Une deuxième vague de licenciements guette Sainte-Justine

La situation est déjà «critique» dans l’hôpital pour enfants.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La situation est déjà «critique» dans l’hôpital pour enfants.

Les psychologues du CHU Sainte-Justine sonnent l’alarme. Ils craignent une « deuxième vague » de licenciements dans l’équipe d’intervenants psychosociaux à pied d’oeuvre auprès d’enfants et de leur famille, une hypothèse que la direction ne dément pas.

La situation est déjà « critique » dans l’hôpital pour enfants, soulignent les psychologues membres de la section locale du Syndicat des technicien-nes et professionnel-les de la santé et des services sociaux du Québec (STEPSSSQ/FP-CSN) dans la foulée de l’envoi d’un avis de mise à pied à dix de leurs collègues suppléants il y a près de dix jours. « Nos patients, en proie à leurs propres batailles, n’ont souvent plus l’énergie de décrier le manque de services actuel. C’est par urgence d’agir pour leur bien-être que nous nous manifestons aujourd’hui afin de dénoncer haut et fort l’impact de cette situation sur l’ensemble de la société », écrivent-ils dans une lettre adressée au ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, dont Le Devoir a obtenu copie.

La directrice des Ressources humaines du CHU Sainte-Justine, Denise Bélanger, ne ferme pas la porte à l’émission de nouveaux « avis de fin de remplacement » à des membres du personnel temporaire au cours des prochaines semaines. « Je suis obligée de vous dire que ça pourrait arriver », a-t-elle affirmé dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. La direction est décidée à atteindre l’équilibre budgétaire, malgré une compression budgétaire de 8,6 millions de dollars cette annéeen sus de celle de 21 millions exigée dans les dernières années. « À cette étape-ci, on a réussi à respecter notre engagement auprès des employés de ne pas faire de licenciements. Par ailleurs, on est rendus à regarder des situations de fin de remplacement de nos équipes de rappel », a expliqué Mme Bélanger, précisant du même souffle que quatre intervenants psychosociaux ayant reçu un avis de mise à pied la semaine dernière demeureront employés par le CHU Sainte-Justine. Ils verront toutefois leurs heures de travail tirées vers le bas.

« Bobos invisibles »

Les psychologues du CHU Sainte-Justine s’inquiètent des contrecoups de l’« exercice particulier de révision du personnel professionnel » — expression utilisée par l’équipe de gestion du centre hospitalier — sur « l’avenir des services psychosociaux offerts à la population pédiatrique québécoise ». Les soins psychologiques pâtissent au premier chef des coupes budgétaires dans le réseau de la santé et des services sociaux, indiquent-ils, soupçonnant le gouvernement libéral de privatiser les services psychosociaux sous le couvert de l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

« En santé physique, lorsqu’une infection n’est pas traitée, la situation s’aggrave petit à petit, jusqu’à ce que les tissus se dégradent, jusqu’à ce que la douleur s’installe, lentement, mais sournoisement. […] En santé mentale, le même sort est réservé aux enfants présentant des “bobos invisibles” qu’on laisse à eux-mêmes. Ils se développent dans la douleur psychologique, avec laquelle ils cherchent à composer et qu’ils tentent de compenser. Néanmoins, cette douleur les rattrape toujours, croît au fil du temps, jusqu’à affecter significativement leur développement », soulignent-ils à gros traits.

Les décideurs politiques et administratifs accordent autant d’importance à la « santé mentale » qu’à la « santé physique », insiste de son côté le ministre Gaétan Barrette. Prétendre le contraire, « c’estn’importe quoi. Vraiment, c’est n’importe quoi ! a-t-il fait valoir à la sortie du Conseil des ministres mercredi après-midi. Il n’y a pas de hiérarchisation des soins entre la santé mentale et la santé physique. Ça n’existe pas. Il y a une “priorisation” de certains soins — c’est sûr, les soins les plus urgents sont donnés [plus rapidement] parce qu’ils sont urgents —, mais il n’y a certainement pas de hiérarchisation », a-t-il conclu.

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 17 décembre 2015 10 h 52

    Il n'y a qu'une solution

    C'est de mettre à la porte ce gouvernement de comptables.

    Rien ne sert de discuter du bien fondé des services à sainte Justine ça tombe sous le sens. Et si ces gens qui nous gouvernent ne comprennent rien, ça veut dire que c'est le temps de se séparer n'est-ce pas?

    Dehors les incompétents libéraux. Dehors!