Une famille parvient à se rendre au chevet d’un proche en fin de vie

Le premier ministre François Legault a annoncé samedi que toutes les visites dans les établissements de santé sont suspendues.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le premier ministre François Legault a annoncé samedi que toutes les visites dans les établissements de santé sont suspendues.

Étienne a appris seul, dimanche, qu’il souffre d’un cancer foudroyant. Ses proches tenaient à être à ses côtés lors de l’annonce du diagnostic, mais ont été refoulés à l’entrée de l’hôpital Pierre-Le Gardeur en raison de l’interdiction de visites décrétée la veille par le gouvernement québécois pour freiner la propagation de la COVID-19 aux personnes vulnérables.

« On lui a annoncé dimanche qu’il lui reste quelques semaines de vie. Il a reçu cela tout seul dans le fond de sa chambre, apeuré », confie sa fille, Annie, dans un échange téléphonique avec Le Devoir. « C’est difficile au niveau humain. On était choqués », ajoute-t-elle.

Le premier ministre François Legault a annoncé samedi que toutes les visites dans les établissements de santé, y compris dans les CHSLD, les ressources intermédiaires ainsi que les résidences pour personnes âgées, sont suspendues. La nouvelle a été accueillie avec stupéfaction par de nombreuses familles, ains que de nombreux proches aidants, dont le soutien est, en temps normal, précieux.

« Dans Lanaudière, ils ont appliqué la règle de façon très stricte », fait remarquer Annie, tout en disant appuyer les mesures gouvernementales visant à stopper la propagation du coronavirus au Québec. « Quand on a quelqu’un en fin de vie, il faut quand même faire des exceptions un moment donné », poursuit-elle.

Annie était incapable de se faire à l’idée de ne pas revoir son père « qui est en train de devenir très confus » en raison de la maladie. « Dans cinq, dix jours, il ne nous reconnaîtra même pas. Il faut rester à côté de lui. Il fallait agir », souligne-t-elle.

Lundi, elle a demandé l’aide de la députée de Joliette, Véronique Hivon. Lundi après-midi, le nom de son père, Étienne, figurait sur une liste des personnes pouvant recevoir des visiteurs. Sa mère s’est précipitée à l’hôpital. « On peut à tour de rôle aller visiter mon père », conclut-elle.

La direction du CISS de Lanaudière regrette les « quelques heures de flou » ayant suivi la décision d’annuler les visites en milieu hospitalier. « La perfection n’existe pas. [Cela dit, aujourd’hui], les gens font preuve d’un bon jugement. Ils sont très humains », assure-t-elle au Devoir.

Le premier ministre François Legault dit approuver « des exceptions » à l’interdiction de visites dans les établissements de santé, notamment pour des proches aidants et des membres de la famille d’une personne en fin de vie. « Je ne priverai pas un enfant d’aller voir, pour la dernière fois, un de ses parents qui est en fin de vie », a-t-il déclaré lors d’un point de presse, lundi après-midi. « Il y a une question de jugement », a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement dit laisser de « la marge de manoeuvre » aux directions d’établissement afin d’évaluer chaque situation au « cas par cas ».