L’OMS dénonce la mauvaise utilisation des antibiotiques

Découverts dans les années 1920, les antibiotiques ont sauvé des dizaines de millions de vies en luttant efficacement contre des maladies bactériologiques comme la pneumonie, la tuberculose et la méningite.
Photo: Jorge Dirkx Archives Belga/AFP Découverts dans les années 1920, les antibiotiques ont sauvé des dizaines de millions de vies en luttant efficacement contre des maladies bactériologiques comme la pneumonie, la tuberculose et la méningite.

L’Organisation mondiale de la Santé a mis en garde lundi contre la hausse dangereuse de la consommation d’antibiotiques dans certains pays, mais aussi de la sous-consommation dans d’autres régions, qui entraînent l’émergence de « superbactéries » mortelles.

Le rapport de l’OMS, qui se base sur des données de 2015 collectées dans 65 pays et régions, montre une différence importante de consommation, qui va de 4 doses définies journalières (DDJ) par 1000 habitants par jour au Burundi à plus de 64 en Mongolie.

« Ces différences indiquent que certains pays consomment probablement trop d’antibiotiques, alors que d’autres n’ont peut-être pas suffisamment accès à ces médicaments », a averti l’OMS dans un communiqué.

Découverts dans les années 1920, les antibiotiques ont sauvé des dizaines de millions de vies en luttant efficacement contre des maladies bactériologiques comme la pneumonie, la tuberculose et la méningite.

Mais au fil des décennies, les bactéries se sont modifiées pour résister à ces médicaments.

L’OMS a averti à de nombreuses reprises que le monde allait manquer d’antibiotiques efficaces et, l’an dernier, l’agence spécialisée de l’ONU a demandé aux États et aux grands groupes pharmaceutiques de créer une nouvelle génération de médicaments capables de lutter contre les « superbactéries » ultrarésistantes.

« La surconsommation et la sous-consommation d’antibiotiques sont les causes majeures de la résistance antimicrobienne », a souligné Suzanne Hill, chef de l’unité de médicaments essentiels à l’OMS, dans un communiqué.

« Sans des antibiotiques efficaces et d’autres antimicrobiens, nous allons perdre notre capacité à traiter des infections répandues comme la pneumonie », a-t-elle averti.

Des bactéries résistantes

Les bactéries peuvent devenir résistantes quand les patients utilisent des antibiotiques dont ils n’ont pas besoin, ou bien ne terminent pas leur traitement, donnant ainsi à la bactérie une chance de survivre et de développer une immunité.

Mais l’OMS s’inquiète aussi de la sous-consommation d’antibiotiques.

« La résistance peut survenir quand des malades ne peuvent pas se payer un traitement complet ou n’ont accès qu’à des médicaments frelatés ou de qualité inférieure », a relevé le rapport.

En Europe, la consommation moyenne d’antibiotiques approche les 18 DDJ pour 1000 habitants par jour, avec en tête la Turquie (38 DDJ), soit près de 5 fois plus que le dernier du classement, l’Azerbaïdjan (8 DDJ).

Toutefois, l’OMS reconnaît que son rapport est incomplet, car il n’inclut par exemple que quatre pays d’Afrique, trois du Proche-Orient et six de la région Asie-Pacifique.

Les grands absents de cette étude sont notamment les États-Unis, la Chine et l’Inde.

Depuis 2016, l’OMS aide 57 pays moyens et pauvres à collecter des données afin de créer un système standardisé de suivi de la consommation d’antibiotiques.

La pneumonie pourrait tuer 11 millions d’enfants d’ici 2030

La pneumonie tuera près de 10,8 millions d’enfants de moins de cinq ans d’ici 2030 si les tendances actuelles se poursuivent, ont averti des experts lundi à l’occasion de la journée mondiale consacrée à cette infection des poumons.

 

Sur ce total, 1,7 million pourrait avoir lieu dans seulement deux pays, le Nigeria et l’Inde, selon les projections réalisées par l’université américaine Johns-Hopkins et l’ONG Save the Children.

 

700 000 enfants pourraient mourir de cette maladie au Pakistan et 635 000 en République démocratique du Congo, ajoutent-ils.

 

La pneumonie est une infection respiratoire aiguë affectant les poumons. Selon l’OMS, c’est la première cause infectieuse de mortalité chez l’enfant et elle « cause 15 % du nombre total de décès d’enfants de moins de 5 ans ».

 

L’OMS estime que 922 000 enfants de moins de 5 ans sont morts de pneumonie en 2015 dans le monde.

 

La pneumonie peut être provoquée par des virus, des bactéries ou des champignons.

 

« La prévention est possible grâce à la vaccination, un état nutritionnel satisfaisant et une amélioration des facteurs environnementaux », souligne l’OMS.

 

Selon l’étude publiée lundi, 4,1 millions d’enfants pourraient être sauvés en mettant en œuvre un ensemble de mesures : augmenter la couverture vaccinale mondiale, assurer un accès aux antibiotiques et améliorer l’alimentation des enfants menacés.