Surfacturation:des patients s'organisent

Las de crier dans le désert, des patients forcés de payer le prix fort pour obtenir leur traitement contre la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) s'organisent. Samedi, lors d'une assemblée publique à Québec, ceux-ci mettront le point final à une stratégie qui compte désormais un recours collectif et un renvoi au Bureau de la concurrence. Un combat contre la surfacturation que le ministre de la Santé, Yves Bolduc, examine depuis plusieurs mois sans se prononcer.

L'affaire a pourtant été maintes fois décriée sur la place publique comme à l'Assemblée nationale. Au centre de la controverse, le Lucentis — un médicament couvert par le régime public qui permet d'arrêter la perte de vision, mais que certains hôpitaux refusent de donner en raison de son prix élevé qui gruge leurs budgets serrés (1575 $ pour 0,23 ml). Les patients sont donc contraints d'aller au privé, où ils doivent assumer des frais accessoires que le ministre Bolduc a lui-même qualifiés de «déraisonnables» et «excessifs».

Le manège mis au jour l'automne dernier par Le Soleil a permis à des cliniques privées d'exiger des frais allant jusqu'à 230 $ par mois pour des gouttes ophtalmiques préparatoires à l'injection du Lucentis. «On a fait faire une évaluation qui a permis de conclure que les gouttes dont il est question ici ne coûtent qu'une dizaine de dollars, raconte le porte-parole des patients, André Lavoie. Le Dr [Jean-Daniel] Arbour [de l'Association des médecins ophtalmologistes] l'a lui-même reconnu: ces gouttes coûtent un prix dérisoire.»

Or la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) octroie déjà 175 $ aux ophtalmologistes pour faire l'injection en clinique privée. La loi leur permet aussi d'exiger des frais compensatoires des patients pour les gouttes préparatoires, mais rien pour les immobilisations et équipements requis. D'où le gonflement artificiel des prix. Sommés de s'expliquer, les ophtalmologistes ont convenu depuis d'abaisser leur prix à 125 $. Mais impossible d'aller plus bas. Si Québec veut maintenir la gratuité, il devra prévoir un tarif technique qui prendra en compte les coûts réels.

Québec n'entend pas aller dans cette voie pour l'instant, précise-t-on au cabinet du ministre Bolduc. Ce dernier entend plutôt poursuivre sa réflexion sur les frais accessoires, explique son attachée de presse, Karine Rivard. «Des discussions doivent avoir lieu avec les intervenants concernés, tels que les fédérations de médecins et le Collège des médecins.» Le ministre souhaite par ailleurs bouger «le plus rapidement possible» dans ce dossier.

La RAMQ impuissante

À la RAMQ, on affirme ne rien pouvoir faire pour mettre un terme à cette surfacturation. «L'entente intervenue entre les médecins spécialistes et le ministère précise qu'il est tout à fait légal de demander des frais pour compenser l'utilisation d'un médicament ou d'un agent anesthésiant», explique son porte-parole, Marc Lortie. Quant à savoir s'il est éthique de demander autant pour un médicament qui ne coûte presque rien, c'est une autre histoire.

L'entente qui lie Québec aux spécialistes ne prévoit aucun montant fixe. Il y est seulement précisé que ces frais doivent demeurer «raisonnables». Pour André Lavoie, nul doute que le cas présent contrevient à l'esprit de l'entente. «Les hôpitaux se sont déresponsabilisés, ils ont tout balayé dans la cour du privé, qui dispose à sa guise d'un marché captif. [...] Pendant ce temps-là, la RAMQ se désiste et le ministre ne fait rien.»

Selon André Lavoie, il est clair qu'il y a une entente tacite entre les hôpitaux, les ophtalmologistes et le ministère. «On a demandé à la Protectrice [du citoyen] d'intervenir.» Celle-ci a jugé les allégations des patients suffisamment «préoccupantes» pour justifier l'ouverture d'une enquête.
5 commentaires
  • SONIA KUBRYK - Inscrit 3 février 2011 06 h 18

    SURFACTURATION DES PATIENTS

    PATIENTS DU MONDE ENTIER UNISSEZ VOUS !!
    nous avons la chance d'avoir une prise en charge en France. Cependant le problème reste le même pour tous. Être dépisté très top car prévoir c'est c'est une grande chance pour éviter la malvoyance profonde et la cécité. Notre association est nationale avec nos cousins nous pourrions peut être nous unir pour la bonne cause !!
    Sonia KUBRYK
    Présidente Association OPHTABUS
    15 Rue Vicairie 22000 SAINT BRIEUC (France)
    WWW.OPHTABUS.FR

  • Gérard St-Denis - Inscrit 3 février 2011 09 h 06

    Intéressant

    Mon ami (e)) sera intéressé (e) de lire ce texte.

  • Franfeluche - Abonné 3 février 2011 09 h 06

    Vive la privatisation !

    À ceux qui prônent une privatisation accrue de nos services de santé pour répondre aux besoins croissants dans ce domaine, devraient y réfléchir deux fois avant d'en vanter les mérites. Dans une rhétorique de marchandisation de la santé, il ne faut pas s'étonner que la recherche maximale du profit et non le bien commun soit au rendez-vous. Nous en avons ici un exemple concret.

  • Sanzalure - Inscrit 3 février 2011 10 h 28

    Encore les pharmaceutiques

    Ils prétendent oeuvrer pour le bien de l'humanité, mais en fait ils s'occupent surtout des intérêts de leurs actionnaires. Leurs marges de profit sont malades...

    Serge Grenier

  • Marcel Bernier - Inscrit 3 février 2011 11 h 40

    Complètement odieux...

    Cette marchandisation de la santé nous démontre que ceux qui nous gouvernent vivent dans un autre monde que le citoyen ordinaire.