Les médecins étrangers demandent un stage distinct

Les médecins diplômés à l'étranger (MDE) à qui on a refusé une résidence dans les facultés de médecine du Québec ont une proposition à faire au ministre de la Santé et des Services sociaux. Ceux-ci invitent Philippe Couillard à mettre sur pied un programme de stage distinct destiné à préparer les candidats étrangers aux spécificités du système québécois. Mais pour cela, il faudra que les hôpitaux consentent à entrouvrir leurs portes, a prévenu hier le porte-parole de la Coalition des associations des MDE, le Dr Comlan Amouzou.

Depuis sa formation, la Coalition affirme avoir reçu de nombreux appuis du public et des organismes sociaux et communautaires qui jugent que le Québec n'a plus les moyens de se passer des MDE. «Nos propositions, nous les formulons dans un contexte très particulier, celui d'une pénurie de médecins qui n'est pas près de se résorber», a expliqué le Dr Amouzou. Sachant cela, la Coalition propose que les hôpitaux soient mis à profit pour «mettre à niveau» les MDE qui n'ont pas obtenu de résidence en dépit du fait qu'ils ont réussi tous les examens prescrits par le Collège des médecins du Québec.

Comité de révision

Les MDE réclament aussi la mise sur pied d'un comité de révision indépendant qui aurait pour tâche de revoir les dossiers des 112 candidats rejetés. «À notre sens, il n'est pas possible qu'on ait pu rejeter en bloc plus d'une centaine de médecins étrangers. On sait que la majorité n'ont même pas eu droit à une entrevue; il faut revoir ces dossiers le plus rapidement possible», a expliqué le Dr Amouzou.

Le temps est en effet un aspect important du bras de fer qui oppose les MDE au réseau québécois. Les résidences commenceront le 1er juillet prochain. Techniquement, plus de 80 postes sont toujours vacants. Ce sont ces postes que réclament les MDE. «Nous, tout ce que nous voulons, c'est la mise en oeuvre des principes d'égalité d'accès à la résidence», a ajouté le Dr Amouzou. Pour cela, il faut rendre les processus de sélection plus transparents et moins coûteux, croit la Coalition.

Discrimination

Il semble en effet que le processus actuel comporte des éléments de discrimination directe, indirecte et systémique, selon un rapport d'enquête du Centre de recherche-actions sur les relations raciales (CRARR). Son directeur, Fo Niemi, a d'ailleurs demandé hier à la Commission des droits de la personne de lancer une enquête. Selon lui, les exemples qui sont mis en relief dans ce rapport font qu'«il sera impossible pour la commission de refuser cette demande».

La Coalition compte beaucoup sur cette enquête pour mettre un terme à une situation qui perdure depuis trop longtemps. «Année après année, les institutions du milieu se lancent la balle quant à leurs responsabilités de nous intégrer, nous qui sommes pourtant prêts à servir la population du Québec. C'est pour ça que nous lançons cette balle à la Commission», a explique le Dr Amouzou, qui a bon espoir de pouvoir rencontrer le ministre Couillard d'ici le 24 juin prochain.
1 commentaire
  • Marc Bonhomme - Abonné 8 juin 2007 11 h 06

    Corporatisme pimenté de racisme

    On savait que les corporations professionnelles étaient fort corporatistes, soucieuses qu'elles sont de raréfier l'offre pour maintenir leurs revenus élevés. On sait maintenant qu'elles ne craignent pas de pimenter ce corporatisme de racisme sous le masque d'exigences professionnelles. On constate aussi que les directions des facultés de médecine jouent leur jeu. Qu'attend le gouvernement qui paient les premiers et subventionnent les seconds pour sonner la fin ce comportement anti-social et immorale ?

    Marc Bonhomme