Tarification des procédures médicales - Les médecins et la population «sont pris en otage», estime Barrette

Facturer 200 $ pour des gouttes oculaires qui n'en valent qu'une quinzaine n'est «pas abusif», a affirmé hier le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). C'est la seule porte de sortie des médecins qui, comme la population, «sont pris en otage» par un gouvernement qui «se met la tête dans le sable» en refusant de revoir la tarification des procédures médicales transférées des hôpitaux aux cabinets.

En point de presse, le Dr Gaétan Barrette a accusé le ministère de la Santé d'entretenir sciemment le flou autour de cette question et de propager des inexactitudes en affirmant qu'une partie de la majoration de 35 % prévue pour certains actes posés en cabinet sert à financer de nouveaux équipements. «C'est faux. Il n'y a pas de composante technique, ça couvre seulement les frais d'exploitation comme la location du local ou le salaire de la secrétaire.»

Or, la médecine et la technologie ont beaucoup évolué depuis l'instauration du régime public, il y a 40 ans, et beaucoup d'actes médicaux ont été transférés de l'hôpital au cabinet. Cela s'est fait sans que les tarifs soient revus en conséquence, dénonce la FMSQ. Celle-ci réclame donc la mise sur pied d'un comité tripartite qui aura pour tâche de déterminer le prix des procédures pouvant être offertes en cabinet, comme le suggérait le rapport Chicoine en 2007.

Présentement, un médecin ne peut facturer que trois catégories de dépenses dites accessoires: des médicaments, des anesthésiants ou des pansements. C'est insuffisant, dénonce le Dr Barrette. «Il est temps que la notion de frais accessoires soit élargie pour inclure les nouvelles procédures et technologies. Pensons au Lucentis qui nécessite une tomographie de l'oeil, cela n'est prévu nulle part en ce moment.»

Pour contourner le problème, les ophtalmologistes en cabinet facturent 200 $ pour des gouttes préparatoires de moins de 15 $ afin d'éponger une partie des 90 000 $ déboursés pour l'achat d'un tomographe, explique le Dr Barrette. «Les ophtalmologistes ne facturent pas de façon abusive, ils utilisent la seule chose qui leur est permise par la loi.»

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, n'est pas de cet avis. Il a jugé ces «frais excessifs et abusifs» et annoncé son intention de ramener l'injection du Lucentis à l'hôpital, où la procédure est gratuite. Un virage qui n'est toujours pas appliqué. Non seulement «ça ne marche pas», mais ça ne règle en rien le problème des frais accessoires, répond le Dr Barrette.

Les patients ont raison de se plaindre, poursuit-il. «La population — comme les médecins! — est prise en otage par un système qui est celui d'un gouvernement qui refuse de payer pour certains actes médicaux. La source du problème, elle est au ministère, tout comme la solution.» Deux choix s'offrent à lui: soit il paie la procédure, soit il permet au médecin de la facturer.

Québec affirme avoir entrepris une réflexion à ce sujet, de concert avec les fédérations et le Collège des médecins. La Régie de l'assurance maladie du Québec a quant à elle produit un rapport sur les frais accessoires dont le contenu n'a pas été rendu public.