De la difficulté de lutter contre les changements climatiques

Dans son ouvrage «Logique de l’action collective» (1965), l’économiste américain Mancur Olson a été le premier à présenter de façon aussi limpide le «problème de l’action collective», même si on en trouve des exemples chez Hobbes, par exemple, et jusque chez Aristote.
Illustration: Tiffet Dans son ouvrage «Logique de l’action collective» (1965), l’économiste américain Mancur Olson a été le premier à présenter de façon aussi limpide le «problème de l’action collective», même si on en trouve des exemples chez Hobbes, par exemple, et jusque chez Aristote.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Le 6 octobre dernier, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publiait le Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. Le résumé pour les décideurs politiques souligne que limiter le réchauffement à 1,5 °C est possible du point de vue des lois de la physique et de la chimie, mais que cela exigerait des transitions rapides et de portée très étendue, d’une ampleur sans précédent. Le résumé se conclut sur l’affirmation que « des efforts collectifs à tous les échelons » permettront de renforcer la réaction mondiale au changement climatique, de parvenir à un développement durable et d’éradiquer la pauvreté. Dans la langue feutrée des documents officiels, cela signifie que des efforts collectifs sont absolument nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Il est donc de toute première importance de comprendre comment peuvent s’organiser ces efforts collectifs et quels obstacles doivent être surmontés.


Photo: Christian Fleury André Lemelin

Le Pacte pour la transition de Dominic Champagne se veut un moyen de mobiliser en vue d’engager les efforts nécessaires. Quelles sont les chances de succès de cette initiative ? Voyons ce qu’en dirait l’économiste américain Mancur Olson (1932-1998). Dans son ouvrage Logique de l’action collective (The Logic of Collective Action, 1965), Olson a été le premier à présenter de façon aussi limpide le « problème de l’action collective », même si on en trouve des exemples chez Hobbes, par exemple, et jusque chez Aristote. Olson rejette l’idée communément répandue que « les groupes d’individus ayant des intérêts communs tentent généralement de promouvoir ces intérêts communs ». Il affirme qu’au contraire, « à moins que le nombre d’individus d’un groupe soit plutôt petit, ou à moins qu’il y ait de la coercition ou quelque autre arrangement particulier pour forcer les individus à agir en fonction de leur intérêt commun, des individus rationnels et motivés par leur intérêt propre n’agiront pas de manière à réaliser leur intérêt commun ou de groupe ». Car pour Olson, la poursuite des intérêts communs d’un groupe est un « bien collectif », c’est-à-dire un résultat dont l’obtention exige un effort (coût) et qui bénéficie à tous les membres d’un groupe, sans que personne puisse en être exclu. Bien que tous bénéficieront du bien collectif, chacun a intérêt à laisser les autres faire les efforts nécessaires. Spontanément, en l’absence d’organisation, les efforts déployés pour atteindre le bien collectif seront insuffisants, voire nuls. Et ce conflit entre l’intérêt individuel et le bien commun peut être atténué, mais pas éliminé, par l’altruisme des individus.

Pour atteindre des objectifs communs de type bien collectif, des groupes d’individus forment donc des organisations, qui résolvent le conflit entre l’intérêt individuel et le bien-être collectif grâce au pouvoir de coercition consenti à l’organisation par ses membres. Par exemple, tous les travailleurs d’un groupe accrédité doivent payer leur cotisation syndicale ; ainsi, tous ceux qui bénéficient des conditions de travail négociées par le syndicat contribuent à son fonctionnement. De même, tous les citoyens sont tenus de payer les impôts qui permettent à l’État de jouer son rôle.

Dissensions

De toute évidence, la logique de l’action collective s’applique à la question climatique. Le climat est incontestablement un bien collectif. La lutte contre les changements climatiques exige la mobilisation de tous pour mettre fin aux actions individuelles qui causent ou accélèrent ces changements. Mais chaque individu ferait spontanément les choix qui, selon lui, sont dans son intérêt fondamental ; lui demander de modifier ses comportements ou derenoncer à certains avantages, c’est lui demander d’assumer un coût pour « faire sa part ». Dans la lutte contre les changements climatiques, on retrouve donc le conflit entre l’intérêt individuel et le bien-être collectif qui constitue le problème de l’action collective.

La question qui découle de ce constat est : quelles sont les organisations qui permettraient de résoudre ce conflit d’intérêts et de poursuivre efficacement le bien commun ? On pense tout de suite aux États (et accessoirement aux quasi-États — provinces, États fédérés — et aux administrations territoriales comme les municipalités). Les gouvernements disposent en effet de la légitimité et du pouvoir de coercition nécessaires pour trancher le noeud gordien du conflit d’intérêts et ils les utilisent déjà, à grande échelle, sur de nombreux enjeux autres que le climat.

Pourtant, au sein même des États, l’élaboration de politiques climatiques se heurte au problème de l’action collective. Le Canada en est d’ailleurs une illustration éclatante : tout le monde approuve la lutte contre les changements climatiques, hormis les négationnistes ; mais l’Alberta n’accepte pas que soit limitée, encore moins stoppée, l’exploitation croissante de ses sables bitumineux et exige la construction de pipelines pour se désenclaver, quitte à se soumettre à une taxe sur le carbone ; le Québec insiste pour que, dans la distribution du fardeau de réduction des émissions, on tienne compte des efforts passés déployés par son industrie (notamment les alumineries) pour réduire leurs émissions de GES ; la Colombie-Britannique estime qu’unetaxe est la meilleure façon de tarifer le carbone, alors que le Québec et, jusqu’à l’élection de Doug Ford, l’Ontario participaient à un système de plafonnement et d’échange avec la Californie ; l’Ontario de Doug Ford, suivant en cela la Saskatchewan, refuse maintenant toute tarification du carbone…

Le gouvernement fédéral canadien tente donc d’utiliser son pouvoir de coercition pour surmonter ces dissensions en mettant en place une taxe carbone dans les provinces qui refusent d’imposer leur propre taxe ou d’implanter une Bourse du carbone.

De tels tiraillements ne se produisent pas seulement entre entités fédérées ; ils se produisent aussi au sein de chaque société. Faut-il forcer les industries polluantes (cimenterie de Port-Daniel…) à réduire leurs émissions ? Si oui, de combien et comment ? Quelles industries émettrices devraient être ciblées ? Doit-on augmenter la taxe sur les combustibles fossiles pour en diminuer l’utilisation ? Doit-on le faire à la même hauteur pour le chauffage domestique, les automobiles, les camions et la machinerie agricole ? Pour chaque mesure envisagée, le groupe le plus directement touché voudra faire valoir que le fardeau qu’il devrait assumer estexcessif. Dans une démocratie élective, le gouvernement ne pourra que tenir compte du coût électoral de chaque élément d’une politique climatique.

Valeur morale

Mais le climat n’a pas de frontières et à l’échelle internationale, il n’y a pas d’organisation qui dispose d’un pouvoir de coercition suffisant. L’application déficiente des accords climatiques successifs, de Kyoto à Paris (COP21), a largement démontré que, jusqu’à maintenant, les États nationaux n’étaient pas prêts à conclure de traité climatique contraignant. Or, sans accord contraignant, les engagements des États n’ont qu’une valeur « morale » ; ils peuvent être abandonnés en invoquant un cas « de force majeure » ou même sans autre justification qu’un égoïsme sans vergogne. Pire, l’Accord de Paris ne comporte pas de mécanisme de coordination qui assurerait que la somme des efforts consentis conduise au résultat recherché : comme l’indique le GIEC, les objectifs de réduction d’émissions de GES que les États ont déposés en vertu de l’Accord ne suffiraient pas à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C. Dans l’état actuel des choses, il est hautement improbable que les États prennent individuellement sur eux d’assumer le fardeau de la lutte contre le réchauffement climatique. Certes, certains le feront, comme ils le font déjà, jusqu’à un certain point. Mais pourquoi faire des efforts supplémentaires à la place du voisin qui n’en fait pas ou pas assez ? Et plus ça fera mal, plus le consensus démocratique sera difficile à obtenir.

Faut-il pour autant baisser les bras et voir le problème de l’action collective comme un obstacle insurmontable ? Des mécanismes de choix collectifs et de coercition consentie — tout imparfaits soient-ils — existent au sein des États. À cet égard, les exhortations au sens des responsabilités et à la moralité climatique, comme le Pacte pour la transition, sont de nature à nourrir un consensus pour soutenir de telles politiques. Mais il s’agit bien d’action collective, c’est-à-dire politique, parce que les gestes individuels, les « petits pas », si bien intentionnés et généreux soient-ils, ne suffiront pas. Les sociétés riches doivent donc d’abord soutenir des politiques climatiques nationales vigoureuses. C’est d’ailleurs ce que demande le Pacte « en contrepartie de mes efforts individuels, sachant pertinemment que la somme des gestes individuels ne fera pas le poids face à l’ampleur des cibles à atteindre et que l’action politique est incontournable ». Cela est nécessaire pour réduire les émissions, bien sûr, mais aussi, impérativement, pour que les États à la pointe de la lutte climatique aient la volonté et la crédibilité nécessaires pour promouvoir un accord international contraignant, sans lequel le seuil de 1,5 °C, voire de 2 °C sera fatalement dépassé.

Voilà pour quoi pourraient militer les jeunes chez qui le poids du monde n’a pas éteint l’espoir. C’est l’idéal humaniste d’un gouvernement mondial, version XXIe siècle.

Des suggestions ? Écrivez à Robert Dutrisac. Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo.

8 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 24 novembre 2018 09 h 14

    Importance d'une projet collectif positif

    Un peu étonnant que cet ex-professeur de l'INRS Urbanisation Culture et Société établisse son argumentation sur la contrainte de la consommation individuelle sans même aborder la question centrale de l'urbanisation et de la cuture et de leurs liens avec le mode de vie collectif.

    D'une part, il faut saisir que les contraintes que peuvent imposer les gouvernements sur la consommation des individus passent souvent par l'imposition de taxes sur le carbone et autres. Or ces taxes n'affecteront pas les individus de façon égale à cause des grandes inégalités de revenus. Il est évident que les taxes sur le carburant et les péages toucheront bien davantage les bas salariés que les professionnels et les gens d'affaires. Le mouvement des gilets jaunes en France l'exprime clairement. Pour que ces taxes/contraintes soient acceptées, il faut qu'elles soient accompagnées d'une réduction des inégalités de revenus.

    D'autre part, il faut que les gouvernements arrivent à définir un urbanisme et un mode de vie associé -- habitat, transports, alimentation, consommation de biens -- qui minimisent la consommation de ressources non-renouvelables et l'émission de polluants. La priorité est donc l'élaboration d'un projet de vie collectif respectueux de la nature davantage que d'une répression de la consommation individuelle. Il faut abandonner la croyance que le marché peut définir spontanément un tel mode de vie.

  • Marc Therrien - Abonné 24 novembre 2018 09 h 33

    Partie I : Du solipsisme de la conscience individualiste


    La lutte contre les changements climatiques se présente comme le défi ultime de la démocratie dans son effort continu de civilisation par lequel les humains aspirent à s’affranchir de leur nature animale en essayant tant bien que mal d’organiser les rapports de force pour répondre à leurs divers désirs et besoins autrement que par les simples instincts. Pour arriver à maintenir son fragile équilibre, la démocratie des hommes a toujours besoin que la raison et les émotions s’influencent mutuellement pour éclairer la réalité. Le rôle premier des gouvernants est d’incarner le principe de réalité qui consiste à prendre en compte les exigences du monde réel et les conséquences de ses actes de façon à tempérer les ardeurs pulsionnelles de la foule jouisseuse du principe de plaisir pour l’aider à reporter dans le temps la satisfaction de ses désirs immédiats.

    Comme pour beaucoup de problématiques installées dans le rapport dialectique individu-société, il est aussi évident que pour lutter collectivement contre les changements climatiques, on a intérêt à réunir les dimensions individuelles et sociales pour améliorer la compréhension du problème et espérer des solutions créatrices et intégratives. Mais la tendance lourde du scientisme conduit encore souvent à penser de façon dichotomique en séparant et isolant les phénomènes pour mieux les analyser. Ce qui rendra plus difficile la réflexion menant à l’action sur cette problématique, c’est qu’il faudra le faire dans l’interdit de pensée Marxiste. Par exemple, qui veut encore se faire dire : «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer» et que «ce n'est pas la conscience des hommes qui déterminent leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience»?

    Marc Therrien

    • François Beaulé - Abonné 25 novembre 2018 11 h 27

      Je ne suis ni philosophe ni érudit. Mon impression est que la conception occidentale de l'Homme est individualiste. Elle repose sur la croyance que l'homme est un individu et que la société est de surcroît. Les chartes des droits et libertés demande aux sociétés d'être au service des individus. En réaction à des idéologies qui ont blessé et sacrifié des masses d'individus, on a sacralisé l'individu.

      Or, l'humanité, selon moi, est autant sociale qu'individuelle. Elle est une dualité. La recherche de l'unité ne peut se faire adéquatement et harmonieusement en privilégiant l'individu ou la société. Nos ancêtres en avaient l'intuition quand ils ont développé le concept d'un dieu unique. Ils croyaient que l'unité peut se réaliser en Dieu. Je ne prétends par qu'il faille revenir aux religions traditionnelles. Je crois cependant qu'une nouvelle religion est essentielle pour marier l'individu et la société.

      La politique est l'autre dimension/institution incontournable pour harmoniser l'individu et la société. Le grand problème est que la politique est soumise à l'économie capitaliste. Elle cherche aussi à être au service des individus/électeurs/consommateurs au détriment de l'espèce humaine dans la durée. La politique démocratique est dans un cul-de-sac.

      La politique et la religion doivent être séparées. Mais une nouvelle religion pourrait contribuer à modifier la conscience des individus. Ce qui amènerait les individus à choisir des gouvernements différents.

      Il reste aussi à définir une forme de gouvernement mondial, ce qui n'est pas une mince tâche. À défaut de le faire, le grand risque est la prise du pouvoir mondial par un État dictatorial, comme la Chine par exemple.

  • Marc Therrien - Abonné 24 novembre 2018 09 h 36

    Partie II : De la conscience collective


    Pour être capable d'agir pour une meilleure écologie humaine, il faudra d’abord pouvoir quitter la pensée dichotomique qui anime les débats pour progresser vers une pensée dialectique qui vise à réconcilier l’individu et la société après avoir réussi à dépasser les contradictions qui ont amené, entre autres, l’individualiste post-moderne en quête de liberté à se séparer de son humanité en oubliant la société qui le préexiste et qui le dépasse. Mais pour se faire, il faut être capable de penser à un socialisme renouvelé sans s’épouvanter avec la peur du bolchévisme, car il est parfois étrange ces temps-ci de constater qu’il est plus facile de penser à la fin du monde et de s’y préparer que de penser qu’il soit possible d’imaginer la fin du capitalisme. J’imagine que ça doit être un effet de l’aliénation de l’homme devenu étranger à lui-même, comme le dirait Michel Freitag : «le posthumain est désormais caractérisé par «son abandon […], son excitabilité et son manque de critères, son aptitude à la consommation, accompagnée d’incapacité à juger, ou même à distinguer, par-dessus tout, son égocentrisme et cette destinale aliénation au monde».

    Marc Therrien

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 24 novembre 2018 10 h 38

    Une fausse prémisse confirmant que l'économie est à l'écologie, ce que l'astrologie est à l'astronomie

    André Lemelin de citer l'économiste américain Olson ainsi: "à moins que le nombre d’individus d’un groupe soit plutôt petit, ou à moins qu’il y ait de la coercition ou quelque autre arrangement particulier pour forcer les individus à agir en fonction de leur intérêt commun, des individus rationnels et motivés par leur intérêt propre n’agiront pas de manière à réaliser leur intérêt commun ou de groupe". Ce postulat de l'existence de ce que les économistes appellent "le choix rationnel" exercé par "l'homo œconomicus" a été battue en brèche depuis longtemps par les avancées dans les sciences du comportement. Elle s'apparente plus à un fantasme d'économiste qu'à autre chose.

    Ainsi Alain Berthoz écrit dans le livre "La décision" publié chez Odile Jacob en 2003 ceci: "le problème avec la supposition dont les hommes et les femmes maximisent l'utilité, c'est qu'elle exige que nous sachions ce qu'est notre intérêt et, d'après les économistes, nous ne le savons qui si nous nous sommes trompés. Pourtant, la relation entre émotion et décision, par exemple, est évidente. Les décisions sont souvent prises autrement qu'en fonction de l'intérêt personnel. D'autres valeurs humaines importantes interviennent comme les idées religieuses ou politiques, le sacrifice pour ses enfants, la loyauté, la droiture, la justice, la compassion, la réciprocité, la confiance".

    Autrement dit la théorie de l'homo rationalis est une supercherie réductrice de la complexité humaine. Dans un livre publié en octobre 2017 et intitulé "L'entraide: L'autre loi de la jungle" deux biologistes, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle concluent : "Les êtres humains se comportent de manière beaucoup moins égoïste que certains économistes veulent nous le faire croire. Le modèle théorique de l’Homo œconomicus reste un modèle théorique ; il n’aurait jamais dû sortir du laboratoire."

    Autrement dit pour la connaissance de la nature humaine, l'économie est à l'écologie, ce que l'astrologie est à l'astronomie!

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 24 novembre 2018 10 h 42

    Une fausse prémisse

    André Lemelin de citer l'économiste américain Olson ainsi: "à moins que le nombre d’individus d’un groupe soit plutôt petit, ou à moins qu’il y ait de la coercition ou quelque autre arrangement particulier pour forcer les individus à agir en fonction de leur intérêt commun, des individus rationnels et motivés par leur intérêt propre n’agiront pas de manière à réaliser leur intérêt commun ou de groupe". Cette prémisse de l'existence de ce que les économistes appellent "le choix rationnel" exercé par "l'homo œconomicus" a été battue en brèche depuis longtemps par les avancées dans les sciences du comportement. Elle s'apparente plus à un fantasme d'économiste qu'à autre chose.

    Ainsi Alain Berthoz écrit dans le livre "La décision" publié chez Odile Jacob en 2003 ceci: "le problème avec la supposition dont les hommes et les femmes maximisent l'utilité, c'est qu'elle exige que nous sachions ce qu'est notre intérêt et, d'après les économistes, nous ne le savons qui si nous nous sommes trompés. Pourtant, la relation entre émotion et décision, par exemple, est évidente. Les décisions sont souvent prises autrement qu'en fonction de l'intérêt personnel. D'autres valeurs humaines importantes interviennent comme les idées religieuses ou politiques, le sacrifice pour ses enfants, la loyauté, la droiture, la justice, la compassion, la réciprocité, la confiance".

    Autrement dit la théorie de l'homo rationalis est une supercherie réductrice de la complexité humaine. Dans un livre publié en octobre 2017 et intitulé "L'entraide: L'autre loi de la jungle" deux biologistes, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle concluent : "Les êtres humains se comportent de manière beaucoup moins égoïste que certains économistes veulent nous le faire croire. Le modèle théorique de l’Homo œconomicus reste un modèle théorique ; il n’aurait jamais dû sortir du laboratoire."

    Autrement dit pour la connaissance de la nature humaine, l'économie est à l'écologie, ce que l'astrologie est à l'astronomie!