Le Collège des médecins veut que les «superinfirmières» pratiquent l’aide médicale à mourir

Les Québécois demandant l’aide médicale à mourir doivent obtenir l’avis favorable de deux médecins, en vertu de la Loi concernant les soins de fin de vie.
Photo: iStock Les Québécois demandant l’aide médicale à mourir doivent obtenir l’avis favorable de deux médecins, en vertu de la Loi concernant les soins de fin de vie.

Le Collège des médecins du Québec demande au gouvernement Legault de permettre aux infirmières praticiennes spécialisées — surnommées les « superinfirmières » — de pratiquer l’aide médicale à mourir.

Les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ont les « compétences professionnelles requises » pour « administrer le médicament » et donner « des avis concernant le respect des conditions » permettant à un patient d’obtenir l’aide médicale à mourir, dit Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins du Québec (CMQ).

Actuellement, les Québécois demandant l’aide médicale à mourir doivent obtenir l’avis favorable de deux médecins, en vertu de la Loi concernant les soins de fin de vie.

 

« Il y a deux semaines, on a proposé à la ministre [de la Santé Danielle McCann] de profiter du projet de loi 43 pour autoriser les infirmières praticiennes spécialisées d’administrer l’aide médicale à mourir », précise Dr Mauril Gaudreault.

S’il est adopté dans sa forme actuelle, le projet de loi 43 permettra aux quelque 550 IPS québécoises de diagnostiquer des maladies courantes (otite, sinusite, etc.) et chroniques (diabète, hypertension, etc.). Elles ne pourront toutefois pas offrir l’aide médicale à mourir.

L’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ) souhaite que ses membres aient un tel pouvoir. Elle l’a d’ailleurs signalé au gouvernement lors des consultations sur le projet de loi 43 en novembre dernier.

« C’est vraiment pour le bien du patient », dit la présidente de l’AIPSQ, Christine Laliberté. Les infirmières praticiennes spécialisées peuvent suivre sur de longues périodes un malade. Elles établissent alors une relation de confiance avec lui, explique-t-elle.

« C’est un peu de la continuité avec le patient, remarque Christine Laliberté. C’est une marque de reconnaissance mutuelle de pouvoir compléter le soin. »

Une compétence reconnue ailleurs au Canada

Dans les autres provinces canadiennes, les IPS peuvent offrir l’aide médicale à mourir. La loi fédérale, adoptée en 2016, permet d’ailleurs nommément aux « médecins » ou aux « infirmiers praticiens » d’administrer un tel soin.

« Il est temps qu’on donne aux IPS du Québec le même statut que dans le reste du Canada », pense Dr Alain Naud, un médecin de famille et de soins palliatifs au CHU de Québec, qui pratique l’aide médicale à mourir.

La loi fédérale exige que deux professionnels de la santé évaluent la demande. Elle n’exige toutefois pas que l’avis d’un IPS soit secondé par celui d’un médecin.

Pour Dr Naud, toutes les combinaisons devraient aussi être possibles au Québec. « Un médecin et un IPS ; deux médecins ; deux IPS ; un médecin, un IPS… Peu importe. Ça ne peut qu’améliorer l’accès. »

C’est un peu de la continuité avec le patient. C’est une marque de reconnaissance mutuelle de pouvoir compléter le soin.

 

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) planche sur ce dossier. « On est favorable à étudier la possibilité que ça se fasse, dit Joël Brodeur, infirmier et directeur du développement et du soutien professionnel à l’OIIQ. Mais c’est sûr qu’il y a des enjeux cliniques et juridiques. »

Il rappelle qu’actuellement, les infirmières praticiennes spécialisées ne peuvent toujours pas faire de diagnostic au Québec.

« Une IPS ne peut pas dresser un constat de décès, ajoute Joël Brodeur. Seul un médecin peut le faire. C’est inscrit dans le Code civil. C’est un peu paradoxal de procéder à l’aide médicale à mourir et qu’ensuite, l’IPS doit faire appel à un médecin pour évaluer l’efficacité [de celle-ci]. »

La Loi concernant les soins de fin de vie devra aussi être modifié, selon l’OIIQ. Il y est écrit que l’avis « d’un second médecin » est requis pour l’obtention de l’aide médicale à mourir. Les termes « infirmière praticienne spécialisée » n’y apparaissent pas.

Des obstacles, dit l’OIIQ, qui ne sont toutefois pas insurmontables. La Loi concernant les soins de fin de vie devra être « rouverte à moyen terme », croit Joël Brodeur.


Consultations
 

En septembre dernier, la Cour supérieure du Québec a statué que les critères de « fin de vie » de la loi québécoise et de mort naturelle « raisonnablement prévisible » du Code criminel fédéral étaient invalides.

À la suite de ce jugement, le gouvernement Legault a décidé de rendre inopérant ce critère de « fin de vie » à compter du 12 mars. Il mène depuis diverses consultations sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir, notamment dans un contexte d’inaptitude.

Au cabinet de la ministre de la Santé et des Services sociaux Danielle McCann, on se dit « ouvert » à ce que les infirmières praticiennes spécialisées puissent administrer l’aide médicale à mourir « éventuellement ». « Si on en arrive à devoir modifier la Loi concernant les soins de fin de vie, il y a une ouverture de notre part à inclure les IPS », ajoute-t-on.

Dr Alain Naud croit qu’il faut agir dès maintenant, dans le cadre du projet de loi 43 actuellement à l'étude en commission parlementaire. Le médecin est persuadé qu’« un jour », le Québec permettra aux personnes qui viennent de recevoir un diagnostic d’Alzheimer d’exprimer à l’avance leur souhait d’obtenir l’aide médicale à mourir quand elles ne seront plus aptes à consentir. « À ce moment-là, on aura besoin des IPS », conclut Dr Naud.


 
10 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 27 février 2020 00 h 30

    La première proposition intelligente du XXIe siècle.

    Rien à ajouter.

    JHS Baril

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 27 février 2020 07 h 13

    Et l'alzeimer...

    Une femme de 90 ans qui est au sommet de 'Alzeimer a droit à l'aide médicale à mourir. Cette femme a subi à l'age de 8 ans la polio e en vieillissant les effets reviennent. Il faudrait réfléchir sur ce cas et la décision presse.

    Chantale Lafond

  • Marcel Vachon - Abonné 27 février 2020 09 h 59

    Chu tané...

    "Chu tané" d'entendre et de lire "comme en Ontario". Pourquoi sommes nous au Québec encore et encore à la traine du ROC? Nos IPS sont moins compétantes? ... moins bien formées? ....moins je ne sais quoi? Le problème est au niveau des médecins qui se considères des Dieux indispensables et seuls capables de TOUT. Tout ce qui bouge autour d'eux est minable. Ils ont remplacé les curés d'une certaine époque. En tout cas, ils n'ont pas ma sympathie.

  • Marc Pilon - Inscrit 27 février 2020 10 h 13

    Passons aux autres la responsabilité

    Les medecins ont de la difficulté à permettre aux superinfirmieres de faire certains actes médicales. Par contre ils sont bien contents de transférer aux superinfirmieres les actes médicaux qui ne leur plaisent pas comme l aide médical a mourir.

    • Margot Savoie - Abonnée 27 février 2020 11 h 15

      Exactement.. j'espère que si elles prennent ces responsabilités elles vont négocier d'autres avantages et seront payés comme eux.

    • Jacques de Guise - Abonné 27 février 2020 14 h 21

      À M. M. Pilon,

      J’ai la même perception que vous, c’est comme une « petite vite » que les bons docteurs essaient de passer aux super-infirmières. Mais ce qui me rassure c’est qu’elles semblent disposées à accepter cette tâche de soin ultime et de grande humanité (et je les remercie sincèrement de bien vouloir prendre ce soin en charge). De toute façon, elles sont de toute évidence plus formées à effectuer ce soin, car de tout temps les infirmières se sont occupées des soins tandis que les bons docteurs se sont focalisés sur la maladie.

      Par ailleurs, quand on repense aux propos de la ministre de la Santé fédérale, rapportés par le Devoir du 25 février, qui disaient que les bons docteurs « ne sont pas à l’aise » avec cette pratique de soin, on comprend que leur argument moral invoqué n’est qu’un prétexte de façade pour se débarrasser de la « patate chaude », car quand on regarde leurs modalités de traitement en bureau et en clinique, on se rend vite compte qu’ils n’ont pas vraiment l’étoffe pour se charger d’une responsabilité si délicate et si humaine. Cette responsabilité exige que du temps y soit consacré, ce que les bons docteurs ne sont pas disposés à faire, car le temps c’est de l’argent!!!

  • Yvon Bureau - Abonné 27 février 2020 12 h 34

    Ouverture et encouragement

    Merci au CMQ! Bienvenue aux IPS!
    Le très important, c'est que le Md et ou l'IPS soit présent avant-pendant-après l'AMM.

    Bon de rappeler que tous les Ordres professionnels du Québec concernés ont pris cet engagement du Avant-pendant-après. À RAISON. Honneur à nos Ordres!
    Le Québec a rejeté l'article de la Loi-C-14 qui donne la possibilité «de prescrire ou de fournir une substance à une personne, à la demande de celle-ci, afin qu’elle se l’administre et cause ainsi sa mort ». J'interviendrai de toutes mes forces pour qu'Ottawa élimine cet article, même si infiniment peu utilisé dans le ROC. Une chance! Comment parler de protection, de contrôle et d'évaluation! Un jour, quelqu'un nous révèlera la provenance de cet article... En attendant, Ottawa devrait nous faire connaître combien de prescriptions ont été livrées et combien de personnes l'ont utilisée pour terminer leur vie, avant le 1 janvier 2020, dans le ROC.

    Une fois la mise à jour de C-14 votée, AVANT la fin de la Session, nous regarderons la possibilité pour l'ADULTE APTE avec maladies du cerveau, de placer dans ses Directives médicales anticipées sa demande d'aide médicale à mourir. Très d'accord avec le Md Naud. La société est très majoritairement en faveur de cela. Moi aussi.

    En attendant, j'espère+++ : la juge Baudouin n'acceptera pas la demande de délai d'Ottawa. Et si oui, pour un ou 2 mois, pas plus.