Les jeunes femmes davantage à risque d’infarctus indolores

La crise cardiaque frappe parfois discrètement, sans que se manifeste la caractéristique douleur thoracique. Or, une étude canadienne révèle que ces infarctus indolores sont plus fréquents chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes. En publiant cette observation dans le journal JAMA Internal Medicine, les chercheurs désirent alerter les professionnels en soins d’urgence et les personnes à risque d’infarctus, car l’absence de cet important symptôme empêche parfois de diagnostiquer rapidement un infarctus du myocarde, et ce, tout particulièrement chez les jeunes femmes, qui sont beaucoup plus rarement victimes d’infarctus avant l’âge de 55 ans.

 

L’étude menée par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique et de l’Université McGill auprès de 1000 individus (hommes et femmes) âgés de moins de 55 ans ayant souffert d’un infarctus du myocarde a montré que les femmes étaient plus nombreuses que les hommes à ne pas avoir éprouvé la typique douleur thoracique : 19 % des femmes - soit une femme sur 5 - contre 14 % des hommes. Et « l’absence de ce symptôme est encore plus fréquente chez les femmes âgées », précise la Dre Louise Pilote, directrice du service de médecine interne au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et principale auteure de l’étude. Les résultats ont également confirmé que les infarctus indolores n’étaient pas moins graves que ceux s’accompagnant de cette douleur thoracique qui prend généralement naissance au milieu de la poitrine sous forme d’une sensation de pression se propageant vers la mâchoire et les bras, surtout du côté gauche.

 

La Dre Pilote souligne que « plus on diagnostique tôt un infarctus du myocarde, plus on peut agir rapidement et ainsi freiner la nécrose du muscle cardiaque, ou du moins réduire son ampleur ». D’où l’importance de porter attention aux autres symptômes qui sont fréquemment associés à l’infarctus du myocarde, soit un essoufflement aigu, une faiblesse générale, des bouffées de chaleur alternant avec des sueurs froides et une douleur à l’épaule et au bras gauches. « Les personnes qui présentent ces symptômes doivent se rendre immédiatement à l’urgence, y compris les jeunes femmes que l’on soupçonne souvent moins d’être à risque de souffrir d’un infarctus du myocarde, mais qui, en raison de facteurs de risque, tels que le tabagisme, l’obésité, l’hypertension et le diabète, peuvent très bien en être victimes », recommande la Dre Pilote.

 

Étant donné que l’étude a également montré que les personnes ayant subi un infarctus sans douleur thoracique présentaient souvent un moins grand nombre de symptômes associés, la médecin conseille aux jeunes femmes qui éprouvent « tout symptôme aigu, intense et inhabituelde se présenter à l’hôpital, et ce, surtout si elles présentent des facteurs de risque ».

 

La douleur thoracique qui survient pendant la crise cardiaque témoigne de la souffrance du coeur qui soudainement ne reçoit plus l’oxygène dont il a besoin en raison du blocage d’un vaisseau sanguin qui lui apportait normalement un sang oxygéné. Comment explique-t-on alors le fait que certaines personnes ne ressentent pas de douleur alors que leur muscle cardiaque souffre tout autant de sous-oxygénation ? « Des études antérieures ont montré que les patients qui étaient atteints de diabète, une maladie qui affecte les nerfs, étaient plus nombreux à ne pas avoir ressenti de douleur lors de leur infarctus. Mais dans notre étude, le diabète n’explique pas la différence entre les hommes et les femmes, indique la Dre Pilote. Cela s’explique peut-être par le fait que les femmes ont un seuil de sensibilité à la douleur qui est différent de celui des hommes. Mais ce n’est qu’une hypothèse, nous n’avons pas encore de véritable explication. »