Les victimes de l’attaque au sabre du Vieux-Québec témoignent

Une automobile de la police de Québec est stationnée dans le quartier du Vieux-Québec au lendemain de l’attaque au sabre japonais, le 1er novembre 2020.
Renaud Philippe Le Devoir Une automobile de la police de Québec est stationnée dans le quartier du Vieux-Québec au lendemain de l’attaque au sabre japonais, le 1er novembre 2020.

Le procès du tueur au sabre Carl Girouard a repris mardi, après une pause de cinq jours, avec les témoignages à glacer le sang de plusieurs victimes survivantes.

Le 31 octobre 2020, Rémy Bélanger fait une simple promenade dans le Vieux-Québec. Vers 22 h, il est près du Château Frontenac, lorsqu’un homme déguisé se dirige vers lui, une épée à la main.

Croyant d’abord à la blague, M. Bélanger choisit d’ignorer l’homme. Il le voit ensuite lever son sabre et sent des coups qui lui sont portés à la tête, à la main et dans le dos.

M. Bélanger crie à l’aide, en français et en anglais, et se dirige, ensanglanté, vers deux personnes qui prennent la fuite en le voyant. Il a la présence d’esprit de récupérer son index au sol.

Il parvient à se rendre au Château Frontenac, où des employés lui viennent en aide. Comme il est musicien, et que ses doigts sont sectionnés, les médecins l’envoient se faire soigner à Montréal.

De retour à Québec, Rémy Bélanger est hospitalisé pendant deux semaines, puis il passe trois mois à l’institut de réadaptation.

Pierre Lagrevol et Lisa Mahmoud croisent également Girouard le 31 octobre 2020. Il est vêtu tout de noir et leur apparaît « très calme ».

Girouard reste « très serein » alors qu’il leur assène méthodiquement, de façon réfléchie, des coups d’épée, selon M. Lagrevol, qui se fait blesser à la tête et à l’épaule.

« Ce n’est pas fouillis, ce n’est pas taper pour taper. C’est vraiment essayer de taper pour tuer », a-t-il déclaré.

Rappelons que Girouard a déjà admis avoir tué deux passants innocents avec un sabre ce soir-là, et reconnaît en avoir blessé cinq autres. Mais il plaide la non-responsabilité pour cause de troubles mentaux.

Un témoin, qui ne peut être identifié parce qu’il est mineur, a déclaré mardi avoir vu le tueur « gambader » en s’approchant de ses victimes. Il semblait y « prendre plaisir », a-t-il dit.

L’avocat de la défense a notamment demandé à un autre témoin si Girouard avait un rire « diabolique ».

De son côté, Lisa Mahmoud se rappelle avoir souri à Carl Girouard avant de recevoir 13-14 coups d’épée. Elle lui a crié : « Qu’est-ce que tu es en train de faire ? » mais son agresseur est resté muet.

« Il allait me mettre son sabre dans la nuque. C’est à ce moment-là que Pierre a encore crié de toutes ses forces. […] J’ai eu le temps de me relever et de courir. Pierre m’a […] tirée et on s’est enfuis », a-t-elle relaté.

Aujourd’hui, Mme Mahmoud a de « gros troubles de sommeil ». Elle n’a pu reprendre son travail de coiffeuse.

Une autre victime, Gilberto Porras, est avec trois amis le soir de l’Halloween. Ils aperçoivent Girouard qui se met devant eux et leur souhaite : « Bonne Halloween » avant de sortir son katana.

M. Porras comprend très vite que l’arme n’est pas « en caoutchouc ». Il se fait lacérer la tête et un doigt avant de prendre la fuite. Il passe deux semaines à l’hôpital et subit deux chirurgies.

Girouard pas en crise, suggère la Couronne

 

Mardi, le tribunal a aussi entendu le témoignage du policier Dany Gauthier, qui a participé à l’arrestation de Girouard dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2020, près de l’Espace 400e.

« Le sujet tout au long de l’intervention est calme, écoute bien nos consignes, il ne répond pas à nos questions », a-t-il expliqué.

Girouard modifie-t-il son comportement, a voulu savoir le procureur Me Pierre-Alexandre Bernard. « Non », a répondu l’agent Gauthier.

Cela a fait dire à la Couronne que l’accusé n’était pas en crise, mais le juge Richard Grenier, de la Cour supérieure, est rapidement intervenu pour rappeler que le témoin Gauthier ne devait pas donner son opinion.

Le juge salue l’accélération des procédures

Par ailleurs, Me Bernard a lu des déclarations écrites d’autres témoins, dont le conjoint de Suzanne Clermont, assassinée devant son domicile.

« J’ai vu qu’elle avait une profonde entaille au milieu du front, a expliqué Jacques Fortin. J’ai essayé de refermer la plaie avec mes mains pour réunir son visage. »

Le magistrat a salué les efforts des avocats visant à accélérer les procédures, en pleine sixième vague de COVID-19.

La semaine dernière, deux jurés ont été déclarés positifs au virus. Le jury s’est donc retrouvé avec 10 membres, soit le seuil minimal pour éviter un avortement de procès.

Le juge Grenier avait suspendu le procès jusqu’à mardi. En matinée, il a confirmé la présence de 11 jurés et intimé les parties à reprendre « comme si rien ne s’était passé ».

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