Santé - La dépression fait l'objet d'une deuxième campagne de lutte contre les préjugés

Yves Bolduc, le ministre québécois de la Santé et des services sociaux
Photo: Jacques Grenier Yves Bolduc, le ministre québécois de la Santé et des services sociaux

«La dépression menace dix personnes sur dix.» Au coeur de la deuxième phase de la campagne de sensibilisation sur la santé mentale lancée hier par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, ce slogan percutant vise à mener la lutte contre la stigmatisation sous un nouvel angle: personne n'est à l'abri de la dépression.

Lancée l'an dernier presque à pareille date, la première phase de cette campagne d'élimination des préjugés, l'un des éléments clés du Plan d'action en santé mentale 2005-2010, visait quant à elle à rappeler que la dépression était une maladie au même titre que le diabète ou le cancer. En revenant à la charge avec un second volet de sa campagne, le ministère veut démontrer qu'il ne dépose pas les armes.

«Les expériences passées ont démontré que ça ne suffit pas de faire une campagne de publicité pour dire d'attacher la ceinture de sécurité, par exemple, il faut revenir régulièrement à la charge», a expliqué le Dr André Delorme, directeur de la santé mentale au ministère. Pourquoi insister sur ce problème précis de santé mentale? «Si on veut avoir un impact et réduire les préjugés, on ne peut pas parler de tout en même temps, de la schizophrénie, des manies, de la toxicomanie. Il faut cibler. Et la dépression est la première maladie avec laquelle il faut aborder le problème parce qu'elle est plus répandue et que beaucoup de gens l'ont vécue de près ou de loin.» Le Dr Delorme rappelle qu'une personne sur cinq pourrait être touchée par la dépression au cours de sa vie.

La campagne de publicité, qui se déploiera cet automne et cet hiver à la télévision, à la radio, sur Internet et par affichage, a été élaborée à la suite de consultations auprès de personnes qui ont été victimes de préjugés. Elle vise à briser les tabous et à amener les gens atteints de dépression à consulter. «Nombre de personnes ne demandent pas d'aide parce qu'elles reçoivent le message: "tu es paresseux". Or, ces gens-là ne sont pas responsables. Ça peut arriver à tout le monde!», tient à souligner André Delorme.

SOS soins de première ligne

Lutter contre les préjugés est certes primordial pour amener les personnes atteintes d'une maladie mentale à consulter, croit Jean-Rémy Provost, directeur général de Revivre, une association québécoise de soutien aux personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou bipolaires. Mais encore faut-il qu'il y ait des ressources pour les recevoir et les orienter au bon endroit dans le système de santé, poursuit-il. «On le voit, les gens qui nous appellent sont pris dans un tourbillon. Ils ne savent pas où aller. Cette idée d'avoir une équipe de soin de première ligne en santé mentale est la plus intéressante», soutient M. Provost. «Mais actuellement, il manque cruellement d'omnipraticiens qui veulent travailler en santé mentale. Les gens nous appellent et nous disent qu'ils n'ont pas de médecins. Parfois, ça peut nous prendre une heure pour faire des téléphones et savoir où référer ces personnes-là. Imaginez si elles doivent elles-mêmes le faire», a-t-il ajouté.

Le directeur de la santé mentale, André Delorme, a indiqué que le ministère travaillait à la mise sur pied d'équipes de services de première ligne en santé mentale partout au Québec mais qu'à Montréal, celles-ci étaient encore en chantier. «Notre but est de compléter le plus vite possible ces équipes. On est en train d'embaucher des gens», a-t-il souligné. Le ministre Yves Bolduc a pour sa part rappelé que, depuis cinq ans, le ministère a augmenté de 81 millions de dollars les budgets annuels qui sont consacrés à la santé mentale.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les troubles dépressifs constitueront en 2020 la deuxième cause de maladie et d'incapacité, après les maladies cardiovasculaires.