Pénurie appréhendée de matériel médical

Le gouvernement Legault a pris la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) de court en lui annonçant coup sur coup mardi que le « pic » de la COVID-19 devrait arriver après Pâques et que les stocks de masques seraient épuisés d’ici trois à sept jours.

Dans une rencontre téléphonique organisée en matinée, la FMSQ a appris que Québec s’attend à ce que les hôpitaux fonctionnent à plein rendement « tout de suite après Pâques » et que le « maximum d’occupation aux soins intensifs » soit atteint dans la semaine suivante, a déclaré la présidente de la FMSQ, Diane Francœur, dans un entretien avec Le Devoir.

Auparavant, « le seul scénario qu’on avait, c’était que cette semaine, c’était la crise », a-t-elle ajouté. Avec cet échéancier en tête, les médecins ont annulé près de 7000 opérations chirurgicales. « On a tout vidé les chirurgies, sauf l’essentiel », a rappelé la Dre Francoeur.

Or, voilà que les médecins spécialistes doivent « retourner le bateau de bord », selon elle. « On a besoin de savoir en temps réel quelles sont les prédictions. […] Ce n’est pas juste par voyeurisme ou pour inquiéter la population », mais pour mieux gérer les opérations, a-t-elle insisté.

 

 

Listes d’attente

Diane Francoeur s’inquiète de voir les listes d’attente pour les chirurgies s’allonger en raison de la crise. « Tout le monde a vraiment bien collaboré pour dire : on vide les lits pour accueillir les malades, mais là, s’ils n’arrivent pas, on va faire autre chose en attendant pour élaguer le plus possible les listes », a-t-elle déclaré.

Au ministère de la Santé, le porte-parole Robert Maranda a nuancé les propos de la Dre Francœur. « On ne peut savoir qu’on est au peak tant qu’on y est pas arrivé. Les données montrent que l’on progresse toujours pour le moment. Il faut attendre de voir une stagnation des cas avant de dire qu’on a atteint le peak », a-t-il écrit dans un courriel. « Nous avons plusieurs scénarios de prévision de la courbe en question. Chaque jour, les prévisions changent et s’ajustent », a-t-il ajouté.

Certaines prévisions laissant entendre que le retour à la normale n’aura pas lieu avant plusieurs mois ont été présentées aux journalistes lundi lors d’un breffage technique à laquelle la FMSQ n’a pas été conviée.

« Ils ont expliqué comment la courbe descend. Mais on a besoin de savoir comment elle monte ! », a lancé une source bien au fait des discussions entre Québec et les fédérations de médecins. « Le Québec est assez mature pour avoir des faits. »

Le matériel en priorité

Pour être « clair » et par souci de « dire la vérité », le premier ministre, François Legault, a annoncé mardi que les équipements de protection médicale allaient manquer d’ici « trois à sept jours ». Il a ensuite déclaré que son « ami » Doug Ford avait accepté « de nous transférer certains équipements ».

Une déclaration que le premier ministre ontarien a tôt fait de corriger. « Je vais être très, très clair : nous n’avons pas transféré de matériel là-bas [au Québec] », a-t-il attesté.

François Legault est revenu sur sa déclaration dans un tweet remerciant Doug Ford de l’avoir « mis en contact avec un de leurs fournisseurs de matériel médical qui pourra également nous procurer des équipements importants ».

L’annonce de Québec sur les masques a été accueillie avec stupéfaction par la FMSQ, qui craignait une pénurie, mais ne s’attendait « absolument pas » à que l’échéancier soit si court.

« La semaine dernière, on nous disait : il y en a, il y en a, il y en a », a rappelé Diane Francoeur. Dans une communication envoyée à ses membres en matinée, la FMSQ a écrit que « nous avons utilisé au Québec la semaine dernière autant de masques N-95 que durant toute l’année dernière ».

À la Fédération des médecins omnipraticiens, le président Louis Godin a souligné que le premier ministre était venu confirmer une impression que le milieu avait déjà.

3 à 7
C’est le nombre de jours pour lesquels on a du matériel médical en quantité suffisante dans le réseau de la santé. «C’est quand même serré», a dit le Premier ministre en soulignant que l’obtention de masques et d’autres matériels médicaux pour faire face à la COVID-19 était la «grande priorité» du gouvernement.

« Au moins, les choses sont claires », a-t-il déclaré. « On était un grand bout de temps où on disait [à Québec] : il n’y a pas de problème, on en a, on en a, on en a [de l’équipement]. […] Le premier ministre a pris la bonne décision de le dire, je trouve ça très responsable de sa part. »

Reste que « le jour » où les médecins n’auront plus accès à du matériel de protection, « ça va être très difficile » de continuer certaines activités, s’est inquiété le Dr Godin. « Les médecins ne voudront pas poser des gestes quand ils mettent leur propre sécurité en danger », a-t-il déclaré, tout en se faisant rassurant.

« Je ne pense pas qu’on va arriver à situation où le médecin est très, très à risque. On est capables de rationaliser [l’utilisation de matériel] », a-t-il dit.

Une chaîne d’approvisionnement

À Ottawa, la vice-première ministre, Chrystia Freeland, a déclaré être « en train de résoudre » les problèmes d’approvisionnement du Québec. Personne n’a cependant été en mesure préciser ce qui était prévu pour prêter main-forte au Québec à court terme.

Ottawa a commandé plus de 157 millions de masques chirurgicaux et près de 61 millions de masques N-95. Les premières livraisons de ces masques commenceront cette semaine.

En sus des commandes faites auprès de fournisseurs étrangers, le fédéral a signé des contrats d’approvisionnement avec des entreprises canadiennes. Puisque tous les pays s’arrachent le matériel médical produit dans le monde, Ottawa tente de se mettre sur pied une chaîne d’approvisionnement nationale. Justin Trudeau a toutefois reconnu qu’il faudra patienter — probablement « quelques semaines » — avant que les entreprises puissent livrer les équipements promis.

Avec Marie Vastel et Hélène Buzzetti

EN RÉSUMÉ

Dix fois plus de masques

Dix fois plus de masques qu’en temps normal L’utilisation de masques a littéralement explosé depuis deux semaines, a souligné la ministre de la santé, Danielle McCann. «Ce qu'on utilisait en une année, on l'utilise en quatre semaines à peu près», a-t-elle dit. En plus de multiplier les commandes, son ministère a demandé au personnel de réutiliser les masques N-95 après les avoir désinfectés.


Legault embarrasse Ford en le remerciant

Le PM s’est mis dans l’embarras en remerciant son homologue ontarien Doug Ford «qui a accepté ce matin de nous transférer certains équipements ». Craignant d’avoir l’air de négliger ses propres citoyens, M. Ford a vite réagi en minimisant sa bonne action. «Je lui ai donné des contacts où il pourrait appeler et fait des commandes. S’il le veut, ça lui appartient. Mais je n’ai jamais rien pris dans nos centres de distributions pour l’envoyer au Québec »


Finies les visites

Le premier ministre a par ailleurs invité mardi la population à porter une attention particulière aux personnes seules. À « ceux qui ne sont pas seuls », a-t-il dit, « s’il vous plaît, appelez une personne seule aujourd’hui. Donnez-vous ça comme tâche, comme responsabilité. (…) si tout le monde appelle une personne seule aujourd'hui, je pense, ça va faire du bien à beaucoup de Québécois.»

11 commentaires
  • Sylvain Fortin - Abonné 1 avril 2020 01 h 15

    François Legault - Menteur et ignorant

    François Legault s'est fait menteur devant les médias afin de manipuler l'opinion publique sur sa gestion de la pandémie. Heureusement, le premier ministre de l'Ontario n'a pas voulu jouer à son petit jeux. (En période électorale Legault a fait le même manège avec l'ancienne PM de l'Ontario sur la vente de l'électricité) Mais en plus, François Legault s'est montré ignorant au point d'avoir eu besoin de l'Ontario pour savoir où passer ses commandes de matériels médicals. La réalité qui émerge c'est son manque de prévoyance. C'est d'.avoir tardé à faire des approvisionnements . S'il y a pénurie de matériels médicals qui sera soigner et qui ne le sera pas ? Ce dilemne sera la faute de François Legault.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 avril 2020 14 h 46

      Monsieur Fortin,

      Je crois que vous attachez trop d’importance à une déclaration maladroite qui n’aura aucune conséquence concrète sur la suite des choses.

      Le gouvernement québécois ne peut pas se procurer des masques quand le pays tout entier n’est pas prêt à satisfaire la demande d’une pandémie.

      Tous les pays qui ont cédé aux chantres de la mondialisation aveugle sont dans la même situation; impuissants, ils attendent après l’Inde et la Chine.

      À mon avis, le gouvernement actuel n’a commis aucune erreur majeure dans sa gestion de cette crise sanitaire.

      Il a dû compenser pour un gouvernement fédéral qui n’a rien retenu de l’épidémie du SRAS de 2003.

      Le fédéral qui n’a pas jugé bon constituer des réserves stratégiques d’équipement de protection médicale.

      Le fédéral qui n’a pas cru bon s’équiper de scanneurs thermiques (contrairement à la Chine, la Corée du Sud, le Japon et Taïwan).

      Le fédéral qui n’a adopté aucune procédure de suivi en signalant aux provinces les voyageurs qui déclaraient d’eux-mêmes avoir des symptômes de Covid-19.

      Le fédéral qui a fermé ses frontières internationales bien après que le méchant Trump l’ait fermé celles de son pays.

      Le fédéral qui ordonne la quarantaine sans prévoir de représailles pour les contrevenants.

      Le fédéral qui, si j’en juge par Snowden, a contribué à mettre en place un vaste réseau d’espionnage (courriel, textos, appels téléphoniques) qui permet de retracer le moindre citoyen canadien terroriste, mais qui est incapable de dire qui respecte sa quarantaine. Ce pourrait-il que le Covid-19 fera plus de morts au Canada qu'Al-qaïda ?

      Non, je crois que si nous avons des comptes à demander, c’est à la façade ministérielle de l’État canadien.

      Comment nos dirigeants peuvent-ils être à ce point inféodés au grand capital international pour se soumettre volontairement à des traités internationaux qui leur interdisent d’assurer la sécurité de leur population ?

  • Yvon Pesant - Abonné 1 avril 2020 05 h 35

    Haut les masques!

    Ce serait bien que Monsieurmadame Toulmonde qui a fait grosse provision de masques en ramène des boîtes à la pharmacie qui verrait à les remettre dans le réseau de la santé plutôt que dans le sous-sol des maisons.

    Il est dit très clairement depuis des semaines que les besoins en masques sont plus dans les étages des hôpitaux et des CHSLD que sur les trottoirs empruntés par les gens qui ont plus avantage à garder leur distance avec autrui qu'à respirer leur propre haleine. D'autant plus que le fond de l'air urbain a beaucoup gagné en qualité depuis l'arrivée de la Covid-19 chez nous.

    Quant à savoir ce qu'il en est pour le papier de toilette, il semble bien que l'urgence n'en soit pas du tout rendue là. Mais prière instante tout de même nous est faite d'arrêter d'en acheter en quantité hors norme.

  • Céline Richard - Abonnée 1 avril 2020 06 h 23

    Manque de préparation au message!

    Je trouve que le message du trio gouvernemental a été rassurant sans dire la vraie réalité...on est pire que ce qu'on nous disait. Comme l'annonce de manque de matériel, c'est arrivé sans qu'on nous dise la veille que l'on était dans une situation alarmante! Je nous pensais en contrôle de la situation, malgré la courbe ascendante. Cela m'a découragé et j'ai peur. On nous dit de ne pas porter de masque, mais en Europe et aux Etats-Unis, c'est l'inverse. Je perds confiance...

  • Yves Corbeil - Inscrit 1 avril 2020 07 h 15

    La boule de cristal

    Quand Legault et son équipe ont consulter la leur, ils ont mal interpreté les signaux (trop pessimistes, trop vite). Si ils n'avaient rien fait pour faire de l'espace afin de recevoir les covidés et que la vague était survenu selon leurs assumptions, ils se feraient planté. Ils ont fait le contraire et la vague n'est pas encore arrivé, ils se font planté.

    Le stock qui manque, là ça me pose problème. On ne se parle pas dans ce système de santé, il n'y a pas un chef à chaque endroit qui est en contact avec le ministère directement et même la ministre.

    Des chirurgies reportés quand tu est «short» en équipement ça prends tout son sens, il me semble.

    Et pour le sujet de l'ouverture totale avec ton personnel, quand tu vois le lavage de linge sale qui se passe présentement. Peut-être que tes décisions ont été prises en fonction de protéger la population contre une panique générale si il y aurait des fuites sur la situation des équipements, espace pour soigner, personnel en danger, ect. ect. pour finalement dire combien de personnes vont crever parce qu'il ny a aucun pays qui était préparé.

    Pouvez-vous gardez cela pour vous Madame Francoeur et continuez à faire votre travail comme si tout était sous contrôle et que la chaine d'approvisionnement qui était inexistante ne le sera pas avant (...) et que les 8,5 millions de citoyens au Québec, bien on ne sait pas où ils se situent sur la liste de prioritées de la planète car notre boule de cristal est pas assez grosse pour qu'on le voit. On doit être à côté de la boule.

    L'affaire Ford, bien là suis bouche bée. Je vais la laissé à Legault celle-là.

    Et celle d'hier par le pm de Ottawa au sujet des commandes qui ont là, celle qui s'en viennent, les nouvelles qui sont passés et le compagnies canadienne qui sont déja en train de fabriqué toutes sorte d'équipement, ça vous réconforte.

    Je pense qu'on va tous déraillés plus tôt que tard. Cette courbe là, on va avoir de la misère à l'applatir.

  • Yves Corbeil - Inscrit 1 avril 2020 07 h 18

    Et vous monsieur le philosophe

    J'attends votre réplique avec un grand auteur ou un autrice en référence sur la situation qui dépasse l'entendement de plusieurs présentement et qui ne va surement pas aller en s'applatissant rapidement comme un virus.