Réseau de la santé: l’abolition d’une prime pourrait aggraver la pénurie de psychologues

Le manque de psychologues dans le réseau aurait des impacts sur les services publics. En CLSC, le délai d’attente pour obtenir une consultation oscille entre quatre et huit mois. 
Photo: Odilon Dimier Photick Le manque de psychologues dans le réseau aurait des impacts sur les services publics. En CLSC, le délai d’attente pour obtenir une consultation oscille entre quatre et huit mois. 

Il faut déjà des mois pour obtenir un rendez-vous auprès d’un psychologue dans un hôpital, un CLSC ou un centre jeunesse. Or, l’abolition annoncée, dès avril, d’une prime de rétention instaurée il y a trois ans pour enrayer une pénurie de psychologues dans le réseau de la santé pourrait venir aggraver le problème.

C’est du moins ce que prétend l’Association des psychologues du Québec (APQ), qui affirme que plusieurs Centres de santé et de services sociaux ont déjà annoncé à leurs psychologues l’abolition de la prime consentie à compter du 1er avril.

« L’évaluation de la mesure n’a pas été complétée et nous n’avons même pas reçu de réponse du ministère quant à ses intentions », a déploré mardi Charles Roy, président de l’APQ.

Le ministère de la Santé avait négocié l’introduction d’une prime de 9,6 % en 2011 avec l’Association des psychologues du Québec, après en être venu à la conclusion que 20 % des postes resteraient vacants en 2015-2016 si rien n’était fait pour stopper la désaffection de ces professionnels.

Le salaire versé dans le réseau de la santé aux 2435 psychologues à l’embauche des hôpitaux, des CLSC, des centres d’hébergement, de réadaptation et de crise, et des centres jeunesse oscille autour de 44 $ l’heure, soit 75 000 $ par année à l'échelon maximum. Or, en consultation privée, les tarifs réclamés atteignent 100 $ l’heure, poussant plusieurs psychologues à se tourner vers ce type de pratique.

« Dans le contexte actuel, plusieurs personnes qui ont fait des études doctorales préfèrent se tourner vers la consultation privée », constate le président de l’APQ. Sans tout régler, la prime aurait ralenti l’hémorragie, ajoute ce dernier. L’APQ estime qu’il revient au ministère, et non aux CSSS, d’évaluer l’impact de la mesure et de décider de son sort. Mardi, le ministère n’a pu fournir de détails sur ses intentions à ce sujet.

Quatre à huit mois d’attente

Selon Charles Roy, le manque de psychologues dans le réseau a des impacts sur les services publics. En CLSC, le délai d’attente pour obtenir une consultation oscille entre quatre et huit mois. « Si les problèmes ne sont pas traités dans des délais raisonnables, les gens reviennent et on voit s’installer le phénomène des portes tournantes », déplore M. Roy.

L’APQ affirme que les contraintes administratives et la réforme Barrette (projet de loi 10) annoncée dans le réseau de la santé ne feront qu’aggraver le problème. « On sent déjà une pression pour raccourcir la durée du suivi de nos patients et pour atteindre un quota de 75 patients par année, dit-il. La réforme ne va qu’accentuer tout ça. »


Cet article a été modifié après sa parution.