Frais accessoires - Les médecins spécialistes gagnent une première bataille

Le Dr Gaétan Barrette<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le Dr Gaétan Barrette
Comme le révélait Le Devoir ce matin, l'accord rétablira la gratuité pour tous les patients souffrant de dégénérescence maculaire. Ceux-ci n'auront donc plus à payer des frais exorbitants allant jusqu'à 230 $ par mois pour les gouttes préparatoires nécessaires à l'administration de leur Lucentis, gouttes qui ne valent en réalité pas plus de 10 à 15 $. Ces frais exorbitants avaient déjà fait l'objet de plusieurs dénonciations au cours des derniers mois, le ministre Bolduc les ayant lui-même qualifiés d'«excessifs et abusifs».

En février dernier, Yves Bolduc s'était engagé à ramener le traitement à l'hôpital mais il s'était buté à de nombreux obstacles, les établissements n'ayant ni l'infrastructure ni les ressources nécessaires pour le faire aussi rapidement. Cette nouvelle entente leur donnera le temps nécessaire pour tout mettre en place, a estimé le ministre. «En rendant disponible la totalité de ces services dans le réseau public, nous assurons la gratuité du traitement à toutes les personnes qui en ont besoin pour stabiliser leur état».

Pour le président de la FMSQ, le geste est important puisqu'il viendra protéger une offre publique délaissée sciemment par Québec. «Les patients ne seront plus pris en otage parce que le gouvernement ne veut pas dépenser, et les médecins ne seront plus pris en otage puisqu'ils pourront offrir le service en cabinet comme à l'hôpital, avec le financement requis. C'est ce que nous demandions depuis le début», résume le Dr Gaétan Barrette.

Concrètement, l'entente prévoit que l'administration du Lucentis sera couverte par la Régie de l'assurance maladie pendant un an dans tous les cabinets privés. En plus des 175 $ déjà prévus pour l'acte médical, l'ophtalmologiste recevra 115 $ pour couvrir les frais techniques reliés notamment à l'utilisation d'un tomographe. Ce laps de temps devrait être suffisant pour permettre au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) de jeter les bases d'une offre publique solide dans les hôpitaux. Lorsque ce sera fait, il désassurera l'acte en cabinet privé comme il l'a fait pour les échographies.

L'arrangement  — qui survient quelques jours à peine après le dépôt d'une requête en recours collectif au nom des patients lésés dans ce dossier — a déjà reçu l'assentiment de l'Association des médecins ophtalmologistes du Québec. Mais pour la FMSQ, la bataille est loin d'être terminée puisque cet accord ne règle en rien l'épineuse question des frais accessoires qui peuvent être exigés dans les cabinets privés.

Au cours des dernières années, une foule d'actes médicaux ont en effet été transférés des hôpitaux aux cabinets sans que les tarifs soient revus en conséquence. D'autres affaires, similaires à celle du Lucentis, risquent donc fort de rebondir dans la sphère publique, prévoit d'ores et déjà le Dr Barrette. «Je l'ai dit au gouvernement. Vous réglez un problème, mais vous savez qu'il y aura d'autres Lucentis, et tout sera à recommencer.»

Il faut dire que la population est déjà très sensible à la surfacturation illégale qui a pris une ampleur inégalée ces dernières années. La Régie de l'assurance maladie du Québec mène présentement onze enquêtes de front liées à la surfacturation illégale, du jamais vu. Il ne faudrait donc pas s'étonner que d'autres mouvements s'organisent, croit le Dr Barrette. «À la limite, le message qui est envoyé à la population, c'est: "poursuivez, comme ça on va régler le problème". Je vous rappellerai qu'il a fallu une poursuite et un ultimatum de notre part pour que, bang, ce soit réglé.»

Présentement, un médecin en cabinet ne peut facturer que trois catégories de dépenses dites accessoires: des médicaments, des anesthésiants ou des pansements. Les médecins spécialistes jugent cette liste insuffisante et réclament une mise à jour qui prenne en compte les nouvelles procédures et technologies. C'était aussi l'une des conclusions du rapport Chicoine déposé en 2007, rapport dont le gouvernement Charest a choisi de ne pas tenir compte jusqu'ici.

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Texte mis à jour mardi 24 mai en fin d'après-midi.
11 commentaires
  • Mario Plourde - Inscrit 24 mai 2011 01 h 54

    le Québécois moyen gagne 40 000 piastres

    Salaire annuel moyen d'un médecin spécialiste Au Québec: 233 000$

    Les écarts considérables entre les spécialités sont sans doute un facteur, mais sur les 15 700 environ 270 font plus de 500 000$ par an. Certains spécialistes en oncologie font plus de 840 000$ par an.


    Oui, on ne veut pas faire faillite pour sa santé, oui il faut une universalité de la santé, oui le gouvernement doit couvrir l'évolution des frais. Cependant, le gouvernement va-t-il s'assurer de l'usage du générique le moins cher ? Une approche globale des coûts implique-t-elle une prise de conscience de la population que les spécialistes sont peut-être trop payés. Se comparer aux É.-U. plutôt qu'à la Georgie est un choix, mais un choix qui implique des coupures dans d'autres services.

  • Pierre Cossette - Inscrit 24 mai 2011 03 h 26

    L'opulent personnage persiste et singe ...

    signe devrais-je dire. Je me rappelle étant petit gars lorsqu'on employait l'expression singer quelqu'un signifiait, le niaiser, l'accâbler, le harceler, le ridiculiser. Notre chef des spécialistes joue bien son rôle, à plus de 500,000$ par année on en a pas encore assez mais on ne veut pas du moins que le public voie les frais prohibitifs que ce système de santé génère. Frais de visite 175$, frais d'utilisation d'un tomographe 115$, gouttes à 230$ non couvertes par le système, mais nous prend-t-on pour des valises. Ce sont des tarifs absolument démoniaques. Les pharmaceutiques sont des Draculas de la santé des québécois, nos ministres de la santé successifs iront bien peinards y terminer leur carrière active avec tous les avantages que leur ineptie aura généré de profits pour maintenir une expertise qui nous siphonnera les deniers publics. J'espère que vos frais de représentation au restaurant incluent du Dom Pérignon agrémenté d'un soupçon de caviar.

  • Jean Peupu - Inscrit 24 mai 2011 07 h 19

    la gamique de la gratuité

    les ophtalmos et autre spécialistes ont trouve une façon de faire de l argent on fait chanter le gouvernement on dit si tu paie pas on le charge aux clients .et la la facture monte facilement premièrement on prend la carte d assurance maladie ensuite 45 dollars pour ouvrir un dossier puis se sont les examens meme si ceux ci viennent d etre fait par un autre spécialiste et ce a différents prix et lorsque c est termine on prend soin de nous faire revenir pour vérifier le tout en nous chargeant encore avec la carte d assurance et des frais qui varie de 20 a 60 dollars et on appelle cela la gratuité faites moi rire quand on dit que ce ministère craque de partout et qu il n y a pas de volonté de régler le problème a la source

  • Marco - Inscrit 24 mai 2011 07 h 22

    Échec à la main blanche!!

    Au train où vont les choses la presque totalité du budget en santé ne servira, dans un avenir prochain, qu'à payer les salaires faramineux de ces bandits en sarrau blanc qui prennent la santé d'une population vieillissante en otage.. Ces médecins spécialistes du vol organisé et du chantage éhonté se sauvent littéralement avec la caisse.... Tout ça avec la complicité de nos élus!!...

  • Claude Kamps - Inscrit 24 mai 2011 08 h 26

    Un simple ticket modérateur

    désengorgerait pas mal les salle d'attente de ceux qui viennent y passer du temps pour un mal bénin que nos grands mères soignait elle même....