Mystérieuse éclosion d’un parasite tropical au Nunavik

Le surpeuplement des habitations, les mauvaises conditions d’hygiène ainsi que l’insécurité alimentaire ont exacerbé cette vague d’infections.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Le surpeuplement des habitations, les mauvaises conditions d’hygiène ainsi que l’insécurité alimentaire ont exacerbé cette vague d’infections.

Un parasite commun dans les zones tropicales susceptible d’entraîner des retards de croissance et des séquelles chez les jeunes enfants a fait une mystérieuse éclosion dans le Grand Nord québécois en 2013 et 2014, révèle une étude réalisée par une équipe de chercheurs canadiens.

Dans une recherche publiée récemment dans la revue PLoS, une équipe de chercheurs de l’université McGill et de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) documente la première éclosion d’infections dans l’arctique québécois de cette espèce de parasite intestinal, normalement présent dans les pays tropicaux.

La présence du Cryptosporidium hominis, qui entraîne des diarrhées moyennes à sévères, suscite l’inquiétude puisque cette espèce du parasite, spécifique à l’homme, peut entraîner des séquelles à long terme, dont des retards dans le développement et la croissance du cerveau ainsi que des problèmes cognitifs.

« Nous sommes préoccupés parce que, dans les pays en développement, il est connu que les infections répétées au C. hominis peuvent entraîner des retards de croissance et des difficultés à l’école pour les enfants. Dans les éclosions survenues au Nunavik, ce sont les enfants inuits de moins de 5 ans qui ont été le plus touchés », soutient le Dr Cédric Yansouni, coauteur de l’étude et directeur associé au centre des maladies tropicales du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

La première éclosion d’infections est d’abord apparue dans un village de la baie d’Hudson, puis s’est répandue aux autres villages inuits de la région entre avril et septembre 2013. Une deuxième éclosion a fait son apparition au printemps 2014 dans le secteur de la baie d’Ungava. La présence du parasite a été confirmée chez 51 des 284 malades testés, qui vivent dans 10 des 14 villages du Nunavik. Plusieurs patients ont dû être hospitalisés.

Source inconnue

Si la source de l’éclosion demeure inconnue, on sait que la transmission de cette espèce du Cryptosporidium se fait de l’humain à l’homme, par le contact avec les selles infectées. « Il s’agit d’une contamination fécale-orale, qui se transmet souvent des mains à la bouche. Cela arrive notamment lors des changements de couche dans les garderies. La contamination par l’eau a été exclue, donc on ignore toujours quelle est la source de la première contamination », a expliqué jeudi Karine Thivierge, responsable du secteur parasitologie au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ).

Le surpeuplement des habitations, les mauvaises conditions d’hygiène ainsi que l’insécurité alimentaire ont exacerbé cette vague d’infections. Il a fallu plusieurs mois et des tests génétiques pour confirmer l’agent infectieux responsable de ces éclosions.

Si elle n’est pas traitée, l’infection au C. hominis peut durer plusieurs semaines et être fatale chez les tout-petits et les personnes immuno-supprimées souffrant de cancer ou atteintes du VIH. Les tests habituels ne détectent pas le parasite, ce qui rend le diagnostic difficile.

Au Canada, contrairement aux États-Unis et aux autres pays où l’infection est plus fréquente, le traitement contre le C. hominis n’est accessible que par le biais d’un programme spécial. « Pour l’instant, affirme Karine Thivierge, des mesures ont été prises pour améliorer la capacité des gens là-bas à détecter plus rapidement ce parasite. »