Les IPS rapporteront un demi-milliard aux médecins

Pour superviser et accueillir des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans leurs cliniques, les médecins empocheront plus d’un demi-milliard de dollars sur dix ans.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Pour superviser et accueillir des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans leurs cliniques, les médecins empocheront plus d’un demi-milliard de dollars sur dix ans.

Les médecins empocheront plus d’un demi-milliard de dollars sur dix ans, soit de 2017 à 2027, pour superviser et accueillir des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans leurs cliniques, révèle une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) qui sera dévoilée jeudi.

Ce montant découle de deux allocations versées aux médecins, l’une pour superviser le travail des IPS et l’autre pour couvrir les frais d’exploitation liés à leur présence dans les cabinets privés.

« En ce moment au Québec, on est en train de payer des médecins très cher pour surveiller les superinfirmières qui sont les mieux formées au Canada », signale en entrevue Anne Plourde, chercheuse à l’IRIS et auteure de l’étude Les nouveaux pouvoirs des « superinfirmières » sont-ils suffisants ?.

Selon les données rapportées par l’IRIS, un médecin en cabinet privé perçoit jusqu’à 2680 $ par mois pour superviser une IPS et obtient jusqu’à 2500 $ mensuellement pour éponger les frais d’exploitation liés à la présence d’une IPS dans sa clinique. Sur une base annuelle, c’est donc plus de 62 000 $ qu’un médecin peut recevoir pour chaque IPS.

Il s’agit d’une somme cinq fois plus élevée que ce que reçoivent les médecins en établissement public et d’un montant qui dépasse le salaire des IPS se trouvant dans les six premiers échelons salariaux, relève Anne Plourde.

Or, le Québec est l’une des seules provinces canadiennes où le travail des IPS est supervisé aussi étroitement par des médecins.

« Dans toutes les autres provinces, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard, il y a seulement une surveillance informelle, qui n’est pas associée à des incitatifs financiers pour les médecins, ou encore carrément aucune surveillance. Et pourtant, les superinfirmières des autres provinces ont une formation moins poussée que celles du Québec », souligne la chercheuse.

Quant à l’allocation versée pour les frais d’exploitation, elle n’est pas « justifiée », selon Anne Plourde, puisqu’elle « double d’autres subventions déjà versées pour les mêmes objectifs ».

« Dans les cabinets privés, les médecins reçoivent un paiement à l’acte qui est beaucoup plus élevé que celui versé aux médecins en établissement public justement pour couvrir les frais d’exploitation des cliniques, soutient Mme Plourde. En plus, dans les groupes de médecine de famille (GMF), ils reçoivent déjà des subventions destinées à accueillir des professionnels comme les superinfirmières. »

Former plus d’IPS

Selon les projections de l’IRIS, en abrogeant ces deux allocations, Québec pourrait générer des économies annuelles croissantes allant de 34,6 millions en 2020-2021 jusqu’à atteindre 93 millions en 2026-2027. Quelque 450 millions pourraient ainsi être épargnés entre 2020 et 2027.

« En plus de libérer des médecins qui gaspillent du temps à surveiller des superinfirmières qui sont déjà parfaitement compétentes et parfaitement bien formées pour les actes qu’elles posent, cette mesure permettrait d’épargner des sommes considérables qui pourraient être investies pour former davantage d’IPS », mentionne Anne Plourde.

En 2017, le Québec était la province canadienne ayant le moins d’IPS par habitant sur son territoire, soit 5 IPS pour 100 000 habitants. En comparaison, l’Ontario dénombrait 22 IPS pour 100 000 habitants la même année. Actuellement, quelque 500 IPS pratiquent au Québec.