Mésentente chez les fournisseurs de «pot» médicinal

Photo: Jacques Nadeau

Rien ne va plus dans le petit monde du pot médicinal. Après sept ans d'existence, le Club compassion de Montréal a décidé de se distancer d'un de ses piliers, Marc Boris Saint-Maurice, en raison de «points de vue divergents» sur les activités et la tenue de cet organisme qui aide les malades à se procurer de la marijuana cultivée à des fins thérapeutiques, a appris Le Devoir.

Cette séparation est toutefois loin d'être facile. La semaine dernière, M. Saint-Maurice, désormais à la tête d'un autre centre de distribution d'herbe à usage médical, s'est en effet retrouvé devant les tribunaux face à ses anciens associés pour faire homologuer une entente qui balise le terrain où les deux dispensaires de cannabis, le Club compassion de Montréal et la Fondation Marijuana, doivent désormais cohabiter.

«Nous voulons avec cette entente dissiper toute confusion, a expliqué en entrevue François-Xavier De Longchamp, du Club compassion de Montréal (CCM), mais aussi éviter que M. Saint-Maurice se prononce sur la place publique en notre nom.»

La séparation entre les deux parties a forcé en effet le CCM à se relocaliser avenue Papineau à Montréal, près de la rue Rachel, et ce, depuis le 1er avril dernier. Quelques semaines plus tôt, les gestionnaires de l'organisme avaient demandé à leur ancien collègue de «prendre congé» du Club. Saint-Maurice, ex-chef du Bloc Pot, une formation politique fédérale prônant la décriminalisation du cannabis, a pour sa part conservé l'ancien local du CCM, situé au 68 Rachel Est, où il offre désormais les mêmes services de vente d'herbes aux malades sous le nom de Fondation Marijuana-Club Cannabis de Montréal.

Sur son site Internet, le Club compassion de Montréal explique ce déménagement par des «bouleversements majeurs» et précise en guise d'explication s'être «dissocié de Marc Boris Saint-Maurice» sans plus de détail. L'établissement souligne seulement que «celui-ci n'est plus autorisé à agir ou parler au nom du CCM». En personne, les dirigeants du CCM se montrent toutefois un brin plus loquaces. «Nous avions de la difficulté à travailler en équipe avec lui, résume M. De Longchamp. On ne voyait plus la compassion de la même façon.»

Deux dispensaires, une entente

Afin de sceller la rupture, en mars dernier, une entente à l'amiable entre le Club et Saint-Maurice a été signée. Le texte délimitait les territoires couverts par les deux organismes et exigeait également de M. Saint-Maurice de ne plus utiliser le mot «compassion» dans la dénomination de son dispensaire afin de ne pas semer la confusion chez les quelque 600 clients du Club.

Le 28 avril dernier, un autre accord a été signé afin de baliser à nouveau la rupture dont les termes convenus en mars n'auraient pas été respectés, selon Hugo St-Onge, du CCM. Cette entente, rédigée cette fois par des avocats, maintient les restrictions sur le mot «compassion», mais aussi sur l'usage du site Web www.clubcompassion.com que Saint-Maurice utilise pour faire la promotion de son club, et ce, avec une facture visuelle similaire à celle exploitée par ses anciens collègues (www.clubcompassion.net). Le 15 août dernier, l'entente a été homologuée par les tribunaux. Cette démarche ouvre désormais la porte à des poursuites en cas de non-respect de la transaction.

«Je trouve ça loufoque et ridicule, a commenté hier Marc Boris Saint-Maurice joint au téléphone par Le Devoir. Je suis mystifié par tout ça et j'espère que cette situation va s'arranger bientôt.»

Conflit personnel?

L'homme reconnaît toutefois l'«insatisfaction» de ses «anciens collaborateurs» à son endroit. Mais il reste perplexe devant les «moyens utilisés» pour exprimer un différend. «J'aimerais bien connaître les reproches qu'on me fait, dit-il. On veut m'attaquer personnellement. Est-ce parce que je suis passé au Parti libéral [du Canada]?», se demande-t-il.

Après avoir représenté le Bloc Pot au fédéral et le Parti Marijuana au provincial, deux partis militants en faveur d'un relâchement des lois sur la possession et la consommation de cannabis, M. Saint-Maurice a surpris en décembre dernier en se lançant dans la course électorale sous la bannière libérale de l'équipe de Paul Martin. Aujourd'hui, toujours membre actif du PLC, il travaille pour la campagne au leadership de Stéphane Dion.

Selon lui, la rupture entre lui et le CCM, bien que «dérangeante», a finalement quelque chose de bon pour les utilisateurs qui ont désormais «un deuxième endroit pour se procurer du pot», dit-il. Mais il convient que les tensions qui en découlent pourraient «miner la confiance des gens dans ce genre d'organisme». «Ce serait bien d'utiliser notre énergie pour aider les gens.»

Cette vision, Hugo St-Onge la partage aussi, estimant que toutes ces démarches juridiques et ces gestions d'entente empêchent finalement le CCM de «de faire d'autres choses», prouvant ainsi que, dans la mésentente, des poches d'harmonie peuvent parfois exister.
1 commentaire
  • imarclavoie - Inscrit 4 juin 2010 04 h 05

    Bières vins et marijuana

    Aujourrd'hui ils mettent le feux aux kilos de marijuana. Notre esprit n'à guère évoluer. Pour garder le même esprit: à la poubelle toutes les bouteilles de spiritueux et gardons seulement bières, vins et marijuana.