de six. Tant et si bien que jeudi dernier, la direction du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a donné de nouvelles directives, notamment l’obligation de porter un masque en tout temps dans l’hôpital et d’isoler tout patient.

« Je crois que la situation a été prise un peu trop à la légère. La direction du CIUSSS ne s’attendait pas à avoir une vague aussi rapide et aussi large de cas. Ils ont été pris de court », a dit au Devoir Alexandre Paquet, président par intérim du Syndicat des travailleurs du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Selon lui, la direction était trop occupée à gérer l’éclosion au CHSLD de Notre-Dame-de-la-Merci, l’un des plus gros CHSLD de Montréal, où 20 cas ont été recensés il y a quelques jours.

« Leur attention était là et ils n’ont pas vu celle de Jean-Talon venir. La transmission n’était pas officialisée comme étant communautaire. Ça a pris tout le monde par surprise. »

Enquête

Selon nos informations, la Santé publique mène actuellement une enquête en lien avec l’infirmière de l’unité de chirurgie qui a été infectée. Des personnes ayant été en contact avec elles pendant son quart de travail auraient été retirées jusqu’à nouvel ordre.

Des employés de l’hôpital Jean-Talon voulant garder l’anonymat déplorent le manque de professionnalisme et de transparence de leurs patrons, qui ne les avisent pas toujours rapidement lorsque des patients avec qui ils ont été en contact sont déclarés positifs.

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a reconnu du bout des lèvres qu’il y a eu « un foyer d’éclosion » à l’hôpital Jean-Talon et a assuré que tous les malades de la COVID-19 avaient été transférés dans d’autres hôpitaux désignés. Il n’a pas été en mesure de confirmer au Devoir le nombre de patients et de membres du personnel infectés dans cet établissement. « Nous suivons scrupuleusement les directives formulées par l’Institut national de santé publique du Québec [INSPQ] », a déclaré la porte-parole, Émilie Jacob.

Trop peu trop tard

Pour certains membres du personnel soignant, c’est trop peu trop tard. Même si la situation s’est stabilisée depuis quelques jours, les protocoles ne sont pas toujours clairs et les employés reçoivent plusieurs courriels remplis d’informations de toutes sortes et de pièces jointes qu’ils n’ont pas le temps de lire. Plusieurs d’entre eux rapportent une situation encore assez chaotique, confirme le président du syndicat, Alexandre Paquet.

« Il y a encore beaucoup d’incompréhension de la part du personnel soignant. Les protocoles ne sont pas super clairs », a-t-il indiqué. Il dit qu’on lui a signalé que les entrées et les sorties sont bien contrôlées, mais qu’une fois dans l’hôpital, le patient est plutôt libre de ses mouvements. « Certains de nos membres ont des craintes, car des patients se promènent un peu partout. »

Selon lui, en plus du port du masque, l’INSPQ recommande le port de la visière lorsqu’il y a des cas confirmés. « Mais cette visière n’est pas fournie automatiquement. Certains doivent insister », explique M. Paquet.

Même chose pour le savon antibactérien, gardé sous clé, et les masques (deux par quart de 8 h), qui sont très rationnés. « Les personnes nouvellement embauchées rentrent tellement rapidement dans le réseau qu’elles n’ont pas d’uniforme et travaillent habillées en civil. La procédure est pourtant claire, l’uniforme est obligatoire. »

Selon le syndicat, le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal doit maintenant composer avec un problème d’absentéisme parce qu’il n’a pas su rassurer son personnel.

« Les gens n’ont pas été super informés de ce qu’il fallait faire quand ça allait arriver », a ajouté M. Paquet. Il déplore que la direction du CIUSSS doive appliquer l’arrêté ministériel, qui lui permet de suspendre certaines dispositions de la convention collective pour rallonger les quarts de travail ou modifier les horaires à sa guise. « Si l’employeur avait géré la crise de manière plus préventive, les gens auraient eu l’impression de pouvoir faire leur travail de manière sécuritaire et l’arrêté ministériel ne serait pas nécessaire. »

Le plus récent bilan de la santé publique fait état de 1991 cas confirmés sur l’île de Montréal.